Retour - Liste Pavillons

Dôme Central


Dôme Central à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Bouvard

Notre gravure représente l'entrée principale, la porte véritablement monumentale de l'Exposition, qui s'ouvre en avant du grand dôme couvrant le vestibule du Palais des Expositions diverses.

Cette construction (porte et dôme), dont on n'a guère parlé jusqu'à présent, est tout à fait magnifique et mérite mieux qu'un regard distrait.

Je ne veux rien dire aujourd'hui de la décoration intérieure, qui ne sera terminée qu'au dernier moment. Je m'occuperai seulement de ce que l'on voit de dehors, encore est-ce pour l'acquit de ma conscience, car la gravure en dira toujours plus qu'une description.

Comme on le voit, M. Bouvard, l'architecte du Palais des Expositions diverses, a conservé à l'ossature métallique de sa construction toutes ses grandes lignes, qu'il accuse franchement, et dont il se sert comme base de sa décoration, qui consiste en céramique et en staf, excepté les statues, toutefois, car elles sont assez considérables pour nécessiter l'emploi du métal.

Celle qui couronne l'édifice, à soixante-cinq mètres du sol, a été exécutée en zinc repoussé, par M. Coutellier, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne soit pas solide, car il y a zinc et zinc, et elle pèse, y compris son squelette en acier coulé, plus de huit mille kilogrammes; il est vrai qu'elle a neuf mètres de hauteur.
Elle représenté la France distribuant des palmes et des lauriers, d'après le plâtre de M. Delaplanche.

Le dôme, qui s'élève entre deux pavillons carrés flanqués chacun de quatre pylônes, a trente mètres de diamètre, ce qui est précisément la largeur du porche qui le précède et qui fait avant-corps sur les deux pavillons avec lesquels il se raccorde, et par la construction et par l'ornementation. A dix mètres du sol, ce magnifique portail, flanqué de deux pylônes, servant de supports à son fronton décoratif et dont la base est cachée par deux groupes allégoriques de dimensions colossales, est coupé dans sa hauteur par un immense balcon en encorbellement, duquel on a vue non seulement sur le jardin, c'est-à-dire du côté de la Tour Eiffel qui prend une grande partie de la perspective, mais aussi sur la grande allée de trente mètres, qui conduit à la galerie des Machines et par extension sur cette galerie.

Quatre escaliers, disposés dans les pylônes d'angle donnent accès à ce balcon, et aussi aux deux pavillons, coupés également de balcons et dont les parties supérieures forment deux grands salons ouverts.

Naturellement, les rez-de-chaussée de ces pavillons sont également percés de portes qui ne seront point inutiles, l'empressement avec lequel ont été souscrits sept fois les trente millions de tickets d'entrée émis par le Crédit Foncier, prouve qu'il viendra tant de monde à l'Exposition qu'il n'y a jamais trop de portes.

Pour bien saisir les détails du dôme central, placé par M. Bouvard à l'entrée des Expositions diverses, il est nécessaire de connaître au moins sommairement les détails de sa construction.

La carcasse principale est composée de deux charpentes, de deux jeux d'arbalétriers jusqu'à une certaine hauteur. Là, ces deux jeux se réunissent pour former la coupole.

De ces deux charpentes, une seule, celle qui est intérieure, est entièrement visible quand on se place sous le dôme, l'autre est perdue dans les parties accessoires de la construction; elle joue du reste plusieurs rôles, puisque non seulement elle renforce les premiers arbalétriers pour former la coupole, mais encore elle constitue l'entrée extérieure, l'entrée de la galerie de trente mètres, et soutient, à gauche et à droite, les deux larges galeries qui renferment les expositions des Gobelins et de Sèvres.

Néanmoins, la charpente principale du dôme est celle de l'intérieur. Disons de suite qu'elle est d'une rare élégance et que jamais la construction métallique n'est arrivée à un tel effet d'art.

Non pas d'art factice, de trompe-l'œil, comme cela se produit avec des pièces de fer dissimulées sous le staff, le stuc et les enduits. Nous avons ici, aux quatre nervures principales du dôme, deux arbalétriers accouplés, montant de haut en bas, à nu, sans dissimulation et sans tricherie. Il ne faut pas leur marchander les éloges, ils sont absolument majestueux, majestueux comme de la pierre de la belle époque gothique.

Le fer se présente à plat. Les boulons rompent l'uniformité de la ligne. Ils font comme un double chapelet à gros grains qui court le long de chaque montant.

Au premier étage, ces arbalétriers sont réunis par une galerie qui fait le tour du dôme et qui, à droite et à gauche, s'élargit pour former, comme je l'ai dit, l'exposition des Gobelins. Cette galerie est supportée par des fermes légères qui dépendent de la seconde charpente et sont simplement arrêtées sur la charpente intérieure par un treillage, ténu comme une dentelle; au-dessus de cette galerie un nouveau jeu de fermes. Celui-là, d'une grande puissance, sert de point d'appui aux arbalétriers secondaires. C'est là que commence la coupole. La jonction de ces arbalétriers secondaires est un tour de force de légèreté. Ils semblent simplement être boulonnés contre la panne extérieure des fermes et fuir en dessous de ces fermes ; rien ne trahit l'effort considérable qu'ils doivent faire pour résister à la poussée.

La coupole est très allongée, c'est-à-dire que les arbalétriers ne s'infléchissent que d'une manière insensible pour arriver à se réunir sur une pièce d'assemblage en forme de grille, qui d'en bas ne semble pas très forte, mais qui doit réellement avoir une grande résistance.

Au-dessus de cette grille, une dalle de verre bleu laisse passer un peu de lumière, qui fait valoir le dessin de la grille.

Voilà l'ensemble, il constitue une nouveauté architecturale, et une nouveauté très réussie. Mais l'ornementation est à la hauteur de la construction, et malgré les nécessités de symétrie qui se présentaient, elle a été traitée avec beaucoup de variété.

Le ton général du dôme est très clair : jaune, marron clair et or. Ces nuances se dégradent de bas en haut, dans une gamme savamment étudiée et qui serait parfaite si l'on n'avait eu la malheureuse idée de placer au sommet de la coupole une immense cocarde tricolore, sur laquelle j'aurai à revenir.

Les arbalétriers principaux, réunis deux par deux, forment jusqu'en haut une série de niches et de caissons, qui renferment les principaux motifs ornementaux.

C'est d'abord à la base de chacun des couples, une niche occupée par des vases de Sèvres. La même niche se répète au 1er étage. Là elle est surmontée d'un cartouche avec le monogramme R. F. écrit sur fond bleu, au milieu d'une couronne.
Puis un fronton, composé de deux figures allégoriques penchées sur un cartouche sur lequel est symbolisé un élément ou une force naturelle.
Les cartouches représentent l'Air, l'Électricité, la Vapeur et l'Eau, et malgré la répétition de ce motif ils n'ont rien de monotone, grâce à la variété d'attitude et d'expressions qui ont été données aux figures qui le surmontent.
Au-dessus de ces cartouches, un deuxième fronton est séparé du premier par un tableau sur lequel sont inscrits, — classés par parties du monde, — les noms des pays qui participent à l'Exposition. Enfin entre deux portants, un demi-buste symbolise une partie du monde.
Ces énormes figures ne sont pas ce qu'il y a de mieux dans le dôme, il y a surtout une Amérique représentée par une femme rougeaude, coiffée déplumes et ornée de puissantes mamelles, qui est loin d'être l'idéal du genre.

J'ai dit que l'architecte avait laissé, avec beaucoup de franchise, une grande partie de la charpente métallique apparente.
Cependant il y avait dans l'ajustage des ferrures sur les arbalétriers, quelques détails disgracieux qui ont été recouverts par une ornementation un peu criarde et chargée, dont il faut retenir cependant des volutes d'un bel effet.

Au-dessus de la galerie du premier étage les ferrures se rejoignent dans une courbe nouvelle d'une grâce extrême et qui emprunte beaucoup de son originalité à ce fait que le point d'ajustage a été dissimulé sous un motif. Une série d'ornements en caissons, très adaptés à la charpente, surmonte ces ferrures et les sépare d'une immense fresque qui fait tout le tour du dôme.
Cette fresque représente le Monde répondant à l'appel de la France. Certains pays ne sont indiqués que par un personnage, tandis que d'autres comportent tout un groupe.

Le sujet vers lequel converge le cortège, forme un groupe bien distribué qui représente la France entourée de personnages accessoires dont les principaux sont la République et le Travail. La France est personnifiée par une jeune femme accueillante, traitée dans Je genre mièvre, mais non dépourvu de grâce, des préraphaélites. Elle est simplement et légèrement drapée dans une écharpe tricolore aux tons très heureusement éteints. J'aime moins l'ouvrier uniquement vêtu d'une cotte bleue et d'une ceinture rouge qui, par son mélange de symbole antique et de réalité faubourienne, détonne à côté du cortège, dont les personnages sont vêtus, soit entièrement selon la formule classique, soit du costume moderne du pays qu'ils représentent.

Cela se détache sur un fond brun et dont le dessin est peut être bien un peu lourd. Mais l'effet général de cette fresque est bon, on peut même dire excellent.

Au-dessus de cette fresque règne une deuxième galerie, étroite, ménagée sans doute pour.les besoins du service et sans ornements extérieurs. Le fond seul est occupé par les écussons de divers pays. C'est là que commencent les vitraux.

Ils ont exécutés sans prétention et n'ont d'autre but que de tamiser la lumière sans rien ajouter à la décoration; cependant, ils la complètent très heureusement. Les dominantes sont le blanc et le jaune avec quelques rehauts de rouge. Ces vitraux se rejoignent les uns les autres et font le tour de la coupole, qui, au-dessus d'eux, se continue pur une bande verte, bien fondue dans la teinte générale, et une bande bleue striée d'or et semée d'étoiles.

C'est sur ce ciel que viennent mourir les rayons gladiolés qui s'échappent de la cocarde dont j'ai parlé et qui fait l'effet d'un immense édredon tricolore, accroché au plafond de la coupole. Aussitôt que le regard arrive à cette cocarde, l'harmonie est rompue et il faut bien vite baisser les yeux si l'on veut rester sous le charme de la coloration douce de tout le dôme.

Il est d'autant plus étonnant que l'artiste ait commis un tel contresens, que dans la fresque, où sur l'écharpe de la France se trouvait le même assemblage de couleurs, on n'a pas du tout le même heurt, parce que les nuances ont été adoucies.

Peut-être qu'avec le temps les nuances de la cocarde, elle aussi, baisseront de plusieurs tons et le mauvais effet disparaîtra. Mais le mieux serait de trancher tout de suite dans le vif et de faire cette retouche si, comme il faut l'espérer, ce superbe travail doit survivre à l'Exposition.

Tel est le dôme, qui a réconcilié nombre de personnes avec l'architecture métallique et qui est un vestibule vraiment digne de la galerie de trente mètres à laquelle il conduit.

©Livre d'Or de l'Exposition - Paul Le Jeinisel