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Porte du Quai d'Orsay


Porte du Quai d'Orsay à l'exposition de Paris 1889

On a dit et redit que l'Exposition était le triomphe du fer, ce serait peut-être plus exact de dire qu'elle est le triomphe du pylône.

Aimez-vous le pylône on en a mis partout. Chaque pavillon étranger s'est offert au moins deux pylônes. La Tour Eiffel n'est elle-même qu'un pylône de dimensions gigantesques, et c'est en passant entre deux pylônes que l'on entre à l'Exposition, par la porte du quai d'Orsay.

Au fond, pylône a été mis depuis un an dans la circulation courante par les architectes ingénieurs et les ingénieurs architectes, tout simplement pour épater le profane. Tels les militaires émaillent de subséquemment leurs entretiens amoureux, pour se grandir aux yeux des bonnes d'enfant.

Un pylône, c'est en architecture une porte, c'est en géodésie quelque chose de pointu. Pour les architectes de 1889, un pylône c'est quelque chose de pointu à côté d'une porte. Et voilà comment s'enrichit la langue française.

Il faut au surplus se déclarer heureux qu'on ait pylône cette entrée du quai d'Orsay. Ces deux petits pavillons, qui des deux côtés d'une grille servent à la fois de montants, de porte et de guichets, seraient lamentablement tristes, s'ils n'étaient surmontés d'un pylône un peu gai. Ils éveillent, lorsqu'on les dépouille par la pensée de leurs flèches quadrangulaires, bien plus l'idée de l'entrée du Père-Lachaise que celle de rentrée de l'Exposition.

Donc, l'entrée se compose essentiellement de deux corps de garde, par lesquels on accédera dans l'intérieur de l'Exposition, la grille étant réservée à la sortie.

Ces corps de garde sont surmontés de colonnes, carrées d'abord sur une hauteur de 10 mètres environ; ou pour parler plus justement, ils se composent de colonnes carrées de 15 mètres dans la base desquelles on aurait pratiqué l'entrée.

De chaque côté, ces bases sont flanquées de petits appendices, qui n'ont d'autre but que de porter à leurs angles extérieurs des mâts vénitiens, avec oriflammes. Ces appendices sont ajourés de fenêtres étroites.

Au-dessus de la base, une proue émerge du bas de chaque fût de colonne, sur cette proue se dresse une figure symbolique.

Au-dessous des chapiteaux, des écussons en reliefs se répondent sur chacune des faces de la colonne. Tout cela est somme toute d'un aspect assez sévère. Mais tout d'un coup, au-dessus du chapiteau, le style change brusquement, et l'on se trouve en pleine fantaisie orientale et même extrêmement orientale; il y a une débauche de chimères, de cornes, de chapiteaux superposés. Le tout se termine en pointe comme une pagode annamite.

Cet aspect bizarre peut, du reste, se justifier par ce fait que l'Exposition de l'Esplanade des Invalides étant réservée aux colonies, on a voulu donner dès l'entrée un avant-goût des bigarrures architecturales des pays placés sous notre protectorat ou notre dépendance...

Le reproche général, que l'on peut faire à cette porte, est de manquer d'aspect monumental et de rigidité dans les lignes, malgré les sévérités de sa base. Cela tient à la profusion de drapeaux, d'oriflammes, de fanions dont on l'a décorée. Ces tissus flottants rompent toute ordonnance et toute symétrie. Il est vrai que c'est au bénéfice de la couleur. Peut-être n'y perd-on rien?

©Livre d'Or de l'Exposition - Paul Lejenisel.