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Italie


Italie à l'exposition de Paris 1889

L'historique de la participation de l'Italie à l'Exposition universelle serait trop long à faire si on voulait le faire dans tous ses détails. Il contiendrait du reste des passages politiques douloureux qu'il est inutile d'évoquer aujourd'hui. Il suffira de rappeler que le gouvernement italien refusa de la façon la plus énergique de prendre part à l'Expo-sinon de Paris. M. Crispi, dans une déclaration faite à Chambre des députés, ne laissa planer aucun doute sur 1: raisons qui le faisaient agir. Mais une grande partie de la population italienne réprouva les idées du ministre, et bientôt il y eut dans toute la péninsule une agitation en faveur de la participation à l'Exposition de Paris. Un Comité forma pour recueillir les souscriptions. M. de Gentilli remu ciel et terre, et pendant qu'un Comité s'organisait à Paris sous la présidence de M. de Camondo, M. Sonzogno, le grand éditeur de Milan, envoyait 50,000 francs au Comité de Rome, La Chambre de Commerce de Rome donnait 20,000 francs, celle de Naples 10,000, et bientôt le Comité disposait de 350,000 francs qui servirent à organiser la section italienne du Champ de Mars.

Cette section dont l'installation a été dirigée avec autant de goût que de dévouement par M. Verardini couvre une superficie de 5,000 mètres carrés, et compte dans les différents groupes plus de 700 exposants.

La section d'anthropologie constitue une exposition indépendante sous la direction de M. G. Achim.

La section des Beaux-Arts a été dirigée par M. Boldini, le peintre bien connu. Cette section a coûté 75,000 francs à organiser, car les tableaux ont été pris dans les ateliers des peintres, emballés, transportés aux frais du Comité qui renverra tous les produits artistiques qui n'auront pas été vendus.

La partie la plus importante de la section italienne se trouve dans le palais des Industries diverses. Elle est pittoresquement décorée. La couleur rouge domine et contribue, à la rendre très gaie. La façade qui est en mosaïque et en marbre n'a pas coûté moins de 45,000 francs. Elle a été dessinée par M. Manfredi, de Rome, qui s'est mis gratuitement à la disposition du Comité.

Comme dans toutes les expositions italiennes, ce sont les verreries et les cristaux qui occupent la place la plus importante. L'exposition de Salviati de Venise se montre à la hauteur de la grande renommée que les produits du grand verrier ont dans toute l'Italie et dans toute l'Europe. L'exposition de Murano est également très curieuse et prouve que les verres de Venise sont dignes de leur renom. L'industrie des glaces semble s'être développée considérablement en Italie. A remarquer l'exposition de l'usine Zenka de Milan, qui tend à devenir le Saint-Gobain de l'Italie.

Les dentelles de Burano sont également très curieuses, ainsi que les meubles en bois sculpté. Quinze exposants dans cette section auxquels on ne peut reprocher qu'un peu de surcharge dans les détails.

Un peu plus loin, Florence envoie des produits céramiques remarquables et de bon goût. On ne peut pas en dire autant des coraux et des camées napolitains qui ne sont pas supérieurs à ceux des expositions précédentes.

Aucune grande exposition ne représente l'industrie textile. Les grands manufacturiers se sont abstenus, mais en revanche, lès Chambres syndicales de Milan et de Côme ont envoyé des collections d'échantillons très complètes. Il y aura là un sujet d'études très intéressant pour les industriels français.

Dans la section d'économie sociale située à l'Esplanade des Invalides, il faut remarquer l'exposition de M. Luzzatti qui montre le chemin parcouru par l'Italie dans la voie du progrès. On verra aussi avec intérêt le grand plan en relief envoyé par la municipalité de Naples pour montrer ce qu'elle a l'intention de faire pour assainir la ville. Enfin l'exposition si curieuse de M. Sonzogno.

Dans la section de la mécanique, l'Italie n'est pas sérieusement représentée ; mais dans la section des chemins de 1er, avec la France et la Belgique, c'est certainement elle qui a une des plus belles expositions. La maison Miani Silvestri expose une locomotive avec son tender et onze wagons.

Quand nous aurons parlé des vins et des machines agricoles, que l'on retrouvera au quai d'Orsay, il ne nous restera plus qu'à parler des quatre maisons que M. Garnier a mises à la disposition de la section italienne dans son histoire de l'habitation. Ce sont :
Une maison étrusque et une maison pélasge qui seront occupées par un bar.
Une maison pompéienne où l'on vendra des objets imitation de Pompéi, des lampes, des vases, etc. C'est M. Morabito qui a la spécialité de cette imitation et c'est lui qui les vendra.

Enfin une maison Renaissance, dans laquelle M. Candis a établi un four où l'on cuira des verres de Venise. Pour cinquante centimes, le visiteur pourra emporter un objet qu'il aura vu fabriquer devant lui.

On voit que, pour ne pas avoir été officielle, la participation de l'Italie n'en est pas moins complète. Il faut espérer qu'elle resserrera les liens qui existent entre les deux nations et que l'Exposition contribuera à dissiper certains nuages qui n'auraient jamais dû s'élever.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889