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Galerie de la Parfumerie


Galerie de la Parfumerie à l'exposition de Paris 1889

La classe de la parfumerie est une de celles qui ont le plus la faveur du public. Et puis, on vous y fait de petits cadeaux, ce sont des boîtes de poudre de riz, ou de pâtes dentifrices, des flacons lilliputiens, c'est peu de chose, mais cela fait beaucoup de plaisir. C'est la réflexion générale de bien des dames, car les messieurs n'ont droit à aucune munificence.

Elle peut se diviser en deux branches. Celle qui fabrique les matières premières, dans le midi de la France, et celle qui confectionne les préparations.

On subdivise même cette dernière catégorie en plusieurs autres. Il y a, en effet, les fabriques de produits à bon marché, de qualité ordinaire, qui sont enveloppés avec moins de recherche, car en parfumerie l'enveloppe a une grande, même la plus grande importance. Pour les fabriques de produits coûteux, les odeurs sont plus savantes, plus énervantes ou plus voluptueuses, cette industrie confine à l'art, presque.

Les enveloppes sont brillantes, riches, il faut absolument plaire de toutes les façons, griser, enivrer le public pour qu'il devienne un client.

La parfumerie française reste encore la première, quoique nous ayons une rude concurrence à soutenir avec les Anglais.

Il ne s'agit plus maintenant que de faire son choix parmi les innombrables produits exposés dans les vitrines : violette, quintessence de violette, essence d'iris concrète, tubéreuse, rose, réséda, jasmin, etc., toutes les essences sont là. Un joli cadeau de jour de l'an à faire, ce serait un kilo d'essence liquide ou concrète de violette, cela coûte 3,110 francs, il est cependant probable que l'on préférerait autre chose pour ce prix-là, d'autant plus que l'essence de violette est bien discutée, certains savants nient complètement son existence.

Puis, nous voyons l'iris de Florence, qui vient généralement de Saint-Marin.

Dans une vitrine sont des animaux empaillés. La civette, le daim musqué et le chevrotain porte-musc. Le musc qui forme la base, le fixatif pour ainsi dire de tous les parfums, se trouve dans une petite poche que porte ce ruminant près des organes génitaux, entre ces organes et l'ombilic. Quant à la civette, c'est un mammifère carnassier, qui fournit aussi un produit musqué sécrété par des glandes situées au-dessous de l'anus, et groupées autour d'une poche où se concentre ce produit nommé : civette. On l'en retire avec une petite cuiller.

Nous voyons dans une vitrine, un appareil à distiller l'essence de rose en Bulgarie, cet appareil est bien primitif, l'essence est expédiée dans des bidons scellés.

Et puis vient toute la série des produits extraordinaires, conservant une jeunesse perpétuelle à ceux qui s'en servent, les fards entre autres. Ils remontent, du reste, à la pi us haute antiquité. Ce sont les premiers de tous les cosmétiques destinés à cacher les désastres de l'âge. Et comme dit La Fontaine :
Et les fards ne peuvent faire Que l'on échappe au temps, cet insigne larron.
Les ruines d'une maison Se peuvent réparer; que n'est cet avantage Pour les ruines du visage !

Le plus ancien fard est le sulfure d'antimoine, avec lequel on se faisait les yeux et les sourcils. Ce sont les Grecques qui créèrent le fard blanc et rouge qu'adoptèrent ensuite les dames romaines. En général, les fards sont dangereux et ils abîment toujours la peau, à la longue.

Il y a encore les laits virginaux, qui contiennent de tout excepté du lait. Une émulsion de benjoin ou d'amandes amères donne la belle couleur blanche. Puis les laits antéphéliques faisant disparaître provisoirement les taches de la peau. Et les produits faisant pousser les cheveux, la barbe, même sur les têtes n'ayant jamais eu le moindre poil follet, comme la pommade dont on voit les effets... féeriques dans les Pilules du diable.

Les eaux pour teinture en toutes les couleurs ne font pas défaut, sauf pour blanchir il y a toutes les autres nuances. L'eau oxygénée vous donne tous les blonds désirables, les sels d'argent, de plomb, vous donnent une chevelure noire comme les corbeaux.

Enfin des dentifrices, pâtes, lotions de toutes natures et des savons, surtout des savons à la glycérine. Et ce qu'il y a de plus curieux, c'est que ces deux produits, savons et glycérine, sont aussi incompatibles que le jour et la nuit, l'un chasse l'autre, vous faites un savon, donc vous mettez en liberté de la glycérine. Les savons n'ont évidemment pas besoin pour l'usage de contenir de la glycérine, et la chose serait-elle nécessaire, elle serait impossible. En effet, les corps gras naturels sont formés de stéarine, margarnie, oléine, butyrine, etc., ces principes mis au contact de l'eau et d'un alcali, avec le concours de la chaleur, donnent des sels formés des acides stéarique, margarique, oléïque, butyrique, combinés à l'alcali et à une substance nouvelle, la glycérine. Le mélange des sels alcalins constitue le savon, et la glycérine liquide reste en solution dans l'eau, d'où l'on retire la masse de savon, que l'on a bien soin d'exprimer fortement pour chasser l'eau et par suite la glycérine.

Mais, je le répète, la présence de la glycérine ne serait nullement nécessaire dans le savon, même si elle était possible.

Les savons fins sont fabriqués avec l'axonge et à chaud, les savons communs sont faits avec des suifs, graisses, huile de coco et de palme. La graisse de cheval donne aussi des savons très onctueux.

N'oublions pas, pour finir, de citer les poudres de riz, lesquelles ne contiennent d'ailleurs pas trace de farine de riz, mais, en revanche, parfois des sels dangereux comme la céruse entre autres. Cependant, il ne faut pas s'effrayer, il y a des poudres inoffensives, même des teintures pour les cheveux, surtout en blond. Le tout est de bien choisir.

©Livre d'Or de l'Exposition - L. Phalanchet.