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Construction


Construction à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Dutert, Contamin

Le premier coup de pioche pour les fondations de cette . entreprise colossale a été donné le 5 juillet 1887; elles furent achevées le 21 décembre de la même année.

L'ossature du palais se compose de 20 fermes, en forme d'ogive surbaissée. Les pieds de chacune d'elles, très étroits, sont articulés au niveau du sol et, les deux parties qui la composent sont réunies au sommet par un coussinet, autour duquel elles peuvent jouer. Ces trois articulations permettent à chaque ferme de se dilater sans inconvénient sous les influences diverses de la température.

Six mois de travail ont suffi pour exécuter le montage de ces vingt fermes, d'avril à septembre 1888. Ce montage avait été confié par moitié à la société de construction des anciens établissements Cail et à la compagnie de Fives-Lille, qui employèrent deux méthodes différentes de levage.

La société Cail a monté chaque ferme par fragments, dont le poids n'excédait pas pour chacun 3 tonnes, en se servant d'un échafaudage continu, suivant la forme de la ferme et la supportant jusqu'à son complet achèvement. La compagnie Fives-Lille a procédé en levant chaque ferme par grandes masses, pesant chacune jusqu'à 48 tonnes, en se servant d'échafaudages indépendants. Ces deux systèmes donnèrent à peu près le même résultat au point de vue du temps employé.

Quelques chiffres à propos de cette énorme construction métallique sont curieux; ainsi, le nombre des rivures pour
chaque ferme est de 32,000, non compris les rivets de pannes; soit, pour les vingt fermes, 640,000 rivets!

Une partie du comble est parquetée, l'autre vitrée; et si le rôle joué par le fer dans la construction du palais des machines est considérable, celui du verre présente également un grand intérêt, puisque la superficie du comble vitré de la grande nef est d'environ 34,700 m. carrés, et que celle des verrières verticales, y compris les grands pignons d'extrémité, s'élève à 14,500 m. carrés, ce qui donne au total le chiffre respectable de 49,200 m. carrés de vitrerie !

Outre le parti décoratif pris dans l'élément métallique de construction, on a donné, au palais des machines, une place importante à la peinture décorative.

MM. Rubé, Chapron et Jambon, les habiles décorateurs des grands théâtres de Paris, ont brossé, pour les parties pleines du fond, 10 grands panneaux de 16 m. de côté, représentant les armes et les attributs des grandes capitales du monde, et 124 panneaux plus petits représentant les écussons des chef-lieux de nos départements et des grandes villes étrangères. Ces panneaux mesurent 16 m. de haut sur 5 de large, et couvrent une surface totale de 17,000 m. carrés de peinture.

Les verrières des pignons sont entièrement teintées. Du côté de l'avenue de La Bourdonnais, une grande rosace en vitraux, formée des écussons des principales puissances, est d'un grand effet décoratif. Le pignon opposé, avenue de Suffren, est décoré également de vitraux, exposés par la maison Champigneulle (de Bar-le-Duc), et représentant
la Bataille de Bouvines. Enfin, la baie centrale, en face de l'Ecole militaire, et éclairant un des grands escaliers, est orné d'un brillant vitrail, figurant le Char du Soleil.

Quant à la décoration extérieure, elle est presque complètement en staff; la céramique est représentée seulement par un grand panneau de faïence, au-dessus de la porte d'entrée de l'avenue de La Bourdonnais, portant l'inscription PALAIS DES MACHINES, traversée par une branche de lauriers et encadrée par un motif de rinceaux. Deux groupes monumentaux sont placés à droite et à gauche de la porte d'entrée ; à gauche, la Vapeur enchaînée par le Travail, qui s'en rend maître, par M. Chapu à droite, l'Electricité, par M. Barrias. Malheureusement, ces sculptures, qui mesurent 7 mètres de haut, ne peuvent être appréciées comme elles le méritent, par suite du manque de recul.

Tel est, dans son ensemble, ce palais grandiose, où l'arc de Triomphe tiendrait en hauteur et où pourrait évoluer à l'aise une brigade de cavalerie. Plus que la tour, il est intéressant, d'abord par son utilité, et aussi par une recherche de formule nouvelle de décoration, demandée à la construction même qui est ici le fer, matière jusqu'à présent rebutée comme élément décoratif. Les artistes lui reprochaient sa raideur, sa sécheresse et son aspect étriqué, qui le rendaient incompatible avec les grandes masses, indispensables en architecture.

Or, on trouve dans la galerie des machines, aussi bien que dans plusieurs pavillons du Champ de Mars, des exemples, qui prouvent que le fer peut parfaitement donner naissance à une décoration rationnelle et tirant ses effets de son utilité même.

© L'Exposition Universelle de 1889 - Brincourt - 1889