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Galerie de la Verrerie



Au nombre des serviteurs inanimés de l'homme, le verre occupe l'un des premiers rangs : il est partout : à la cave, au jardin, à la cuisine, au salon, dans le cabinet de toilette ; il sert à tout : pour boire, pour éclairer, pour abriter, pour grossir les objets, pour les reproduire; il nous rend à peu près tous les services, sans compter ceux qu'on n'avoue pas.

On comprend combien son exposition peut être variée.

Elle va, en effet, delà vulgaire bouteille verte ou noire, dont les usines Richarme ont montré une collection curieuse et très complète, jusqu'au diamant, imité à s'y méprendre, qu'expose une fabrique de verres fins, employés surtout pour l'optique. Parlons de suite de ces derniers.

L'optique exige, selon les instruments, des verres d'une fabrication particulière très denses ou au contraire très légers. Ce sont ces verres spéciaux, fabriqués avec des matières de premier choix, qui portent le nom de crown glass, ou de flint glass. Ils ont toute l'apparence et toutes les qualités du cristal naturel, dit cristal de roche, jointes à des dimensions que ce dernier ne saurait atteindre. Ainsi, on nous montre ici un objectif en crown glass, de lm,05 de diamètre. C'est le plus grand qui ait jamais été fabriqué, il est destiné à la lunette de l'Observatoire de Spence, élevé aux frais de l'Université de la Californie du Sud.

Le flint est employé principalement pour les miroirs plans, ou les prismes.


Il n'y a pas grand'chose à dire du verre à vitre, rien ne ressemblant tant à une vitre qu'une vitre pareille. Les vitraux sont aujourd'hui en grande faveur et l'on en fait une consommation considérable, seulement comme ils sont chers, on les remplace assez généralement par de simples vitres en verre émaillé à dessins. Cette disposition,qui est obtenue par l'application d'un émail au poncif sur le verre blanc, donne de jolis résultats.

On sait que, malgré les progrès de la verrerie, on n'est pas encore arrivé à couler les verres minces et surtout à les couler bon marché. Nous verrons que Saint-Gobain s'achemine dans celte voie. En attendant on en est toujours au soufflage, qui se fait actuellement soit à la bouche, soit par l'air comprimé. C'est au soufflage que nous devons, non-seulement les bouteilles, mais encore les vitres et les manchons qui sont, ou bien conservés en manchons dits cylindres, pour les pendules et autres objets à abriter, ou bien fendus, étendus et recuits pour la fabrication des vitres.

Les verres de montre, eux aussi, sont soufflés. C'est-à-dire que l'on souffle une énorme boule, comme celle qui nous est montrée vers le milieu de la galerie, et que l'on découpe dans celle boule des verres de montre, qui ont ainsi une légère convexité.


Les glaces sont techniquement des verres coulés, ce qui les distingue des verres soufflés. Les miroirs du commerce, dans les prix doux, ne sont le plus souvent, quoique décorés du nom de glaces, que du verre double étamé ou argenté.

La première organisation du monde entier pour la fabrication des glaces, est la Société des manufactures des glaces et produits chimiques de Saint-Gobain, Chauny et Cirey.

C'est une industrie nationale, quoiqu'elle soit la propriété d'une société anonyme. Fondée en 1665, sur un rapport de Colbert, à qui il faut presque toujours faire remonter la création de nos grandes industries, elle inaugurait, en 1691, le coulage des glaces inventé par Louis Lucas de Nehou. On voit que la maison a 224 ans d'existence.

Son exposition comprend au milieu de la galerie, une magnifique glace de miroiterie, c'est-à-dire destinée à être argentée, qui mesure 7m,63 sur 4m,10 et pèse 938 kilogrammes. Cette glace vient de Chauny. Elle est accompagnée d'une série de glaces, argentées ou non argentées, et de glaces de vitrages qui dépassent les plus grandes dimensions atteintes jusqu'à ce jour. Mais la pièce la plus considérable est un vitrage de 8m,14 sur 4m,20 qui ferme une vitrine de la classe 21. On n'a jamais produit une pièce aussi grande.

Saint-Gobain en a envoyé une de 8m,10 sur 4m,14, mais celle-là est brute, c'est-à-dire qu'elle n'a encore subi aucune des opérations qui doivent lui donner le poli et en faire, soit.un vitrage soit un miroir. Ces opérations, on nous les montre dans une série de petites glaces qui sont :
La première, brute, c'est-à-dire telle qu'elle est fournie par la fonte, en cet état, elle est striée de rainures et comme sablée sur une de ses faces.
La deuxième est dégrossie par des frictions de sable.
Puis elle est savonnée à l'émeri et, dans cet état, elle ressemble à ce que Ton appelle le verre dépoli.
Enfin, polie au peroxyde de fer, elle est prête à recevoir l'argenture qui est appliquée par la réaction de l'acide
tartrique sur le nitrate d'argent. L'argenture a remplacé l'étamage au mercure, qui était mortel pour les ouvriers.


Saint-Gobain a cherché et trouvé depuis plusieurs années nombre d'applications du verre fondu. C'est ainsi que l'on fabrique dans les usines de la Société des dalles polies qui peuvent servir de devanture aux changeurs, bijoutiers, orfèvres, et, grâce à leur résistance, dispenser d'une autre fermeture. Il y a aussi les pièces de phares et les pièces d'optique, représentées par un miroir qui pèse 600 kilogrammes.

Dans les verres minces dont nous parlons plus haut, on n'est pas encore arrivé à obtenir le poli et il faut se contenter de remplacer par des verres granulés, ou cannelés ou losanges, les verres dépolis. Ils sont beaucoup plus résistants que le verre dépoli tout en coûtant moins cher.

Pour les dallages, qui doivent laisser passer la lumière, on fabrique soit des dalles à reliefs, soit simplement des dalles brutes. Enfin, lorsqu'il s'agit de recouvrir un passage de telle façon que les voitures puissent circuler et que, néanmoins, on veut obtenir de la lumière, on peut employer les pavés de verre, qui ont 15 centimètres d'épaisseur et qui, placés sur fer en 1 résistent à n'importe quelle pression.

Enfin, l'on fait en verre de Saint-Gobain des revêtements de muraille pour les hôpitaux, des plaques de caniveaux, des sièges communs, des urinoirs, et des tuiles qui ont l'avantage d'arrêter l'air et la pluie en laissant passer la lumière.


Nous avons vu avec Saint-Gobain, à peu près toutes les applications industrielles du verre. Le voici maintenant comme service de table. C'est toujours le beau cristal blanc, taillé ou gravé, qui tient le premier rang, et il n'est pas prêt d'être abandonné, si réussis que puissent être les services de fantaisie imitant soit le Venise, soit le Bohême.

La maladie moyen âge dont a souffert il y a quelque temps le goût français, a laissé ses traces dans des verres émaillés qui sont, ma foi, charmants de formes et de décorations.

Ajoutez à cela un fort lot de coupes, de candélabres et de lustres et vous aurez une idée générale de l'exposition de verrerie.

Mais ce que vous n'aurez trouvé nulle part, c'est la raison pour laquelle il n'y a pas d'exposition de la manufacture de Baccarat. J'ai interrogé tout le monde à ce sujet et nul ne m'a répondu.

C'est, paraît-il, le secret des dieux.

Paul Le Jeinisel.