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Soudan


Soudan à l'exposition de Paris 1889

Comme la maison arabe, la maison soudanienne, que est à côté, n'a point de fenêtres extérieures, pas même de ces fenêtres grillées qu'on appelle moucharabiés : la porte et puis c'est tout.

Il semblerait que les gouvernements orientaux étaient encore plus rapaces que les autres pour faire payer un impôt sur l'air et la lumière, sous prétexte de portes et fenêtres, si l'on ne savait que les peuples de religion musulmane n'aiment point, comme nous, habiter dans des maisons de verre, par les raisons qu'ils courent moins après la réclame, qu'ils sont très jaloux de leurs femmes et qu'ils évitent autant que possible de leur donner des occasions de les tromper, en supprimant toutes les communications avec l'extérieur.

Avec ce système-là, on arrive à faire des maisons qui ressemblent à des prisons; mais une prison peut être jolie, même pour ceux qui l'habitent, pourvu que l'intérieur présente tous les agréments, tout le confortable compatible avec leurs mœurs, leurs usages et leur état de fortune.

C'est très probablement le cas des maisons du Soudan, mais nous n'avons à nous occuper maintenant de celle du Champ de Mars qu'extérieurement, puisque nous ne la voyons pas encore autrement.

Extérieurement elle est assez originale d'aspect, bien que son architecture rappelle le style égyptien, ce qui est assez naturel, du reste, vu la proximité des deux pays; elle en diffère pourtant par l'inclinaison voulue de toutes les lignes, de toutes les arêtes, il semblerait que les architectes du Soudan avaient horreur de la ligne perpendiculaire.

Cela ne fait point mal pourtant, et l'on s'habitue si vite à cet aspect que l'on finit par se persuader qu'il serait moins agréable autrement.

La maison, construite par M. Garnier, en pierres et en bois, forme une masse un peu pyramidale terminée par un toit plat en terrasse, bordé par de hauts créneaux en ogive qui auraient l'air d'autant de pains de sucre s'ils n'étaient couronnés chacun d'une petite boule de pierre.

La façade principale est divisée en trois parties, par deux pilastres tout unis en saillie sur le mur, saillie oblique bien entendu, et même doublement oblique pour former un renflement vers le milieu des pilastres.

Ces pilastres, sans bases, sont aussi sans chapiteaux; ils supportent, concurremment avec les pilastres d'angles, un large bandeau qui fait le tour de la maison et sert à la fois de frise et d'entablement.

La partie centrale, au milieu de laquelle s'ouvre la porte au-dessous d'une fausse imposte, est surmontée d'un demi-étage qui porte une terrasse, bordée comme les terrasses latérales, de créneaux en pains de sucre.

Bien que cette décoration soit maigre et fort rudimentaire, les façades latérales sont encore moins ornées : on n'y voit que quelques petites baies qui ne sauraient passer pour des fenêtres, mais qui sont faites intentionnellement ainsi et ont leur raison d'être, dans les pays où l'on peut faire cuire les œufs à la coque, rien qu'en les exposant au soleil, car elles laissent passer le jour et interceptent la chaleur.

©Livre d'Or de l'Exposition - C. L. Huard