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Palais des Enfants


Palais des Enfants à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Emile Ulmann

Voila au moins une idée intelligente et originale.

Jusqu'alors, en matière d'exposition, on n'avait rien de spécial pour les enfants, on se contentait de noyer dans les articles de Paris et la librairie, les objets qui les intéressent ou les amusent et qui, vus ainsi, les intéressaient et les amusaient beaucoup moins.

L'Exposition de 1889 leur a consacré un palais tout entier, qui sera à la fois pour eux... et pour leurs parents, un bazar et un casino, ce qui ne l'empêche point d'être une curiosité architecturale; M. Emile Ulmann, grand prix de Rome en 1871, ayant réussi à faire de ce palais-joujou une merveille d'élégance et d'ingéniosité.

Je dis palais-joujou, à cause de son aspect général, mais il n'est pas joujou le moins du monde, par ses dimensions, car il couvre une grande superficie.

Il est vrai que tout cela n'est pas uniquement consacré à la satisfaction de nos jeunes garçons et de nos fillettes; et comme le besoin se faisait sentir d'un troisième théâtre à l'Exposition, où tout semble devoir marcher par trois, on a pris, sur la place concédée au petit monde, de quoi construire un théâtre, où d'ailleurs à certains jours, même plus fréquents pour eux que pour les grandes personnes, ils pourront s'amuser comme père et mère.

Dans le plan primitif, ce théâtre consistait tout simplement en une scène pour les prestidigitateurs, outillée en même temps pour l'installation de guignols, mais l'idée s'est développée, le projet s'est transformé et il y a maintenant, au milieu du Palais des Enfants, une grande salle pouvant contenir 800 personnes assises, sans compter celles qui se tiendront debout dans les promenoirs; et au fond de cette salle une scène très vaste, se prêtant à toutes exhibitions, acrobates, exercices variés genre Folies-Bergère, et aussi à des représentations véritablement théâtrales ; autrement on n'aurait pas osé l'appeler le Grand théâtre de l'Exposition.

Sur ce théâtre, du reste, la troupe de l'Opéra-Comique donnera des représentations très curieuses, qui composeront une sorte d'exposition rétrospective de musique d'opéra-comique, genre cher à nos pères et qui, paraît-il, est éminemment national, ce qui n'empêche pas que depuis deux ans que l'Opéra-Comique est brûlé on n'a pas encore pu savoir si on le reconstruirait ou si on ne le reconstruirait pas.

Mais l'exposition rétrospective que prépare M. Paravey avec la collaboration de M. Danbé, chef d'orchestre de l'Opéra-Comique, et de M. Lacome, compositeur de musique, ne sera pas, et du reste ne pourrait pas être très complète à cause des études considérables que nécessite la mise à la scène d'un ancien opéra, elle ne portera que sur la période révolutionnaire; et pour fêter le centenaire de 1789 on jouera, successivement bien entendu, huit pièces représentant non pas seulement les grands succès de l'Opéra-Comique entre 1788 et 1795, mais encore les tendances de l'époque.

C'est évidemment parce que c'est une pièce à tendance qu'on a mis au premier rang du programme et avec la date de 1788, le Barbier de Séville dont la musique est de Païsiello (ce qui n'est pas précisément de l'opéra-comique français) et qui n'a été représentée à Paris qu'en 1793; il est vrai que la pièce, remise en français par Framery, avait déjà été représentée à Versailles en 1784; en prenant une moyenne, cela donne juste l'année 1788.

Raoul de Créqui, opéra-comique de Dalayrac sur des paroles de Monvel, représentera plus exactement l'année 1789.

Viendront ensuite :
La Soirée orageuse, également musique de Dalayrac avec des paroles de Radet, et dont la première représentation a eu lieu le 29 mai 1790.
Nicodème dans la lune, pièce du Cousin Jacques (autrement dit Beffroy de Reigny), qui fut représentée en 1791 et même au delà, puisqu'elle eut plus de 400 représentations consécutives.
Les Visitandines, charmant opéra-comique, poème de Picard, musique de Devienne, dont la première représentation est du 7 juillet 1792.
La Partie carrée, paroles de Hennequin, musique de Gavaux, qui fut représentée en pleine Terreur, le 27 juin 1793, et qui ne comporte pas un seul rôle de femme.
Les Vrais Sans-Culottes, de Rezicourt et de C. Lemoine, représentés pour la première fois le 12 mai 1792.
Et enfin Madame Angot, de Maillot, qui fut jouée en 1795 et l'année suivante, car cette pièce eut une fortune considérable, dont hérita sa fille.

Voilà la série complète; quand elle sera épuisée, on recommencera, or, comme les représentations rétrospectives auront lieu une fois par semaine, à trois heures de l'après-midi, il s'ensuit que chaque pièce sera jouée trois fois, puisque l'Exposition ne durera que vingt-quatre semaines.

Quant aux pièces trop courtes pour composer un spectacle, on les renforcera par des ballets choisis parmi les plus amusants de l'ancien répertoire.

Le jour n'est pas encore fixé, mais il est probable que ce sera le vendredi, qui est assez généralement le jour sélect.

En dehors de ce théâtre, tout dans le palais est consacré aux enfants et l'architecte n'a pas voulu qu'il y ait de doutes à cet égard, car ce sont des jouets de toutes sortes, mais de dimensions colossales, qu'il a choisis pour l'ornementation de ses façades et même pour le couronnement de l'édifice, car les quatre tourelles carrées qui flanquent la construction sont surmontées de joujoux, des moulins à vent aux ailes peintes de couleurs vives, qui de loin donnent au Palais des Enfants un aspect original et la note bruyante et gaie qui lui convient.

©Livre d'Or de l'Exposition - Maurice Dulac