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Galerie des Armes Portatives


Galerie des Armes Portatives à l'exposition de Paris 1889

Porte

Voisine de la draperie, dont la porte est si belle, la classe 38, qui comprend les armes portatives et les armes de chasse, a sagement compris qu'il n'y avait qu'à s'éclipser devant une voisine aussi opulente.

Aussi sa façade couleur terre cuite, ne se fait-elle remarquer que par une simplicité qui confine à la nudité absolue, et même quelquefois la dépasse.

Tout ce qui ressort de cette façade sur laquelle les tons briques se marient tristement au bleu déteint, se compose de trois piédestaux sur lesquels sont juchées des armures.

Il y a aussi, par-ci par-là, des panoplies, ce qui est assez naturel pour une exposition d'armes. Néanmoins, pour rompre cette absence d'ornements, on a placé au fronton de la baie centrale un cavalier, dont il serait bien difficile de déterminer et l'époque et la nationalité.

Il est bardé de fer comme un burgrave du Rhin, couvert d'étoffes comme un Arabe et bariolé comme un pifferaro italien. Son cheval étant lancé au grand galop, j'incline assez à croire que c'est un Arabe, puisque les Maures vont vite.

©Livre d'Or de l'Exposition - Alfred Grandin.


Galerie

Au peu d'importance de cette section, on voit qu'elle n'intéresse que des gens paisibles, belliqueux seulement quand il s'agit du lièvre ou du perdreau. Nous ne voyons guère, en effet, que fusils de chasse, épées, fleurets et revolvers de poche. Il semblerait qu'on devrait voir une quantité de modèles tout à fait nouveaux, car, pour les armes de guerre, combien n'y a-t-il pas de systèmes différents constamment proposés, tandis que là, il n'y a pas à faire du nouveau qui soit du bon marché, les chasseurs, je parle des vrais, feraient bien économie, au besoin, sur leur nourriture toute l'année, pour se procurer l'arme désirée. Mais il est bien plus productif de faire adopter un nouveau système de fusil par un gouvernement qui vous en prend plusieurs mille à la fois. Aussi l'esprit des inventeurs se porte tout entier sur les armes de guerre.

Cependant, il y a quelques nouveaux modèles qui ont l'air d'être vraiment en progrès, aussi bien par la construction, la commodité, que par leur bon marché réel. Une de nos grandes manufactures françaises expose un fusil sans chien à deux coups, qui s'arme automatiquement, dont les détentes sont dissimulées et à l'abri de tous contacts étrangers, et qui n'a aucun rapport avec le système Hammerless. Cette arme élégante et assez légère, a eu un succès énorme, d'ailleurs. Les étiquettes annoncent neuf cents acquéreurs à l'Exposition.

Il y a aussi un revolver de poche, plat comme un portefeuille, qui a l'air très avantageux.

Ce qu'il y a aussi d'intéressant, c'est la construction des canons de fusil. Il y a environ douze opérations successives, ce qui explique en partie, le prix si élevé de certaines armes.

Ainsi, pour faire un canon damas, on prend un faisceau de tiges d'acier carrées, formé de soixante-quatre de ces tiges, on le passe au laminoir, de façon à obtenir une baguette composée des soixante-quatre premières et n'ayant pas plus d'épaisseur que les baguettes primitives. Cette baguette est ensuite tordue sur elle-même. On peut alors en souder plusieurs semblables, que l'on aplatit et qu'on enroule autour d'un cylindre en acier, on le forge et on le martèle, de façon à avoir un canon bien homogène, qu'il ne reste plus qu'à finir, ce qui est encore très long.

Les canons Bernard se font d'une façon semblable, mais au lieu de partir de tiges carrées on part de tiges plates d'environ trois à quatre centimètres de largeur, tandis que les tiges carrées pour damas ont environ un centimètre de côté. On réunit une vingtaine de ces tiges plates, les autres opérations restent semblables.

Au milieu de la galerie il y a des canons, mais ceux-là ne sont pas dangereux, ils ont l'âme lisse, indice d'intentions peu belliqueuses pour une arme de ce genre, un canon meurtrier a l'âme rayée. Ce sont les canons destinés à annoncer t que la fête commence ». Beaucoup de municipalités de province se sont offertes ce luxe, et, d'après les ressources budgétaires, on choisit les gros, les petits ou les moyens.

Il y a le canon de la Tour Eiffel, un superbe petit canon en cuivre, puis les canons pour yacht, qui sont généralement en cuivre aussi; ce ne sont plus des armes, ce sont des bronzes d'ornement, pour un peu on les mettrait sur la cheminée.

Enfin, dans les vitrines spéciales, sont exposées toutes les poudres et cartouches de guerre de tous les pays du monde, inventées dans ces derniers temps. Que sera-ce dans la prochaine guerre? Il ne restera plus personne sur le terrain de part et d'autre, à moins qu'on ne se tienne chacun de son côté à distance respectueuse, car avec les nouvelles portées des fusils, il faudra songer à adjoindre sur le côté du fusil une longue-vue, pour pouvoir apercevoir l'ennemi, de nouvelles difficultés étant ainsi créées, le résultat pourra ne pas être plus terrible, c'est d'ailleurs le. seul moyen de supprimer un jour les guerres, car il arrivera un moment, où à force de perfectionnements, elles
deviendront impossibles.

©Livre d'Or de l'Exposition - Louis Phalanchet.