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Grande-Bretagne et Colonies


Grande-Bretagne et Colonies à l'exposition de Paris 1889

L'exposition de la Grande-Bretagne et de ses colonies est certainement la plus importante après l'exposition française.

Elle couvre un espace de 227,670 pieds anglais carrés et ne compte pas moins de 1,600 exposants, chiffre qui n'est atteint par aucun autre pays.

L'exposition anglaise a été faite tout entière par l'initiative privée, aidée, il est vrai, d'une façon puissante par le gouvernement de la reine. Le premier comité qui s'occupa à Londres de l'exposition fut présidé par M. Polydore de Keiser, qui était alors lord-maire de la Cité. Il a, depuis, résigné ses fonctions de lord-maire, mais il n'a pas moins continué à s'occuper d'une façon active de l'exposition anglaise, et c'est grâce à lui que le fonds de garantie s'est élevé à une somme relativement élevée.

L'exposition de la Grande-Bretagne est disséminée dans toutes les parties de l'Exposition. Il y a une section aux Beaux-Arts, une aux Arts libéraux, une troisième aux Industries diverses, et enfin une quatrième à la galerie des Machines. De plus, plusieurs pavillons séparés : celui de l'exposition rétrospective des moyens de transports, ceux des chemins de fer, d'économie sociale, du cap de Bonne-Espérance, de la Nouvelle-Zélande et de Victoria, plus un pavillon en tôle battue, situé aux pieds de la Tour Eiffel.

La section anglaise proprement dite, qui est située dans le Palais des Industries diverses, est ornée d'une façon assez primitive, mais très anglaise. Des armes de l'Angleterre au-dessus de chaque porte, des faisceaux de drapeaux, des papiers peints collés au mur, une balustrade badigeonnée de blanc en style du temps de la reine Elisabeth comme clôture, et c'est tout, en y ajoutant des oriflammes portant les armes et les devises des principales villes. La section anglaise se distingue donc de toutes les autres par une grande simplicité; mais elle est la seule dans tout le Champ de Mars qui donne au visiteur l'impression d'un pays complètement différent du nôtre; depuis les ouvriers au chef coiffé du chapeau haute forme jusqu'aux vitrines en bronze doré, tout est différent de ce que l'on voit ailleurs. Ce qui ressemble le plus aux autres expositions, ce sont les objets exposés. Il serait trop long de les énumérer tous et il serait très difficile d'énumérer les plus remarquables et les plus beaux.

Cependant on remarque surtout des faïences et des porcelaines. Il y a même un immense vase en pâte tendre qui est curieux pour sa forme et fort remarquable par les groupes qui l'ornent. Beaucoup de cristaux et de lainages naturellement; un très curieux pavillon occupé par l'Illustrated London News, et tout ce qu'on trouve dans toutes les expositions anglaises : les souliers, les vêtements, les bougies (il y a même un buste de la reine en stéarine), des armes, des munitions et tout ce qui constitue l'Angleterre et la vie anglaise, depuis le meuble à application de faïence jusqu'aux grilles pour brûler le charbon sans fumée, sans oublier l'argenterie, plus massive que belle. Cependant, il y a une très remarquable collection de cuillères appartenant à la corporation des orfèvres de Londres; chaque cuillère est un chef-d'œuvre. Dans la travée de gauche se trouvent les expositions de la Nouvelle-Zélande et de Victoria. Là, les murs sont ornés d'immenses peintures murales représentant la vie dans les colonies : les vendanges et la chasse à l'or. Au milieu, une immense carte. La chose la plus curieuse de cette exposition est un portique en briques dorées dont le volume représente l'or extrait en Australie par les colons depuis le commencement de l'exploitation aurifère. Il est inutile de dire que ces échantillons de minerais d'or, d'argent et de cuivre ne manquent pas. On les trouve nombreux à côté d'oiseaux et de quadrupèdes empaillés, de fleurs et de plantes desséchées, de bois, de tout ce qui constitue une exposition coloniale ordinaire. Il faut citer tout particulièrement cependant une importante exposition de fourrures au-dessus de laquelle on a placé un kanguroo et un emu, qui résument pour ainsi dire le poil et la plume de l'Australie. La colonie de Victoria a aussi un chalet spécial dans le parc du Trocadéro, où l'on pourra déguster tout à son aise les vins australiens dont on dit le plus grand bien.

Le Canada n'est que très faiblement représenté dans le palais des Industries diverses, ce qui étonne quand on connaît les sympathies de ce pays pour la France. Le gouvernement du Cap a un pavillon dont nous avons donné la description plus haut et Ceylan, auquel on a concédé un bar, ne nous envoie qu'un bar ordinaire anglais, avec les inévitables barmaids, mais où tous les produits consommés viennent de Ceylan.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889