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Village Canaque


Village Canaque à l'exposition de Paris 1889

Non loin du Pavillon du Sénégal et près des installations annamites, tonkinoises et malgaches, un petit village canaque attire les curieux. 11 se compose d'une demi-douzaine de cases, en écorce, recouvertes de chaume, et abritant sept Néo-Calédoniens ou Néo-Hébridais, crépus, vêtus à l'européenne, et trois femmes, dont le peignoir large et flottant dissimule mal les formes plantureuses.

Presque tous ces indigènes ont bien mérité de la France par leur fidélité et leur dévouement. Sur la poitrine de l'un d'eux, Pita, fils du chef de la tribu Gelima, s'étale une médaille d'or, que lui a value son énergique concours lors de l'insurrection de 1878. Un autre, Badimoin, enseigne le français aux jeunes écoliers de Canala. La hutte du chef, élevée en forme de cône assez semblable à une ruche, est surmontée d'une sorte d'épi en coquillages. Les trois autres, plus basses, sont aussi plus étroites. Le soir, on les remplit de fumée, pour chasser, autant que possible, les moustiques, et les habitants sont à demi asphyxiés.

L'Exposition canaque est loin d'être complète : la flore et la faune de la Nouvelle-Calédonie n'y sont point représentées, et cependant elle ne manque pas d'intérêt. Dans les cases sont suspendues de longues bandes de manou, étoffe blanche fabriquée avec l'écorce de l'ara et qui tenait lieu autrefois de monnaie. La porte, où l'on ne peut passer qu'en se courbant, est formée de pieux, grossièrement sculptés, représentant des têtes humaines grotesques, appelées tabous. Nous retrouvons ces sculptures auprès des sagaies et des javelots en bois de fer, sur les cases et dans tous les coins du petit village; ce ne sont point des idoles, mais, comme les statues de.nos squares, de simples ornements en niaouli. Le niaouli (melalenca viridiflora) est le bois de construction par excellence. Son écorce lisse est imperméable, grâce à une substance résineuse qui permet aussi de la transformer en torche.

Ne pouvant pêcher ou chasser, les Néo-Calédoniens passent la plus grande partie du jour dans leurs huttes, à converser et à lire les journaux.

© L'exposition de Paris - 1889