Retour - Liste Pavillons

Belgique


Belgique à l'exposition de Paris 1889

La Belgique n'a pas pris part officiellement à l'Exposition, et cependant le gouvernement a fait voter 600,000 francs de subvention par les Chambres.

La Belgique n'a pas de commissaire officiel et cependant le gouvernement belge a notifié officiellement au gouvernement français la nomination d'un commissaire pris dans une commission non officielle. Ce sont là des anomalies qui ne sont explicables que par la lutte que le gouvernement du roi Léopold a eu à soutenir entre une politique officielle hostile à l'entreprise française et un courant de sentiment populaire.

L'essentiel est que la Belgique soit représentée au Champ de Mars et elle l'est d'une façon fort intéressante même, comme on va le voir.

Les différentes expositions belges occupent une superficie totale de plus de 13,000 mètres carrés, se décomposant de la façon suivante : au Champ de Mars, galeries des Industries diverses 3,750 mètres carrés; à la galerie des Machines 4,000 mètres carrés et 400 mètres carrés sur les balcons ; pavillons d'expositions particulières dans les jardins, 1,500 mètres carrés.

Au quai d'Orsay, les produits agricoles et alimentaires couvrent une surface de 950 mètres carrés, aux Arts libéraux 430 mètres. Le reste se répartit dans les diverses sections: Beaux-Arts, Economie sociale, Sylviculture, etc.

La section des industries diverses est située du côté de l'avenue de La Bourdonnais et borde par une de ses faces la grande galerie transversale qui conduit au dôme d'honneur,

Sa façade a 50 mètres de développement et comprend un double portique dont les montants sont formés d'objets d'exposition : elle est en vieux bois peint de façon à imiter la teinte des vieux meubles flamands. Au-dessus de chaque porte d'entrée est placée une carte en relief représentant la Belgique industrielle et l'Afrique avec l'Etat du Congo.

Il y a là tous les produits de toutes les classes : chaque industrie a voulu être représentée et dans le nombre considérable de ces expositions partielles il est difficile de faire un choix Pourtant les dentelles méritent une mention spéciale. Plusieurs vitrines sont garnies d'ouvrages d'un travail vraiment parfait. Les dentelles de Malines sont surtout à remarquer et soutiennent leur universelle réputation.

Au milieu de la salle des dentelles, dans un pavillon élégant, des dentellières flamandes travaillent sous les yeux du public.

Puis, toujours à l'entrée de la section, les expositions de la verrerie, des bronzes, de la céramique et en général de toutes les industries artistiques.

Plus loin on trouve la carrosserie qui nous montre des modèles très soignés (voitures ordinaires et carrosses de gala). C'est ensuite l'ameublement, qui prouve que les ébénistes belges sont fort adroits. Il convient de citer la maison Dammam et Washer qui expose des mosaïques de bois, des incrustations en essences de différents tons qui sont d'un effet très décoratif. L'exposition de l'industrie textile est aussi fort complète. On peut voir tous les états par lesquels passe la laine, depuis l'état brut jusqu'aux plus fins tissus, au centre d'une des salles. Un grand pavillon carré, drapé en velours bleu, abrite une exposition de pelleterie, d'une décoration originale sinon heureuse. Les colonnes semblent faites avec des peaux enroulées. Près des sections danoise et hollandaise, on trouve la maroquinerie, la bimbeloterie, l'habillement, le chauffage, etc.

Plus loin, une tente s'élève : c'est la section des équipements militaires et dans le même ordre d'idées, dans la dernière galerie, faisant face à l'Angleterre, l'exposition des armes, fusils de chasse, revolvers, couteaux de chasse, poignards, etc.

Et ce n'est pas tout. Dans la grande galerie transversale, en face de l'exposition belge, on a installé un plan complet du port d'Anvers. Cette réduction permet de saisir d'un seul coup d'oeil l'aménagement de ce port gigantesque et de comprendre son importance.

En sortant de la galerie, à droite et à gauche, longeant l'avenue de La Bourdonnais, des pavillons abritant des expositions particulières. A droite c'est un groupe de trois élégantes constructions. D'abord le pavillon du commissariat belge, en briques et en pierres bleues du pays, avec des applications de marbres belges. A la suite, l'exposition de M. Blaton Aubert, fabricant de ciment hydraulique (statues, carrelures, céramiques, etc.) A la suite encore, l'exposition de M. Solvay (fabrique de potasses). A gauche, dans un grand bâtiment en sapin verni, l'expo-sition des mines de Mariemont et de Bascoup qui exposent un plan en relief de toute l'exploitation et un autre plan à plus grande échelle, au dixième, montrant la fosse n° 1 à Trazègues. C'est l'installation complète d'un puits de mine, avec les machines d'extraction, d'épuisement, les ventilateurs, le triage mécanique, le lavoir à charbon au feldspath, la waroquère, appareil à monter et à descendre les mineurs et dont un modèle plus grand est installé à côté. On voit aussi des échantillons des produits de l'exploitation, charbons de différentes grosseurs, briquettes, etc. L'exposition de l'école minière de Morlanwelz qui ne compte pas moins de 600 élèves est aussi fort remarquable.

Au quai d'Orsay nous trouvons encore la Belgique, dans la section des produits alimentaires, les amidonneries Remy, les expositions des fabricants de tabacs, les expositions des grands distillateurs d'Anvers : Nills, Bull, Raynackers, etc.

La Société des brasseurs réunis a installé un bar de dégustation des bières belges.

Il y a donc là un tableau complet de la situation industrielle de nos voisins, et en voyant la ressemblance des produits on arrive à constater la similitude des deux peuples et à souhaiter que les liens d'amitié qui les lient se resserrent encore davantage.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889