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Aquarium d'Eau Douce


Aquarium d'Eau Douce à l'exposition de Paris 1889

Tous les Parisiens et même tous les étrangers qui sont venus à Paris depuis 1878 connaissent l'aquarium d'eau douce, qui a été installé pour la dernière Exposition, et qui n'a pas été modifié sensiblement depuis.

Je crois pourtant qu'on l'a agrandi en augmentant la capacité de quelques compartiments, mais je n'en répondrais pas; ce dont je suis sûr, c'est qu'on l'a restauré, remis à neuf, car il y avait des bacs de cassés, et qu'on l'a considérablement repeuplé.

En supposant qu'il soit resté tel quel, c'est encore l'un des plus considérables que l'on connaisse, et sinon le mieux installé de tous, du moins le plus pittoresque, et on peut le dire, le plus amusant.

Car c'est très amusant de se promener dans les longues galeries souterraines, quand elles ne sont pas trop encombrées de monde, bordées de grandes glaces, au travers desquels on voit, frétillant gaiement ou nageant mélancoliquement, selon leur tempérament, les poissons de toutes couleurs, de tous les pays, attendu que là aussi c'est une exposition universelle.

L'aquarium occupe une superficie d'environ 2,800 mètres carrés; sur le sol, il forme un amoncellement de rochers artificiels de l'effet le plus pittoresque, avec les six ponts rustiques qui les met en communication, la végétation qui les voile en partie et les filets d'eau qui s'en échappent en ruisselets, en cascatelles et même en cascade.

C'est dans ces rochers, disposés souterrainement pour former bassins et cimentés en conséquence, que s'ébattent les poissons que l'on laisse voir ainsi à ciel ouvert, au risque d'infliger un petit supplice de Tantale aux pêcheurs à la ligne, endurcis... ou ramollis, qui passent la moitié de leur vie à ne rien prendre et l'autre moitié à le regretter.

Du reste, c'est surtout d'en bas que l'on voit le plus et le mieux les habitants de l'onde répartis dans vingt-quatre bacs, d'une capacité d'environ 25 mètres cubes chacun, disposés de chaque côté de galeries concentriques de 6 mètres de largeur, et présentant aux visiteurs deux cent soixante-six glaces, épaisses de 22 millimètres, qui sont les parois inférieures de ces bacs. .

Inutile de dire que tous ces bacs sont disposés et meublés intérieurement, selon les mœurs et coutumes des habitants et de façon à leur donner le plus de bien-être possible pendant le temps, assez court pour les uns, où ils essayent de s'acclimater, car il en est beaucoup qui ne peuvent pas s'habituer aux eaux de la Vanne, et qui passent leur temps à regretter leur patrie, comme Mignon, avec cette différence pourtant qu'ils ne la revoient jamais.

Les bacs sont numérotés, et outre ce numéro, chacun d'eux porte une pancarte, sur laquelle on peut lire le nom de ses habitants, choisis de façon à présenter au public des spécimens de tous les poissons d'eau douce, non seulement de France, mais encore de l'étranger et de tout l'étranger, car les poissons allemands, qui ne sont pas jaloux des poissons français, n'ont pas refusé de prendre part à l'Exposition. On y voit des saumons du Rhin, des sterlets du Volga, des silures du Danube, des feras du lac de Genève, des truites de partout et même des cyprins du lac de Constance.

On descend dans les galeries souterraines de l'aquarium par deux escaliers. L'entrée principale, voisine de la grande allée qui part de l'avenue d'Iéna pour aboutir au pavillon de tète de l'aile droite du Trocadéro, aboutit à un vestibule décoré d'une cascade d'un bel effet.

Non loin de cette entrée, on a ménagé pour les amateurs de particularités, une curiosité qui n'est point à dédaigner; c'est, en face du bac n°10, un passage dont toutes les parois sont en glace, non seulement les latérales, mais aussi le plafond, de sorte qu'avec un peu d'imagination le visiteur qui regarde les poissons qui vont et viennent, à droite, à gauche et au-dessus de sa tête, peut se croire dans une cloche à plongeur.
Il y a du reste, là comme dans les autres bacs, des effets de lumière très curieux qui sont impossibles à décrire, d'autant qu'ils sont essentiellement variables, puisqu'ils dépendent du temps qu'il fait, de l'intensité plus ou moins grande du soleil, de la solitude ou de l'encombrement des galeries, aussi bien que des visiteurs qui se trouvent au-dessus dans le jardin, et peuvent intercepter tout ou partie d'un rayon de soleil, miroitant dans un bac ou faisant étinceler ses parois.

C'est un des aléas de la visite de l'aquarium, mais sans compter sur rien à l'avance, on peut toujours s'attendre à quelque chose, il serait bien rare qu'on perdît son temps.

©Livre d'Or de l'Exposition - G. Vital Meurysse