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Costa Rica


Costa Rica à l'exposition de Paris 1889

Bien qu'entièrement construit en fer peut-être même à cause de cela, le pavillon de la République de Costa Rica est très coquet.

Aux quatre coins sont des statues en bronze, un soldat, un paysan, un serrurier, un forgeron. On y arrive par un petit perron très élégant. Mais pourquoi la vue tombe-t-elle aussitôt sur une collection d'ophidiens. Ce serait à croire que c'est le pays des serpents.

Il y en a d'énormes, puis d'autres tout petits, qui ont l'air aussi peu rassurants que les grands. Ils ont beau être tous dans l'alcool, ou bien empaillés, cela produit tout d'abord une singulière impression.

Le pavillon est tout petit.
Dans la première vitrine est toute une collection d'oiseaux aux plumages variés et vifs, de toutes les grandeurs. Au-dessus une très belle collection de papillons. Le long des murs est une jolie série d'aquarelles représentant la flore de l'Amérique, qui est remarquable.
Les autres vitrines contiennent encore des oiseaux et particulièrement des perroquets. La vitrine centrale renferme une série de plantes desséchées du pays. C'est un véritable droguier, on y voit l'ipéca, la salsepareille et, surtout le mikania guaco, grâce auquel nous allons pouvoir rendre visite impunément aux serpents même vivants. En effet, les Indiens s'inoculent le suc de ces feuilles, ils en boivent également par cuillerées, pour se prémunir contre la morsure des serpents venimeux, et pour que l'action se soutienne ils en prennent ainsi cinq à six fois par mois. De plus ils portent de ces feuilles sur eux, prétendant que l'odeur seule produit un effet stupéfiant sur les serpents. Les médecins américains estiment beaucoup cette plante. Quant à son efficacité, elle n'a lieu que si on a absorbé le suc avant la morsure, car après, le résultat est nul.

La nature fait bien les choses, en mettant le remède à côté du mal, mais il me semble qu'elle eût encore mieux fait si le remède était curatif et non pas seulement préservatif.

Enfin de grands bocaux contiennent des cafés et des cacaos. Les cafés sont du genre moka. Les cacaos sont excellents. Cette culture est une véritable richesse, car si elle demande cinq années de préparation, sans profits, après cela elle produit une récolte très abondante, sans la moindre fatigue et si l'on se donnait un peu de mal pour arracher les mauvaises herbes, ce serait bien autre chose, mais les indigènes n'aiment pas le travail.

La température de ce petit État est on ne peut plus agréable, c'est un printemps perpétuel.

Son commerce d'importation s'élève à 18 millions et son exportation à 26 millions. L'exportation comprend surtout le café, le sucre, le cuir, le cacao, les bois, les minerais.

On fit autrefois un projet d'isthme qui traversait ce petit État. C'était le projet de MM. Blanchet, Lull, Menocal, Amnen, Belly. Il partait de Gregtown, du côté de l'Océan Atlantique jusqu'à l'anse de Brito dans l'Océan Pacifique, à travers les États de Nicaragua et Costa Rica, sur un parcours de 292 kilomètres avec 25 écluses. Mais le projet de Panama prévalut.

A l'époque, on s'en félicita beaucoup en France, mais hélas I les temps sont bien changés.

©Livre d'Or de l'Exposition - Louis Phalanchet.