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Mexique


Mexique à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Antonio Anza, Luïs Salazar

Le Mexique a fait grandement les choses et il faut classer son exposition parmi les plus remarquables. Dès le début, M. Ramon Fernandez, le sympathique ministre du Mexique à Paris, a fait l'impossible pour amener son gouvernement à prendre part à cette grande manifestation du progrès et à prouver une fois pour toutes la force de l'amitié qui l'unit à la France. La République mexicaine ne s'est pas fait prier et son concours est absolument officiel. On a voté au Parlement mexicain une somme d'un million de francs pour couvrir les frais du magnifique palais qui a été construit, et on a nommé un Comité dont le président honoraire est M. Ramon Fernandez et le président effectif M. Diaz Mimiaga, sous-secrétaire d'État, avec le caractère et les fonctions de commissaire général délégué. Le reste du Comité se compose des consuls généraux du Mexique en France et, en Espagne, d'ingénieurs civils et militaires, d'avocats, d'écrivains, en un mot d'une vingtaine des plus remarquables personnalités de la colonie mexicaine à Paris.

L'architecte de cette construction absolument originale est aussi un Mexicain, M. Antonio Anza, qui a été secondé par M. Luïs Salazar, également architecte mexicain.

Ce palais rappelle le style architectural des races qui peuplaient cette partie du nouveau monde avant sa découverte par les Européens.

L'architecte a puisé ses inspirations dans les matériaux de l'oeuvre que publiera très prochainement l'archéologue mexicain, M. le docteur Peñafiel, sous le titre de Monuments de l'Art mexicain ancien ; il s'est également servi des travaux faits sur cette architecture par Batinier, Humboldt, Lenoir, Huvou, et des documents contenus dans les ouvrages de lord Kingsborough, Dufaix, etc.

Le palais construit par M. Anza rappelle dans les grandes lignes de sa façade l'histoire des races primitives de la partie centrale du Mexique. Il symbolise leurs croyances par le temple élevé au Soleil, temple qui occupe la partie centrale; il représente le commencement et la fin de leur existence politique dans les six bas-reliefs; il allégorise leurs arts et leur industrie par les figures de divinités placées dans les pavillons latéraux.

Cette construction occupe une surface de 2,159 mètres carrés. Elle comprend deux pavillons latéraux et un grand salon au milieu qui mesure 40 mètres de long sur 24 de large. On remarque au centre un élégant escalier à double rampe qui conduit aux galeries supérieures.

Deux figures allégoriques représentent les deux civilisations, celle du Sud et celle du Nord, des anciens habitants de la contrée qui est aujourd'hui le Mexique; elles se trouvent à chacune des deux entrées de l'escalier.

Les éléments principaux de cette construction sont le fer, la fonte et l'acier. Ce dernier forme le recouvrement et donne aux murs le caractère de la pierre. La décoration extérieure se compose de douze bas-reliefs de bronze qui représentent les rois et les divinités mexicaines, de deux cariatides, de vases et de feux. Le motif principal de la façade et le couronnement des portes d'entrée sont en zinc fondu et galvanisé; tout le reste de la décoration est en zinc repoussé. Les bronzes et les zincs sont du sculpteur mexicain M. Jésus Contreras.

Les principaux produits exposés sont : Photographies. — Cartes et atlas géographiques et géologiques. — Objets de décoration et d'ameublement. — Imprimerie et librairie. — Collections et échantillons de roches et minerais. — Bois d'ébénisterie et de construction. — Matières textiles. — Produits agricoles. — Tabac sur pied et travaillé. — Cuirs et peaux. — Matériaux de construction. — Condiments et stimulants. — Sucres. — Vins et eaux-de-vie. —Plantes, fleurs et fruits, etc...

Bref, l'ensemble de cette installation, comme monument artistique, comme organisation et comme produits, est entièrement beau, et si l'initiative de M. Fernandez, ministre de la République mexicaine, a été pour beaucoup dans ce grand résultat, la direction de M. Diaz Mimiaga prouve autant de talent que de bon goût. Au milieu de cette rue des Nations Américaines, le Mexique se détache d'une façon très glorieuse pour ce grand pays.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889