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Grèce


Grèce à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Sauffroy

La Grèce est un des Etats qui ont les premiers annoncé leur intention de prendre officiellement part à l'Exposition universelle de Paris. Le gouvernement et le peuple grecs ont montré le même empressement et la même sollicitude pour que la Grèce soit dignement représentée. Les sympathies du peuple grec pour la France sont du reste connues depuis longtemps. Aussi la Chambre hellénique a voté à l'unanimité un crédit de 200,000 francs. De son côté, le gouvernement grec s'est chargé de faire transporter jusqu'à Marseille et sans frais, sur. les transports de l'Etat, tous les produits que les exposants grecs enverraient à Paris.

De plus, une circonstance toute particulière a facilité la participation de la Grèce à l'Exposition de Paris. Il y a quelques mois, la ville d'Athènes organisait une exposition nationale, dite olympique. Cette exposition eut beaucoup de succès et montra les progrès étonnants faits depuis quelques années par l'industrie nationale grecque. Le Comité de cette exposition qui comptait parmi ses membres les sommités commerciales de la Grèce eut l'idée de faire un choix minutieux parmi les objets exposés à Athènes et de les envoyer à Paris. De plus, le Comité voulant donner une preuve de sympathie à l'Exposition de Paris accorda une subvention de 100,000 francs pour les frais d'installation de la section grecque qui a eu, par conséquent, à sa disposition une somme de 300,000 francs.

La section grecque, qui couvre une superficie de 600 mètres carrés se trouve du côté de l'avenue Suffren. La façade de la section a une longueur de 35 mètres sur 12 mètres de hauteur.

L'architecte, M. Sauffroy, s'est heureusement inspiré pour cette façade des traditions de l'art grec ancien ; mais sur les deux murs qui s'étendent à droite et à gauche de l'entrée principale, il a su artistiquement représenter la Grèce ancienne et la Grèce moderne. D'un côté, il a fait peindre l'Acropole, de l'autre les usines du Laurium. La même idée se retrouve dans la décoration intérieure de la section. Sur un fond neutre, on a inscrit d'un côté les noms des quatre villes les plus importantes de la Grèce antique : Athènes, Corinthe, Sparte et Thèbes; de l'autre, les noms des quatre villes les plus importantes de la Grèce moderne : le Pirée, Syracuse, Corfou et Patras. De superbes tapis ornent les murs de la salle.

Les produits grecs exposés au Champ de Mars sont assez nombreux : il y a à peu près 1050 exposants dont 60 dans la section des Beaux-Arts ; nous disons à peu près, car il y a plusieurs expositions collectives, et il est impossible de savoir le nombre des exposants qui y ont pris part. Une des révélations de l'exposition grecque est des tissus de soie d'un travail très fin et très original. Ce sont les femmes d'Athènes et de Corinthe qui confectionnent ces étoffes, et tout le travail est presque exclusivement fait à la main. Il y a surtout quelques broderies, soie sur soie, qui présentent un assemblage de couleurs et d'ornementation qui pourront servir de modèles à nos couturières les plus en renom. Un peu plus loin, nous trouvons des tapis tissés également à la main : ils sont d'un ton peut-être un peu plus passé et plus doux que les tapis d'Orient que nous voyons d'habitude.

Parmi les autres produits, de très beaux échantillons de marbres et de minerais qui pourront peut-être contribuer à l'aire mieux connaître les richesses de là péninsule hellénique; Dans les échantillons de marbre se trouvent des marbres Verts de toute beauté ; c'est dans des marbres pareils que sont faites les colonnes de Sainte-Sophie de Constantinople. Un détail assez curieux : tous les marbres grecs exposés au Champ de Mars ont été achetés avant l'ouverture de l'Exposition par un Anglais.

Un peu plus loin on voit un curieux morceau d'un marbre rouge veiné de bleu et de noir, qui était inconnu jusqu'à ce jour. Il a été trouvé dans l'île de Chios.

Puis viennent les échantillons des produits des mines du Laurium et un immense bloc de sulfure de plomb et d'argent. Beaucoup de fruits séchés, naturellement, et de ces vins dont les Grecs tirent vanité.

Mais les objets dont les commissaires grecs sont le plus fiers, et avec raison, ce sont d'abord des tableaux graphiques représentant d'une façon claire les immenses progrès faits par le royaume depuis dix ans, progrès qui s'étendent sur toutes les branches de l'industrie et du commerce.

Puis des photographies qui intéresseront au plus haut point tous ceux qui ont le sens du beau : ce sont les photographies des statues que l'on a trouvées, il y a quelques mois, sous l'Acropole et qui sont pour la première fois reproduites ici. Elles sont de beaucoup antérieures à Périclès et présentent d'incontestables signes d'ornementation polychrome. Elles serviront donc à mettre fin à une discussion qui dure depuis si longtemps entre les archéologues. Une autre particularité de ces statues, c'est qu'elles montrent que le corset n'était pas inconnu au temps où elles ont été faites : la taille est cambrée, les seins relevés, et on remarque même une certaine déformation qui fait le désespoir des sculpteurs dans leurs modèles d'à présent.

En résumé, on trouve, dans la section grecque, un effort remarquable pour un aussi petit pays qui, visiblement, est en train de transformer son outillage et son industrie.

Étant données les richesses naturelles dont elle dispose, la Grèce peut avoir foi dans l'avenir.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889