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Globe Terrestre de 40 mètres


Globe Terrestre de 40 mètres à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Th. Villard, Ch. Cottard

Le long de l'avenue de Suffren, sous un dôme bien simple qui recouvre un bâtiment bien modeste, se trouve cependant une des plus curieuses attractions de l'Exposition universelle. Ce n'est qu'un globe terrestre, mais un globe de 40 mètres de circonférence.

On prétend que la terre a exactement 40 millions de mètres de diamètre. Mais cette prétention n'est pas absolument fondée, puisque chaque fois que l'on mesure à nouveau notre planète, la dimension change. Aussi le plus simple est de s'en rapporter à l'opinion générale et au mètre étalon, déposé au Conservatoire des Arts et Métiers. Dans ces conditions, le globe terrestre de l'avenue Suffren ayant 40 mètres de circonférence, représente donc la terre au millionième et son diamètre est d'environ 12m,70, en tenant compte de l'aplatissement des pôles.

C'est de beaucoup le plus grand des globes terrestres qui ait été construit, et ses dimensions ont permis d'y retracer tous les accidents géographiques, toutes les divisions politiques de la terre. Cela même à une échelle assez importante, puisqu'elle n'est que 12 ou 13 fois plus petite que celle de la carte de l'état-major. Paris mesure environ un centimètre carré et si l'on avait voulu y figurer en relief la Tour Eiffel elle aurait eu l'épaisseur, appréciable au microscope, d'un tiers de millimètre. Quant au Mont-Blanc, il aurait eu quatre à cinq millimètres et le Gori-zankar aurait offert une éminence de près d'un centimètre. Tel qu'il est, ce globe est fort intéressant. Bien plus qu'une carte, même à grande échelle, il donne l'impression de la vérité. Il est extrêmement difficile de faire comprendre à un enfant, à qui l'on vient de dire que la terre est ronde, que cette terre ronde est représentée sur un morceau de papier plat. Le globe seul est à la portée de son intelligence. Et combien sont encore enfants sur ce point. Aussi, il y a un véritable attrait à faire, par la rampe en spirale qui l'entoure, non pas un seul tour, mais plusieurs tours du monde en bien moins de quatre-vingts jours... On peut également faire ce tour en restant immobile sur un point quelconque de la rampe, le globe est en effet animé d'un mouvement de rotation, que lui communique une manivelle qu'une seule personne peut faire mouvoir. A part le mouvement de translation de la terre autour du soleil, la démonstration astronomique est donc aussi complète que la démonstration géographique.

Pour accomplir ce voyage rapide, on commence par gravir l'escalier qui se trouve dans une des tourelles d'entrée du pavillon, ou mieux encore, par s'installer dans l'ascenseur Ottis qui occupe l'autre tourelle. L'on arrive ainsi à peu près à la hauteur du cercle polaire où se trouve une tribune munie de gradins. C'est de cette tribune que part la rampe en hélice qui descend jusqu'au pôle Sud. Pour la partie polaire septentrionale, on passe par une passerelle en trépied, qui s'appuie sur la tribune et sur le chemin en hélice.

Maintenant, voyons un peu comment est fabriqué ce globe monstre.


Les sphères ordinaires, que le commerce vend pour les études géographiques, sont de simples globes de carton composés de deux ou plusieurs parties, emboutées sur un gabarit donné, puis réunies, et sur lesquelles on colle, une fois l'assemblage fait, des fuseaux de papier imprimés et coloriés à l'avance. On conçoit facilement que si les fuseaux sont d'une certaine dimension, ils cessent d'offrir une exactitude mathématique, puisque ce sont des surfaces planes que l'on force à recouvrir des surfaces courbes. Ce à quoi l'on n'arrive qu'en trichant un peu. Mais pour les globes de petite dimension, cela n'a que peu d'importance. Pour ceux d'un calibre plus élevé, les fuseaux, au lieu d'aller d'un pôle à l'autre, sont fractionnés en divers morceaux. Après le collage, on vernit toute la surface, et si les raccords ont été bien faits, cela paraît n'être qu'un seul tout.

Mais un globe de 40 mètres ne pouvait être construit aussi légèrement. Il a fallu d'abord établir une ossature en fer à cornière, il y a, pour constituer cette ossature, 20 demi-méridiens et 5 cercles parallèles également en cornières.

A leurs deux extrémités, ces demi-méridiens se raccordent sur un anneau de deux mètres de diamètre ; de l'anneau sud à l'anneau nord, une cornière droite réunit les deux extrémités de chaque cornière cintrée et maintient la courbe, dont la stabilité est encore assurée par une série de cornières qui, partant de divers points du demi-méridien, viennent se fixer le long de la cornière droite.

Enfin, deux fers plats qui vont chacun d'un anneau au deuxième tiers opposé du demi-méridien, complètent cet ensemble, d'une grande solidité et d'une extrême légèreté.
Ce système est répété vingt fois et constitue le gros de l'armature du globe. Les autres demi-méridiens et cercles parallèles qui entrent dans sa construction, servent seulement à soutenir les panneaux delà surface.

Ces panneaux sont au nombre de 585; ils sont rigoureusement bombés, selon dix gabarits différents qui correspondent à la hauteur que ces panneaux doivent occuper entre les méridiens. Ils sont composés d'un carton fabriqué sphérique, et enduit d'un mélange de blanc de Meudon et de colle de peau. Ces panneaux, découpés et calibrés, sont fixés sur des cadres en bois, puis ces cadres de bois sont vissés sur des garnitures de bois, dont sont munis les méridiens.

Avant cette opération de l'assemblage, on a peint à l'huile chaque panneau. D'excellents calques ont d'abord été établis d'après les documents les plus complets et les plus récents, puis reportés sur les panneaux sur lesquels les peintres ont, en fin de compte, traduit par des effets de lumière le relief du sol, par des nuances diverses l'aspect des différentes régions, en même temps qu'ils ont inscrit tous les détails de géographie physique et politique.

L'opération du calque présentait justement l'inconvénient que nous signalions, au sujet des globes du commerce, le transport d'un dessin plan sur une surface sphérique. On y a remédié en faisant travailler les chalcographies sur des planches à dessein courbes, dont la surface représentait exactement une fraction du globe, les proportions ont ainsi été exactement conservées.

Le promoteur du globe de 40 mètres, MM. Th. Villard et Gh. Gottard ont accompli là un très intéressant travail et l'on comprend bien que leur projetait, des le début, réuni de hautes approbations et obtenu le patronage de personnalités éminentes.

On comprend aussi qu'il n'ait pas tout le succès qu'il mérite, car il faut payer un franc pour pénétrer dans le pavillon, et la majorité des gens qui vont à l'Exposition comme à la foire, aiment mieux dépenser vingt sous pour voir la danse du ventre, que pour apprendre la géographie.

©Livre d'Or de l'Exposition - Alfred Grandin.