Retour - Liste Pavillons

Galerie de la Céramique


Galerie de la Céramique à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Marcel Deslignières

Porte

L'entrée principale de l'Exposition de la classe 20, qui comprend la céramique et la mosaïque, tranche agréablement par son ton clair avec la porte de l'Ameublement qui est à côté et dont la teinte sombre la fait d'autant mieux ressortir.

C'est entièrement aux industries, aux expositions desquelles elle donne accès que M. Marcel Deslignières, l'architecte de ce joli portique, a demandé tous les éléments qui le composent.

Le fond en terre cuite de deux tons; se partage en trois bases, surmontées d'une corniche avec créneaux arabes.

La note d'Orient se perçoit du reste plus qu'elle ne se voit exactement dans toute l'ordonnance de l'entrée, qui cependant n'a rien des ogives distinctes du style mauresque. C'est plutôt au mariage très agréable des couleurs naturelles et des émaux qu'est due cette impression.

Deux statues en céramique représentent, l'une la Céramique sous les traits d'une jeune femme qui offre à l'admiration du public une buire, avec ce geste ingénu des petits Italiens qui veulent vous vendre leurs bonshommes de plâtre.

L'autre personnifie la Mosaïque, en une femme de très belle allure, qui contemple une composition de mosaïque enchâssée dans un cadre de bois, et qu'elle tient à la main. Cette figure est très réussie, mais l'on se demande, sans arriver à une réponse précise, pourquoi cette mosaïque porte une haute collerette Henri II. Il n'y a pas pour cela l'ombre d'un motif, à moins qu'on ait voulu rappeler que les mosaïstes furent appelés d'Italie en France par Catherine de Médicis.

Il faut signaler aussi un fronton composé de scènes en demi-reliefs, exécutées en émail blanc et séparées par des colonnettes, qui représente l'histoire complète d'un vase en céramique.

©Livre d'Or de l'Exposition - Henry Anry.


Galerie

L'exposition de la céramique comprend une vitrine d'honneur dans la galerie de trente mètres, puis, dans le palais des expositions diverses, plusieurs salles qui conduisent de la porte monumentale à la Verrerie. En outre derrière l'Orfèvrerie, la Céramique occupe encore une salle, adjacente aux premières. On voit que c'est là une importante installation. Il est vrai qu'elle comprend sous ce nom très général de céramique tous les « arts de la terre » faïencerie, porcelainerie, céramique d'ameublement et de bâtiment et mosaïque.

Disons, avant d'aller plus loin, que la qualité répond à la quantité et que cette exposition n'est pas moins remarquable par son excellence que par son importance. La céramique est restée depuis ces dernières années dans une période d'essor et de progrès, pendant laquelle nos producteurs nationaux se sont tout spécialement distingués. L'Angleterre seule a pu, pendant un certain temps, soutenir la concurrence avec les céramiques décoratives et la terre de fer des faïences de table. Aujourd'hui l'industrie anglaise est battue sur toute la ligne et la faïence française triomphe, comme triomphait déjà la porcelaine française.

Mais à propos de cette dernière, il faut constater que chaque jour la porcelaine perd de plus en plus la faveur du public qui, ayant réhabilité la faïence tombée, il y a quelques trente ans, dans un injuste dédain, se jette maintenant dans cette voie unique et ne veut presque plus entendre parler de porcelaine.

Ce que l'on reproche à la porcelaine, c'est non seulement le prix inabordable des belles pièces, c'est encore la mièvrerie du décor, fignolé, patochésans énergie. La faïence, elle, profitant de la poussée de l'art vers la nature, déterminée par le japonisme, s'est mieux prêtée à recevoir des décorations plus grasses, en pleine pâle, et détachant avec vigueur sur des fonds plus chauds, une ornementation haute en couleur et ferme de dessin.

S'agit-il de vaisselle courante, la préférence est encore plus marquée.

A moins de s'élever à des prix qui sortent du courant il faut s'en tenir, en fait de porcelaines, aux services unis, dans les formes classiques, et encore le prix en est-il assez élevé.

Tandis que l'on obtient, pour aujourd'hui, dans les prix de 20 à 25 francs, un service de 75 pièces de faïence de Corée, et disons-le, artistement décorée. C'est de l'industrie, bien entendu et non de la production personnelle, mais alors que l'application d'un poncif laisse le dessin, sur porcelaine, gauche et contourné, l'emploi du même procédé sur faïence, avec la différence de grain et d'émaux, permet d'obtenir une décoration quia toute l'allure d'une inspiration et d'un premier jet.


Néanmoins les services de porcelaine sont nombreux. Avec Limoges ils garnissent la vitrine d'honneur, et soutiennent dignement la concurrence de l'industrie privée contre notre grande et glorieuse manufacture de Sèvres.
Nous retrouvons la porcelaine sous forme de bibelots d'étagère. Là, elle est incomparable, mais là encore Ja mode lui fait infidélité. Les pièces qui sont recherchées sont les imitations de Saxe, ou de Sèvres ancien. Il faut aussi avouer que l'on n'a pas mis de bonne grâce à renouveler les vieux modèles. Nous retrouvons perpétuellement le berger et la bergère et Collin chantante Collette:
Rends-moi ton cœur, ma Gollelte; Collin t'a rendu le sien.
Ceux qui aiment, J.-J. Rousseau et le XVIIe siècle doivent être charmés, mais la majorité n'étant pas de ce goût-là, les bergerettes demeurent aux étalages et ne trouvent pas chaland.
Et cependant, c'est bien joli ces mignardes dentelles et les exquises figures poupines des marquises empaysannées, mais voilà, comme l'a dit un poète moderne dans un vers de treize pieds, qui est cité comme le modèle du genre :
L'on vit bien un jour les duchesses guillotinées, et la guillotine abolit le souvenir de Trianon.


La peinture sur porcelaine a conservé ses fervents, je devrais dire ses ferventes, car presque seules les femmes s'adonnent aujourd'hui à cet art. Je veux parler ici non de la porcelaine décorée mais de la peinture, peinture de genre ou portrait sur panneaux de porcelaine. Mme Hortense Richard, qui passe pour la maîtresse du genre, a exposé plusieurs compositions d'après les peintres du léché et du fini, qui se prêtent mieux que tous les autres" à l'exécution sur porcelaine. Pour être émaillé à grand feu, M. Bouguereau est sans rival. Il est encore plus nature après qu'avant.

D'autres émaux divers accompagnent la peinture sur porcelaine. Nous retrouvons au bas de ces gracieuses miniatures les noms qui, tous les ans, reviennent avec une féminine obstination au bas de ces mêmes émaux du Salon, que le public s'obstine à ne pas regarder.

J'aime mieux dans ce genre, ou à peu près, les compositions peintes sur lave et cuites à grand feu dans le style de cette superbe Mare en forêt que nous montre M. Jouve. Il y a un frisson dé nature qui passe sous ces feuillages et qui ride l'eau tranquille. Dame, ce n'est pas fini au petit point et récuré avec un pinceau gros comme une pointe d'aiguille, mais cela vit comme n'importe quelle peinture d'un maître de la lumière et du plein air.


Nous voici à la faïence. En vérité, c'est une accapareuse. Elle tient presque toute cette exposition et, mieux que cela, elle tient presque toute l'Exposition universelle. C'est elle qui a décoré de panneaux superbes les portes intérieures, les attiques, posé les cordons rutilants des corniches des palais, plaqué sur les frontons de véritables frises, remplaçant à la fois la peinture, la fresque, la sculpture et souvent la maçonnerie. Car, de quelque nom qu'on l'appelle, c'est toujours de la faïence ces grandes compositions, ces puissants motifs de plastiques qui composent en majorité la décoration, tant intérieure qu'extérieure, des palais du Champs de Mars.

Nous l'avons vue en services de table, la voici en vases superbes d'une débordante fantaisie; avec le beau vase de Bourg-la-Reine pastichant sans servilité le Japon ; avec les faïences de Vallauris, rééditant, soit dans les vaisselles, de table soit dans les vases d'ornement, les produits jadis renommés de Rouen et de Marseille.

La voici encore, dans son épanouissement le plus artistique et le plus personnel, avec les magnifiques produits de Gien, les flambées rouge et jaune de cuivre, les vases de toute dimension et décorés sobrement sur fond sombre mais avec un sentiment de la nature très intense et très rendu.

Blois montre de curieuses faïences d'une forme archaïque et d'un dessin très élémentaire, mais ouvragés et décorés avec une bizarrerie de très bon goût et une parfaite entente de la couleur.

Les céramiques décoratives sont représentées principalement par des carrelages et des fragments de la décoration des palais du Champ de Mars. La pièce la plus remarquable de celles qui ne rentrent pas dans cette catégorie, est une cheminée qui a eu M. Paul Sédille pour architecte et M. André Allar pour sculpteur. Cela doit s'appeler sans doute le Foyer. C'est en tout cas de grand style. Sous la hotte et le manteau, en céramique claire, se détachent quatre figures en terre cuite, grandeur nature. Le père expliquant je ne sais quoi à son enfant et la mère caressant un bambin ravissant. Ces honnêtes bourgeois, vêtus à la mode de jadis, font un joli ensemble de bonheur tranquille, absolument bien dans son cadre.
Où peut-on être mieux qu'au sein de sa...
...cheminée quand un bon feu y flambe et qu'ailleurs le vent et la pluie et la neige font rage.


Il y a encore d'autres terres cuites dans cette section, mais il n'y a pas de quoi s'en vanter, car elles rentrent dans la catégorie de ces hideux bonshommes jaunes, que de petits Italiens font semblant de vendre aux terrasses des cafés des boulevards. C'est en général assez laid.

Un autre genre, pas plus artistique et pas plus beau, est représenté par des terres cuites dites de genre, de hideuses caricatures dont un gommeux et une gommeuse font habituellement les frais. Sur trois ou quatre de ces horreurs, on peut lire cette inscription : « Acheté par le Prince de Galles. »

J'aime mieux croire que le marchand est un puffiste qui veut nous en conter, ou un naïf à qui un rastaquouère quelconque se sera présenté comme l'héritier du Royaume uni.

Malgré qu'on ait réduit la liste civile de la reine Victoria et les dotations de sa famille, il est impossible de croire que le prince de Galles en soit à celle extrémité d'acheter de tels bibelots à deux sous le tas.

Ce serait en tout cas bien regrettable, car, certes, cela ne lui donnera pas une fière idée de l'art français.


La mosaïque tient à la céramique par la nature des cubes de couleur qu'elle emploie. Jadis on se servait de pierres naturelles, mais la nécessité d'une palette plus étendue a fait recourir à la fabrication de cubes artificiels.

Dans la vitrine de Briare, nous trouvons les matériaux de cet art tout de patience, on apparence ingrat, et qui a pourtant donné des merveilles. La mosaïque sur fond or, copiant dans son air d'ensemble les émaux de Byzance, est aujourd'hui très à la mode. C'est la décoration extérieure la plus courante et c'est aussi la plus élégante.

Les principales pièces de mosaïque exposées sont en outre d'une collection de portraits d'après M. Lenepveu, les armes de Saint-Denis, et deux Cléopâtre d'après les fresques de Tiépolo. Ces deux dernières compositions de très grandes dimensions sont remarquables, non seulement par leur exécution d'une parfaite homogénéité et d'un fondu de tons aussi réussi que si la mosaïque était une peinture sur porcelaine, mais encore par les naïfs anachronismes de costumes et de types commis parle peintre.

La Cléopâtre de la perle est affublée d'une superbe collerette Henri II, et ses pages ont les costumes du meilleur faiseur de Rome, sous Léon X.

©Livre d'Or de l'Exposition - Paul le Jeinisel.