Retour - Liste Pavillons

Forges du Nord


Forges du Nord à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Granet

C'était un problème assez difficile que d'organiser avec les produits de dix ou douze usines, manufacturant les mêmes matières, premières une exposition qui ne fût pas trop monotone.

Ce problème a été très heureusement résolu par le Comité des forges du Nord, qui a installé, avenue de la Bourdonnais, en face du dôme central du Palais des Beaux-Arts, dans un pavillon de 30 mètres sur 15, les expositions des usines qui ont syndiqué et confié à ce comité, la défense de leurs intérêts.

Ces usines, forges, hauts fourneaux, aciéries, etc., sont celles de Denain et d'Anzin, de Maubeuge, de la Providence, de Vezin-Aulnaye, de l'Espérance, de Ferrière-la-Grande, de Montataire, de Saint-Amand, les usines Dumont et les aciéries du Nord et de l'Est.

Chacune d'elles a apporté non seulement son contingent à l'exposition collective, mais aussi sa part de matériaux à la construction du pavillon, qui sur les plans de M. Granet, réunit tous les produits et sous-produits du fer, de la fonte et de l'acier qui peuvent être employés dans la construction.

Il est certain que l'aspect extérieur a dû être quelque peu sacrifié aux exigences du programme que l'architecte s'était imposé. Néanmoins, il est arrivé à un ensemble assez heureux, auquel un grand portail en avant-corps donne une tournure presque monumentale. Ce portique, dont le faîte en V renversé dépasse de beaucoup la toiture du pavillon, est appuyé extérieurement sur deux forts piliers carrés. Intérieurement deux autres piliers, ceux-ci ronds et très élégants, supportent un plein cintre fort gracieux, qui se relie au faîte en V, par une colonnade ascendante et descendante, qui est certainement la partie la plus réussie de la construction.

Des deux côtés de ce portique, le pavillon, très rigide et très sévère, ouvre de larges baies vitrées, que séparent des piliers plats du même style que les piliers du portique, mais plus petits.

Tous ces piliers sont décorés de motifs en fonte artistique qui, s'ils n'égayent pas considérablement le monument, donnent des spécimens de ce que la fonte peut fournir à l'ornementation des façades.

Ces mêmes ornements se répètent sur la sablière en fer tubulaire qui supporte le chêneau et dissimule les points de réunion des cornières et des poteaux, — le tout également en fer tubulaire, — qui constituent la charpente du pavillon.

Il n'y a pas jusqu'à la maçonnerie elle-même qui ne soit produite par les usines associées. Elle est faite entièrement en briques et pierres artificielles, que les usines de Denain et d'Anzin fabriquent avec les laitiers calcaires des hauts fourneaux de l'aciérie.

A l'intérieur, le plafond, à caisson, est en tôle d'acier et les poutrelles qui séparent ces caissons sont tout simplement de ces traverses de chemins de fer en acier, que depuis vingt ans les métallurgistes français voudraient voir substituer aux traverses de bois.

De fortes chaînes séparent les diverses installations qui, on le voit, n'ont pas demandé beaucoup aux industries étrangères, puisque, à part les vitres, tout ou à peu près tout, provient des usines associées.

La toiture est en métal. On l'a faite avec les traverses métalliques de Montataire, qui fournissent une excellente couverture, très économique et très légère, ce qui n'est pas à dédaigner.

Quant à l'Exposition elle-même, qu'il nous suffise de dire que l'on trouve là, dans un classement remarquable de clarté, tout ce que l'on peut obtenir du fer, de la fonte et de l'acier.

Et Dieu sait si aujourd'hui l'on a trouvé pour ces métaux des emplois variés.

©Livre d'Or de l'Exposition - Henry Anry.