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Pastellistes


Pastellistes à l'exposition de Paris 1889

Un cube de plâtre teinté de vert tendre, serti d'ornements en biscuit de Sèvres : quelque chose comme une tabatière Louis XV à l'usage de la Tour Eiffel.

Passez des gants et entrez, mais, au préalable, versez cinquante centimes dans l'urne (c'est pour la caisse de retraite des pastellistes français).

L'intérieur est élégant et le charme de ce qu'on y voit fait vite oublier et la laideur de la construction et sa parfaite inutilité. M. Formigé avait construit un si beau palais pour loger tous les arts de la France et de l'étranger, pastels compris !

Ces réserves faites, il nous faut nous incliner devant le très réel talent de la plupart des exposants : MM. Gervex, un des meilleurs peintres en tous genres de ce temps ; Puvis de Chavannes, etMme Cazin, pas très pastellistes ni l'un ni l'autre; mais comment ne pas voir, dans le premier, un grand artiste, et dans l'autre une nature de poète ? Continuons notre énumération : M. Lhermitte, très fort, avec une tendance excessive à souligner tout ce qu'il peint; M. Thévenot, un robuste ouvrier du pastel, qui se réclamerait volontiers du grand Quentin de la Tour; MM. Blanche et Helleu. talents raffinés, un peu trop à fleur de peau, les peintres attitrés des belles dames du jour, figées dans leurs atours et rêvant de choses vagues dans des attitudes hiératiques renouvelées des pyramides ; M. E. Lévy, le portraitiste des familles : sécurité, discrétion et propreté du travail. M. Cazin, de la poésie en coton de couleurs ; artiste, d'ailleurs, et des plus rares — nous le retrouverons plus loin. M. Duez, sans pareil pour les fleurs de paravent, et sachant faire très bien tous les autres bons ouvrages de peinture — ici il s'amuse. MM. J.-L. Brown, Heilbuth, talents consacrés par la victoire, un peu vieux peut-être pour ce jeu du pastel, qui réclame un œil frais et des doigts souples. M. Besnard, enfin, ce fantaisiste à outrance couvé par Cabanel, l'inventeur charmant de la femme lumineuse, à reflets changeants, idée première de ces fontaines qui sont la bénédiction de nos soirées du Champ de Mars. Il faut donner deux tickets pour voir cette peinture, mais on ne les regrette pas.

© Exposition de Paris - 1889