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Galerie du Vêtement


Galerie du Vêtement à l'exposition de Paris 1889

Porte

Assez riche d'aspect, l'entrée monumentale de la classe 36 consacrée aux vêtements des deux sexes, n'a pas fourni grande inspiration à ses organisateurs, et c'est véritablement beaucoup plus industriel qu'artistique.

Sur les trois baies de la façade, deux sont occupées par des vitrines, où sont exposées sur des mannequins, des toilettes de femmes, comme dans tous les magasins de nouveautés.

La façade, elle-même, est en bois, revêtu d'un vernis gris assez triste et que n'arrive pas à égayer beaucoup, ni la tête de Mercure qui est au fronton, coiffée du mythologique chapeau à ailes, ni les deux compositions de gauche et de droite, qui représentent évidemment la coquetterie et l'art de la toilette.

©Livre d'Or de l'Exposition - Alfred Grandin.


Galerie

VÊTEMENTS D'HOMME

L'exposition des vêtements des deux sexes s'ouvre sur la galerie de trente mètres. Ce sont les vêtements de dames qui ornent l'entrée principale et ce n'est que justice, car cette partie est bien mieux réussie que celle concernant le sexe fort.

En effet, il faut être fort pour pouvoir soulever les premières chaussures que nous rencontrons. On aurait dû les exposer dans le Pavillon du Ministère de la Guerre. Ce sont des souliers à semelles blindées, cuirassées, disent les étiquettes; en effet, on n'en voit plus la couleur du cuir, ce ne sont qu'énormes clous en fer, de toutes les formes, aussi disgracieuses que possible, des plaques de blindage aux talons et à la pointe. Ce doit être à l'usage des plongeurs probablement; on peut être sûr, avec des appareils semblables aux pieds, que le centre de gravité du corps sera placé très bas.

Nous trouvons aussi des brodequins imperméables, insubmersibles, cette fois les clous sont supprimés et remplacés par des écrous, ceux-ci sont en cuivre, par exemple. Nous arrivons enfin à des chaussures plus portables. Ce sont des bottines vernies, claquées en chevreau jaune, vert, bleu, blanc, etc. Des bottes aussi collantes que des maillots, lacées sur le côté, montant à mi-cuisse. Ce doit être bien gênant pour ployer la jambe. Puis ce sont les grandes bottes pour la chasse. La concurrence étrangère est bien redoutable dans ce genre d'articles.

Des souliers, nous sautons brusquement aux chapeaux.
Et d'abord les casquettes. Quel mal ont dû se donner les fabricants pour faire des horreurs aussi réussies que celles que nous regrettons de voir Si encore cela pouvait indiquer un tour de force quelconque, mais non, c'est laid simplement pour le plaisir d'être laid. Un assortiment de pièces de couleurs affreuses, cousues les unes à côté des autres 1 Je fais une exception cependant pour les casquettes de courses, canotage, lawn-tennis. Celles-là ont leur raison d'être, c'est la mode d'avoir des coiffures bariolées. Mais au moins les nuances ici sont gaies, claires, agréables à l'œil. Mais ces autres casquettes sans caractères, marron, bleu faux, vert qui nous fait grincer les dents, que font-elles là, sans parler des casquettes de soie, a trois cents ponts, des casquettes eiffeliennes? Au moins sont-elles tout à fait noires.

Nous voyons aussi des calottes en velours noir ou bleu, avec de belles broderies d'or, tout autour et sur le dessus. Ce n'est pas de la dernière élégance, du dernier bon goût, ni de la dernière mode, mais pour attirer les regards, les broderies représentent la Tour Eiffel. C'est une façon comme une autre de moderniser l'antique.

Puis les chapeaux de soie, de feutre, chapeaux capitonnés pour amazone, chapeaux à claque en satin noir et même blanc, les chapeaux en moelle de sureau, si légers qu'on est obligé de mettre une jugulaire pour ne pas qu'ils s'envolent.

Voulez-vous avoir une idée des différentes opérations auxquelles on doit procéder pour obtenir un chapeau de feutre? Un exposant obligeant nous fait assister aux différents résultats successifs de chaque opération préliminaire. H y a douze opérations, et ces chapeaux sont annoncés à douze francs la douzaine. On part de la laine brute en suint, elle est d'abord lavée à la soude. On procède ensuite à ce que l'on appelle Vépaillage, qui consiste à détruire les matières végétales, paille, etc., par l'acide sulfurique. L'épuration consiste à enlever tous les détritus de l'opération précédente. Dans le cardage, on étire les fibres de laines parallèlement, de façon à former une ouate. On procède ensuite à la formation de la bastissage : la ouate est appliquée sur un cône. On donne alors un premier commencement de feutrage à la vapeur, c'est le simoussage ou feutrage. On passe ensuite à la machine à fouler, c'est le foulage. La pièce précédente, trempée dans l'eau bouillante, peut recevoir la forme, c'est le dressage. Dans le ponçâge, on rase les parties saillantes.. Après l'on procède à la teinture, puis l'appropriage, où le chapeau reçoit sa forme définitive, sous une pression de trente atmosphères. Enfin la dernière opération, ou garniture, consiste à le border et lui mettre un ruban. Tout cela pour douze francs la douzaine, ce n'est vraiment pas cher.

Enfin, faute de nouveauté, les chapeliers nous montrent les chapeaux anciens, historiques, les chapeaux de Bonaparte, Carnot, Kléber, Marat, Lafayette, etc.

Finissons-en avec la chapellerie, par les coiffures d'enfants, dont quelques-unes sont assez jolies; mais pourquoi encore nous montrer ces horribles toques de velours, sans formes déterminées, que portaient beaucoup il est vrai, les petits paysans venus pour visiter la grande exposition? Us ne sont pas plus laids que les autres, ces pauvres chérubins, mais étaient-ils assez disgracieux sous cet ornement ridicule !

Arrivons maintenant au costume en général. Que dire du costume d'homme? Sinon que c'est toujours la même chose, et que le tout n'est pas d'avoir un joli vêtement, il faut surtout bien le porter; ce n'est pas un art, cela est naturel. Tous les hommes sont à peu près habillés de même. Sortis du veston, de la jaquette, de la redingote et de l'habit, sans compter le pardessus, nous ne trouvons rien de mieux. On a bien essayé une nouvelle forme pour détrôner l'habit : le smoking, qui n'est qu'un veston à grand revers. Cette concurrence n'est pas sérieuse, l'habit aura longtemps encore de beaux jours. On essaie cependant de varier sa couleur, ce qui nous ramène au temps passé. Faute de nouveau, on ressuscite l'ancien. J'avoue que je ne vois pas la nécessité absolue d'inventer de nouvelles formes de vêtements d'homme, d'ailleurs. Nous voyons à l'Exposition des habits rouges, marrons, verts clairs, avec les gilets assortis ou blancs, brodés de soie tout autour. Nous voyons aussi des smokings, même à bon marché, ce qui tuera rapidement cette mode nouvelle.

Mais voilà une nouveauté : le pantalon pudique. Vous avez bien lu. Si pudique même qu'il est impossible, tellement il est bien plié, d'apercevoir en quoi il est pudique. Est-ce du nouveau ou une mode ancienne repêchée ? Mystère !

Nous voyons de bien jolies robes de chambre cependant; il y en a une, relevée comme la toile d'un théâtre, qui doit être joliment lourde.

Nous passons devant une vitrine ne renfermant qu'une glace, comme dans les magasins de nouveauté, pour essayer les vêtements, c'est la manufacture de Saint-Go-bain qui expose obligeamment une glace, pour ne rien essayer du tout.

Nous arrivons aux vêtements de travail. De petits bonshommes, en carton, représentent des bouchers, commissionnaires, pâtissiers, épiciers, tonneliers, garçons de café, en tenue de services.

Terminons le vêtement proprement dit par les uniformes militaires, où nous voyons le modèle de la dernière pelisse, que tous les officiers montés ont maintenant le droit de porter.

Pénétrons dans les sections d'accessoires du vêtement.

Nous voyons des bretelles, en soie, brodées, assorties à la cravate. Que de raffinements! Puis des chemises brodées, plissées, à jour, puisque maintenant cette mode est revenue plus que jamais dans le high-life, qui ne voulait plus que des plastrons plats. On porte même des devants de chemises en batiste, si fine qu'elle en est transparente. Le moindre signe se verra, on devra se poudrer la poitrine soigneusement pour que rien ne tire le regard sous la fine batiste.

Les caleçons reçoivent aussi des broderies, bien assorties avec celles de la chemise. Il ne manquera plus que de broder les faux-cols, les manchettes, puis d'y mettre des dentelles, et enfin, d'emprunter aux dames le modèle de leurs vêtements les plus élégants. Le caleçon, un peu raccourci et orné de dentelles, imitera à s'y méprendre les pantalons du beau sexe.

Pour nos. chemises de nuit les fabricants ne. trouvent pas de modèles assez élégants. Toutes ces chemises de soie brodées, vont rendre jalouses nos élégantes, qui finiront par nous prendre nos modèles.

Si, dans le commencement de notre visite, nous avons trouvé des choses horriblement disgracieuses, pour finir nous tombons dans l'excès inverse, c'est un peu trop de raffinements, mais cet excès est cependant bien préférable à l'autre.

©Livre d'Or de l'Exposition - S. Favière.

LE COSTUME FEMININ.

Nous devons commencer cet article par offrir nos condoléances à nos lectrices, car elles ont été fort mal partagées, en ce qui concerne le vêtement, ou tout au moins la pièce principale du vêtement, la robe.

Et si brillante à la surface qu'ait été l'exposition du vêtement féminin, elle n'en était pas moins au fond l'une des plus faibles et l'une de celles qui donnaient le moins l'idée de l'état actuel de l'industrie qu'elle représentait.

En vérité, elle ne représentait même rien du tout. Car la couture est un art — un art, je dis bien — qui ne se prête pas du tout à l'exposition. Montrez le dessin d'une étoffe, un concurrent peut s'en inspirer, mais il ne peut le copier à simple vue; un brevet protège la machine que l'on exhibe, alors que nul brevet ne protège telle ou telle forme de corsage, tel ou tel drapé, tel ou tel arrangement d'une garniture; alors encore qu'il suffira d'une courte étude à
une ouvrière exercée, pour reconnaître comment a été obtenu tout ce qui constitue l'originalité d'un costume.

L'orgueil que l'on peut avoir d'exposer de jolies choses est satisfait, il est vrai, mais les intérêts en souffrent, si cette exposition permet de généraliser un modèle quelconque qui n'a de valeur que tant qu'il garde le personnalisme de la couturière qui l'a exécuté, et ne le répandra pas à un nombre d'exemplaires illimité.

Dans ces conditions, on comprend que les premières maisons de Paris, celles qui font, en matière d'élégance, la mode et la loi, se soient abstenues d'exposer, laissant ainsi le champ libre aux ateliers spécialement outillés en vue de l'exportation et aux grands magasins de nouveauté.

Et dame l'exposition s'en est ressentie vigoureusement. Elle miroitait, elle scintillait, elle a eu toutes les couleurs et tous les chatoiements. Au demeurant, elle était d'un goût exécrable et pas une Parisienne de goût ne consentirait à s'affubler d'une de ces toilettes d'ordre composite, où se rencontrent superposées quatre ou cinq étoffes différentes, des plumes, des passementeries, des perles et des arcs-en-ciel de rubans.

Les grands magasins ont exposé les chefs-d'œuvre, de ce genre, qui a un succès grandiose parmi le high life des républiques sud-américaines. Certaines de ces toilettes représentent la synthèse de toutes les productions industrielles appliquées à l'art du vêtement; elles n'en étaient pas plus charmantes pour cela. Et enfin, dernière faiblesse et non la moindre, ces costumes étaient morts. Je m'explique. La plus belle robe du monde ne vaut que vue sur les épaules de la femme pour qui elle a été faite, et montrée dans le milieu auquel elle est destinée, il est probable que ces costumes chargés comme ceux de la reine de Saba, et d'un luxe si curieusement « baraque de foire » eussent produit le plus mirifique effet s'ils avaient affublé quelque superbe créole vénézuélienne, avec le ciel bleu sur sa tête, dans l'air le frémissement d'un tremblement de terre prochain, et

Avec le grand soleil tropical. . dans le dos,
comme a dit François Coppée.

Ici, dans les vitrines en sapin noirci, entre les colonnes à chapiteau de simili-marbre blanc de la classe 36, c'était très banal, et disons le mot, très laid.

Une autre catégorie de costumes qui, sans être plus remarquable, offrait tout le contraire de ces défauts, était celle des vêtements dits c façon tailleur ». Les autres manquaient de goût dans leur richesse, ceux-là manquaient de goût dans leur pauvreté. Le costume façon tailleur est une importation anglaise, une de celles dont il ne faut pas se féliciter. La femme est faite pour être enveloppée de soie et de dentelle et non emballée dans les draps épais qui ont les raideurs de la capote du pioupiou. Avec cela, que les formes y perdent considérablement comme élégance. On voit qu'il n'y a pas lieu d'être bien enthousiaste du genre tailleur. Vous les avez rencontrées par les galeries et les jardins du Champ de Mars et aussi par nos boulevards, les hideuses anglaises ficelées dans une jupe trop plate, sans un pli souple, avec une ou deux cassures, raides comme un pan de mur, avec un ulster à trois pèlerines qui semblait dérobé à la garde-robe de leur cocher. Le voilà le vrai complet façon tailleur. La plus jolie femme du monde n'est plus là-dessous qu'un androgyne sans grâce, et si toutes les Anglaises s'habillent ainsi, je comprends Jack l'Éventreur.

En résumé, rien de bien attrayant parmi les costumes féminins de la classe 36.

Les chapeaux, par contre, étaient en grande majorité ravissants. Le chapeau d'aujourd'hui est on ne peut plus éclectique, il prend toutes les formes, depuis la capote antique jusqu'à l'immense Gainsborough; le béret basque, le boléro, le vrai boléro florissent également. Celui-là nous a été amené par les courses de taureaux. Ce n'est plus comme jadis une simple évocation de la coiffure des majestueux majos andalous, c'est la coiffure elle-même plate et ronde avec ses trois boules de chenille. Nos modistes ont été parfois mieux inspirées.

Les chapeaux de chapeliers pour femmes ont montré de charmantes coiffures de voyage, mais pourquoi vouloir faire un chapeau de ville de cette chose lourde à l'œil et sans autre élégance que celle de la crânerie.

Je suis,par exemple, tout à fait opposé à une autre coiffure que nous a apportée également l'Exposition : la casquette anglaise ; elle est de deux sortes et les deux sont plus ignominieuses l'une que l'autre. Premier genre, la casquette de drap à oreillettes, genre garçon d'écurie. C'est plus que laid, c'est crapuleux. Deuxième genre, la casquette jockey, mais dont la partie supérieure est formée d'une sorte de casque à mèche rabattu sur le devant.

Pouah, l'horreur!

La chaussure avoisinait tout naturellement le vêtement et les chapeaux. Elle a permis de constater la renaissance du haut talon, battu à plates coutures depuis plusieurs années par le talon anglais presque imperceptible. Le talon Louis XV, qui n'a pas encore reconquis la position, mais qui est en bon chemin, rejette le corps de la femme en avant. Le talon plat la rejette en arrière. Entre les deux mon cœur balance, tout en reconnaissant au pied cambré par le talon Louis XV, une souveraine élégance.

Dans les souliers anglais inflexiblement taillés sur le gabarit donné, le pied n'a ni personnalité ni coquetterie; il a la forme de la chaussure. Avec le soulier français la chaussure a la forme du pied. J'aime mieux la dernière manière.
Il y avait encore dans la classe 30 les fleurs... artificielles, les plumes et... les perruques et ouvrages en cheveux. Passons, Mesdames, et veuillez m'excuser, mais mon devoir était de tout signaler.
Ce devoir me force à dire d'une partie importante de la classe 35 ce que j'ai dit de la classe 36 : les corsets étaient évidemment destinés à des négresses. On n'a pas idée de débauches de couleurs aussi criardes. Le jaune d'or, le rouge feu. le bleu national, parfois même les trois couleurs de notre drapeau assemblées ; voilà les corsets. J'aime infiniment mieux la lingerie qui les avoisinait. Il y avait là des merveilles de chemises, des pantalons pour les princesses des contes de fées, toute une neige de fine batiste, au milieu de laquelle détonnait avec l'élégance d'un tournesol dans un parterre de roses, la lingerie de laine allemande. 11 est assez adroit, l'inventeur du linge de corps en laine naturelle, quand votre chemise est sale, il faut la brûler. Voilà sa recette, c'est peut-être excellent pour le
fabricant.

Resterait à parler des gants, mais qu'en dirais-je? qu'il y en avait beaucoup, en chevreau, en agneau, en castor, en n'importe quoi... et de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel; mieux vaut jeter un coup d'œil rétrospectif sur les éventails, de beaucoup plus agréables à contempler, d'autant qu'il y en avait une collection aussi considérable que variée, depuis l'éventail à un centime pour réclames, jusqu'à l'éventail de vingt-cinq mille francs peint par M. Meissonier, ou l'un de ses élèves.

©Livre d'Or de l'Exposition - Henri Anry