Retour - Liste Pavillons

Galerie de la Chasse, Pêche et Cueillette


Galerie de la Chasse, Pêche et Cueillette à l'exposition de Paris 1889

Porte

La classe 42, qui rassemble sous son drapeau la chasse, la pêche et les cueillettes, a une entrée des plus modestes, ce qui ne l'empêche pas d'avoir du caractère.

Mais la modestie lui convenait ici; car, séparée seulement de la porte de la Draperie par celle des Armes portatives, elle ne pouvait, sans faire montre d'un luxe insolent et sans même être assurée de réussir, lutter contre cette magnifique façade, qui domine tout ce côté de la galerie de Trente mètres, de son grand air et de la richesse de sa décoration.

Elle a préféré s'en tenir à une agréable rusticité, dont elle a demandé les éléments aux forêts qui servent d'ordinaire de milieu à la chasse, et quelquefois de bordure à la pêche.

Ainsi on a tout simplement placé sur la façade, des panneaux de bois variés, et disposé entre les colonnes des fausses colonnes formées de troncs d'arbres d'une longueur et d'une régularité absolues.

Au fronton de la baie principale, la pêche et peut-être bien aussi la chasse aux animaux marins, est rappelée par une proue de vaisseau qui s'avance, en relief vigoureux. Les frontons de gauche et de droite sont de simples animaux empaillés. Cela n'a exigé de grands efforts, ni d'imagination ni d'exécution. Mais c'est un genre d'ornement qui en vaut bien un autre et qui du reste s'accorde parfaitement avec les tendances bon enfant et sans prétention de cette façade. Il y a néanmoins un mystère dans celte ornementation : sous le vaisseau « qui fend les ondes » on a placé des ondes destinées à être fendues, et ces ondes ressemblent traits pour traits aux trois plumes d'autruches qui servent d'armoiries habituelles aux fournisseurs du prince de Galles. Pourquoi?

©Livre d'Or de l'Exposition - Alfred Grandin.


Galerie

Nous appelons ainsi la classe 43, c'est d'ailleurs le titre inscrit dans les galeries, ce qui ne laisse pas que de dérouter un peu les visiteurs, qui ne voient que des fourrures, et bien d'autres produits divers, mais pas un seul instrument de chasse, ni dépêche. C'est qu'en effet au catalogue on trouve le titre exact, c'est-à-dire: Produits de la chasse. — Produits, engins et instruments de la pêche et des cueillettes. Pourquoi n'avoir pas reproduit ce titre assez clair, au lieu de cette dénomination : chasse, pêche, cueillette, un peu trop télégraphique?

Et enfin, pourquoi avoir mis complètement à part les engins de pêche et de cueillette, dans une salle formant vestibule aux galeries de la carrosserie et de l'Autriche-Hongrie, en face le commissariat belge, tandis que la section principale est sur la grande galerie de trente mètres ; ce désordre se retrouve également dans bien des cas à l'Exposition.

Commençons par les instruments de pêche et de cueillette, car les instruments de chasse forment une section complètement distincte.

Nous trouvons d'abord des quantités de cannes pour la pêche des diverses espèces de poissons: truites, brochets, etc., puis des flotteurs de tous les systèmes, des hameçons simples ou imitant différentes espèces d'animaux recherchés par les poissons : vers, insectes, crevettes, lesquels hameçons sont ternes ou brillants, quelques-uns sont même très compliqués. Quand le poisson mord, un ressort détend une pointe d'acier qui vient se fixer dans la tête de l'animal.

Le long des murs sont d'immenses éperviers, des éperviers-araignées. Il y a même le fusil-harpon pour la pêche à la grenouille. C'est un tube dans lequel est une flèche mue par un ressort; à l'aide d'une ficelle on tend le ressort qu'on lâche dans la direction de la grenouille, qui est perforée si vous n'avez pas raté votre coup. On se donne autant de mal pour détruire les plus innocents animaux que pour tuer les hommes, ce n'est pas peu dire.

Cette section aurait pu prendre aussi comme sous-titre: chasse aux rats et souris. Il y a plus de pièges pour détruire ces rongeurs que pour pêcher les poissons.

Les nasses, qui étaient réservées autrefois à la pêche, deviennent un des plus sûrs moyens de se débarrasser de ces animaux. Ces pièges sont d'ailleurs fort bien compris, on peut prendre des douzaines de rats à la minute, de véritables nasses mitrailleuses, sauf qu'elles ne donnent pas la mort immédiate. L'entrée est toujours libre, les animaux pris au piège se font encore prendre à d'autres pièges intérieurs, qui les accumulent dans le fond.

Mais l'art de la destruction ne s'arrête pas là, nous avons encore les pièges à renards, à fouines, à chats, à loutres, blaireaux, putois. Puis les pièges plus sérieux pour loups, sangliers, oiseaux de proie, voire même le piège à maraudeur. Et pour finir, les grands pièges pour la destruction des petits oiseaux en masse, ces pauvres petites bêtes, si gentilles, mais qui ont aussi le tort d'être si gourmandes.


Traversons les sections d'Autriche-Hongrie, puis celles des dentelles, des vêtements, des tissus, et pénétrons dans la section principale de chasse et pêche, par la galerie de trente mètres.

Les deux premières vitrines, légèrement en saillie sur la grande galerie centrale contiennent les produits de la chasse, mais de la chasse aux animaux recherchés pour leurs riches fourrures. Cette chasse n'a rien de commun avec celle qui, tous les automnes, sert de distraction à nos chasseurs amateurs. Les chasseurs de fourrures ont défrayé bien des romans, relatant cette vie continuelle de dangers et de privations, pleine d'aventures et d'angoisses, où l'homme n'est jamais sûr du lendemain, même de l'instant qui suit, et ne couche pas dans de bons ou mauvais lits d'hôtel, mais dans les rochers, sur la dure. Ce ne sont plus de simples étapes dans les terres ou les prairies, mais des courses interminables dans les forêts, les ravins, dans des endroits où l'homme n'a pas encore passé, où l'on risque mille fois de se casser le cou, ou d'être massacré par les sauvages, qui parfois deviennent cependant vos auxiliaires lorsqu'ils connaissent votre but, et où enfin, c'est une lutte à mort entre l'homme et sa proie, lorsque celle-ci s'appelle : ours, tigre, lion, etc.

Les premières pelleteries que nous voyons sont de vraies fourrures : loutre, castor, astrakan, chinchilla, hermine, glouton, renard, ours, singe d'Abyssinie (à longs poils gris), singe noir (à poil lisse noir), renard bleu, renard argenté, martre zibeline, ours noir, tigre, etc. Toutes ces fourrures choisies, sont bien entendu, fort belles.


Mais pendant que nous y sommes, pénétrons dans la galerie à travers la section de l'exploitation forestière, mêlée, on ne sait pourquoi, à la section dont nous nous occupons. Nous retrouvons identiquement les mêmes fourrures, il est inutile que j'en fasse l'énumération, il n'y aurait rien de changé. Et cependant ce n'est plus du tout la même chose; de très paisibles chasseurs ont conquis ces peaux de loutres et de castors. En effet, toutes les vitrines renferment un ou plusieurs rongeurs d'assez belle taille, nous présentant d'un air goguenard la carte de la maison, ce sont de beaux lapins bien gras, bien fourrés, et toutes ces magnifiques fourrures, qui devraient parvenir des contrées les plus éloignées, sont de chez nous, ce sont des peaux de lapins travaillées et imitant avec une perfection parfaite, les fourrures les plus rares. Après cela, c'est à ne plus oser payer des fourrures des prix exorbitants, crainte d'être trompé, les marchands eux-mêmes doivent s'y reconnaître bien difficilement, ce n'est plus qu'une affaire de confiance, comme pour les perles. Il y a là des renards bleus en lapin, magnifiques, ce ne sont plus ces horribles fourrures ayant une légère teinte bleuâtre, alors que le renard bleu véritable peut avoir bien des nuances, excepté la nuance bleue. Ce sont des renards bleus qui n'ont de la peau de lapin que le nom. D'ailleurs un des exposants a eu l'idée originale de poser un lapin superbe, sur un trône, sous un dais royal, portant dans sa patte la main de justice, royale également, une couronne d'or entre les deux oreilles bien droites, le regard conscient de sa supériorité, enfin couvert d'un manteau d'hermine, en peau de lapin bien entendu. En effet le lapin est roi, le roi de tous les animaux par la main de l'homme, aucun poil ne saurait rendre autant de services à la contrefaçon que le sien. N'oublions pas encore un autre emploi, ce sont les chapeaux de feutre en poil de lapin.

Nos animaux de basse-cour fournissent aussi un certain nombre de produits, qui ne sont cependant ni de la chasse ni de la pèche, de la cueillette peut-être, entre autres les plumes qui servent à faire des oreillers, des matelas, dont le tuyau, quand la plume est grande, sert à faire des cure-dents. La peau de l'oie, recouverte de son duvet, semblable à l'édredon, est une espèce de fourrure dont on fait des ornements de vêtement, généralement pour enfants, sous le nom de duvet de cygne; on en fait aussi des houppettes à poudre de riz.

Le porc et le sanglier fournissent leurs soies qui servent à faire des brosses ou des pinceaux.

Le cheval et quelques autres quadrupèdes donnent le crin.

L'éléphant si paisible, est l'objet d'une guerre acharnée dans certaines contrées, c'est à ses défenses qu'on en a. Les chasseurs d'ivoire exercent un métier bien dangereux : autant l'éléphant est calme si on le laisse tranquille, autant sa colère devient terrible contre ses agresseurs. Combien de ces malheureux ont été assommés contre les arbres, entraînés par la trompe redoutable de l'animal, ou écrasés sous les énormes marteaux-pilons qui lui servent de pattes I Mais l'ivoire est très cher et est de bonne chasse.

Arrivons maintenant plus spécialement aux produits de la pêche, et si je n'indique pas l'ordre dans lequel tous ces produits se trouvent exposés, c'est qu'il n'y a pas le moindre ordre, tout est mêlé, les plantes, les animaux et les produits retirés des eaux.

Nous voyons l'écaillé et la nacre, l'une fournie par la carapace de la tortue, l'autre par les parois de diverses coquilles. La plus belle nacre est fournie par l'aronde perlière (avicula margariti fera), elle est remarquable par son épaisseur, sa blancheur et son éclat, d'ailleurs les perles sont de la même nature que la nacre fournie par ce mollusque. L'intérieur de la coquille vient-il à être irrité en un point, soit par une piqûre ou un grain de sable, il se produit, au point attaqué, une sécrétion nacrée qui se dépose en couches concentriques et produit une perle libre ou fixe. Et dire que ce produit si cher n'est composé que de craie, de phosphate de chaux et d'un peu de matière organique! Il est vrai que le diamant lui-même n'est que du charbon cristallisé. Ce qui prouve que la nature est bien plus habile en chimie que nous.

La mer fournit encore un produit d'un usage tout à fait domestique, c'est l'éponge. Telle qu'elle est pêchée, elle ne ressemble guère à notre éponge de toilette. Nous ne voudrions jamais, même si la chose était possible, nous servir du gerbi (c'est le nom de l'éponge brute), que nous voyons dans les vitrines; outre qu'à cet état l'éponge est très dure, elle est brune et visqueuse. Cet animal (malgré son apparence, c'est bien un animal) est une agrégation d'individus confondus en une masse, formée soit par la soudure de plusieurs embryons, soit par la soudure de plusieurs éponges voisines, de tout âge. Elles se reproduisent soit par des corpuscules ciliés, ou embryons qui se groupent, soit par des œufs. Elles ne sont pourvues d'aucun organe de digestion, de respiration ou de reproduction distinct. On les pêche avec des tridents, ou bien ce sont des hommes qui plongent pour les arracher avec la main. Les plongeurs grecs sont pour cela d'une hardiesse très grande, ils plongent jusqu'à vingt brasses. Les plongeurs syriens restent plus longtemps sous l'eau, ils vont jusqu'à vingt-cinq brasses, mais sont moins habiles. Les éponges sont lavées avec soin pour enlever les impuretés et la matière animale, ensuite battue au maillet pour en détacher les coquilles, le sable, puis traitée à l'eau acidulée, qui dissout les sels calcaires, et lavées de nouveau. Les éponges fines sont nettoyées à la main, c'est ce qui en augmente le prix.

Enfin, nous voyons encore un autre produit de la pêche, produit accessoire celui-là, c'est la baleine. Car on ne poursuit pas la baleine particulièrement pour ses fanons, elle donne en outre une quantité d'huile et de matières grasses. Cette pêche est excessivement dangereuse, caria baleine peut mesurer jusqu'à trente mètres de long, la longueur de la fameuse galerie centrale de l'Exposition. Sa masse la gêne beaucoup pour se mouvoir, mais malheur à tout ce qui se trouve à portée de sa queue redoutable, toute sa force est là et elle est énorme. Les premiers pêcheurs de baleine auraient été les Basques, puis au xvi° siècle les Anglais et Hollandais les imitèrent. De nos jours, les pêcheurs ont bien de la peine à en rencontrer encore, tellement on lui a fait une guerre acharnée. Lorsque l'animal a été signalé par l'homme placé en haut du mât de hune, on descend dans les barques et on va à force de rames vers la baleine; un homme situé à l'avant de la barque porteur d'un harpon, attend le moment favorable pour le lancer sur l'énorme bêle, en évitant soigneusement la queue de l'animal, qui simplement blessé se retourne et d'un coup formidable brise le bateau, et se débarrasse de ses ennemis... pour un instant seulement, car de nouveaux téméraires viendront aider ceux qui n'ont pas succombé à la catastrophe précédente. La baleine capturée est traînée à la remorque du navire et lorsqu'elle est morte, on enlève la graisse, puis les fanons. Ces fanons sont fixés à la mâchoire supérieure au nombre de six à sept cents comme les dents d'un peigne, ils servent ainsi de tamis à l'eau dont l'animal emplit son énorme gueule, qui s'échappe à travers les fanons sans pouvoir entraîner les algues et les petits animaux qui servent à la nourriture du cétacé. Cette énorme bête a dans son élément des ennemis qui, quoique bien plus petits qu'elle, n'en sont pas moins dangereux par leur habileté. Ainsi les marsouins ne redoutent pas la baleine, ils se précipitent dans sa gueule, s'attachent à sa langue, la torturent tant, que le colosse meurt de souffrances. Le poisson-scie lui entame la peau et ne lâche sa proie que morte. Les mouvements d'évolution de la baleine sont si pénibles que si, poussée hors des bas fonds par les tempêtes ou une cause quelconque, elle vient vers les côtes, elle échoue fatalement, c'est ainsi que même sur nos côtes on en a déjà trouvé plusieurs. Quelques tableaux dans les vitrines de l'Exposition nous représentent des épisodes de cette chasse à la baleine.

Finissons la description de la classe 43 par la cueillette.

Nous voyons dans des vitrines, des séries de petits balais pendus à des ficelles, ce sont les plantes d'herboristerie disposées pour le séchage, comme à la porte de nos herboristes, qui éprouvent ainsi le besoin de faire avaler à leur clientèle, des tisanes faites avec des plantes couvertes de la poussière des rues de Paris. Les droguistes ont jugé plus à propos de présenter les mêmes plantes dans des plateaux de verre. En médecine on ne saurait jamais trop bien présenter les produits. Nous voyons la mauve, la guimauve, le pied de chat, le coquelicot, etc.

Enfin la dernière vitrine qui nous reste à voir est l'exposition des écorces diverses, en particulier des quinquinas, gris, jaune, rouge. Les premiers sont toniques, les seconds fébrifuges, quant au quinquina rouge, il est surtout employé dans les poudres dentifrices, et un peu comme tonique.

©Livre d'Or de l'Exposition - S. Favière.