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Grande Passerelle du pont de l'Alma


Grande Passerelle du pont de l'Alma à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Moisant, Laurent et Savey

Le cri général de l'Exposition, après celui de l'admiration, bien entendu, c'est que l'on monte beaucoup trop.

On n'a pas seulement parcouru cinq cents mètres que, sous un prétexte ou sous un autre, il a fallu monter ou descendre deux cents marches, et après une promenade un peu générale à travers l'Esplanade des Invalides, le Champ de Mars et le Trocadéro, on a certainement monté autant d'escaliers que si l'on avait fait l'ascension de la Tour Eiffel.

Cela rompt peut-être la monotonie de la visite, mais cela rompt encore plus sûrement les jambes, même des Parisiens qui sont pourtant tellement habitués à cet exercice que rien que pour changer de trottoirs, en allant à leurs affaires, ils montent ou descendent plus de deux cents marches dans une sortie.

Si l'on envisage à ce seul point de vue la passerelle construite par MM. Moisant, Laurent et Savey, en face du pont de l'Alma, on ne peut hésiter à déclarer que du coup le maximum du genre a été atteint. C'est évidemment à l'usage spécial des membres des clubs alpins et des gymnastes que cette contrefaçon du pont de Hambourg a été érigée.

Si l'on se place au point de vue esthétique, la dite passerelle ne vaut guère mieux : du reste voici ses grandes lignes.

Quatre pylônes, comme toujours, servent de départ et de point d'appui à deux arcs qui s'élèvent démesurément au-dessus de l'avenue de Lamotte-Piquet; de ces arcs descendent des cornières qui soutiennent le tablier du pont. Ce tablier est également en arc, ou pour mieux dire ce tablier n'est qu'un escalier interminable, en dos d'âne, partagé en deux parties, une destinée à l'aller et l'autre au retour.

Il faut, bon gré mal gré, si l'on veut voir dans toute sa longueur l'exposition d'Agriculture, gravir et descendre ce Calvaire de bois et de fer qui d'ailleurs n'est pas le seul du parcours.

Probablement pour diminuer l'horreur du supplice, on a pavoisé les deux arcs supérieurs, de drapeaux de toutes les nationalités possibles et imaginables. Cette bonne intention n'a malheureusement pas d'effet sensible : elle n'enlève rien à la fatigue et n'ajoute rien au pittoresque.

Le pittoresque, en effet, n'est pas absolument ce que l'on a paru croire dans maintes parties de la décoration de l'Exposition, où l'on a sacrifié d'une manière par trop générale à une note foraine désagréablement criarde. L'Exposition est une fête. Ce n'est pas une foire, il ne faudrait pas l'oublier.

©Livre d'Or de l'Exposition - Paul le Jenisel.