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Diamants


Diamants à l'exposition de Paris 1889

L'industrie du diamant est représentée, au Champ de Mars : par le Pavillon des mines du Cap, près de la rue du Caire ; par la taillerie hollandaise au pied de la tour Eiffel; par la taillerie belge dans la galerie des machines, et parles principales vitrines de la section de joaillerie du Palais central.

Le pavillon du Cap de Bonne-Espérance nous initie aux divers travaux d'une mine de diamants. On voit les wagonnets qui servent au transport de la terre diamantifère, et les machines à l'aide desquelles on les élève sur le sol.

On y apprend que la terre diamantifère est trop dure quand on vient de l'extraire pour qu'on puisse en séparer les diamants, et qu'on doit, auparavant, l'étendre sur des flores, où on l'arrose en même temps qu'elle est exposée au soleil, de façon qu'elle se délite. On assiste au lavage de la terre qui a subi préalablement cette préparation. La terre bleue dont on lave tous les jours, de trois heures et demie à cinq heures, un sac au pavillon du Cap de Bonne-Espérance, est de la véritable terre bleue diamantifère, don on a apporté cent mille kilogrammes à Paris. La machine qui fonctionne sous les yeux du public est destinée aux mines du Cap.

Après le lavage, quand le gravier est séparé, il est trié devant les visiteurs, qui peuvent suivre la découverte de chaque diamant qui tombe sous la main des ouvriers.



La maison hollandaise du seizième siècle qui est située au pied de la tour Eiffel, et dont on remarque le style authentique et la construction élégante en briques roses, avec des faïences de Delft autour des fenêtres, renferme toute une installation de taillerie de diamants telle que cette industrie se pratique dans ce pays, où les négociants d'Amsterdam n'emploient pas moins de cinq cents meules à vapeur.

On voit dans cette maison hollandaise une très belle collection de diamants bruts et taillés, d'une valeur de plus de deux millions, et à côté de l'outillage moderne on y a exposé, à titre de document historique, une des meules dont on se servait au quinzième siècle. Pour la faire tourner, il faut deux hommes qui se remplacent de dix en dix minutes, et le prix de leurs journées suffit actuellement à entretenir six meules à vapeur qui font chacune deux mille quatre cents tours à la minute.

Dans l'atelier qui fonctionne dans ce pavillon, sous les yeux du public, on peut se représenter approximativement ceux des grandes manufactures.

Parmi les ouvriers dont le rôle est de prendre la pierre à l'état où elle a été extraite de la mine, et de la transformer en rose et en brillant, comme nous en voyons dans les parures étincelantes des joailliers, on distingue le fendeur, le tailleur et le polisseur.

Le fendeur pratique une entaille dans la pierre, qui est fixée, par un mastic très dur, au bout d'un petit bâton, et, à l'aide d'une lame tranchante qu'il place dans cette entaille, il fend la pierre en frappant sur la lame avec une baguette de fer qui lui sert de marteau. Les fragments sont recueillis et classés dans des tiroirs, selon leurs dimensions, et il faut une grande adresse des doigts pour les manier, car ils sont parfois si petits qu'il en faut un mille pour faire un carat. Quelque minuscules qu'ils soient, ils doivent tous être taillés.

Le tailleur tient aussi le diamant à l'extrémité d'un bâton et il l'use en le frottant sur un autre diamant. Il lui faut développer une grande force musculaire pour ce travail qui est assez dur, et il est obligé de maintenir les articulations de sa main avec un gant de cuir étroitement ajusté. Il incombe une certaine responsabilité à cet ouvrier et il faut qu'on lui accorde une grande confiance. C'est lui, en effet, qui décide souvent si la pierre qu'il a entre les mains doit être taillée en brillant ou si elle doit revenir aux fendeurs pour être divisée en fragments et taillée en rose.

il doit en outre, et ce n'est pas le point le moins délicat, juger quelle forme il donnera au diamant, d'après sa disposition et d'après sa couleur. Il faut qu'il combine sa taille de façon à lui laisser le plus de poids possible, en ayant soin que les défauts puissent être enlevés par le polissage, et en dessinant les facettes de façon à avoir des angles susceptibles de bien se prêter à la réfraction de la lumière et de produire de beaux feux.

Mais la partie la plus importante de ce travail est de trouver le sens du diamant. C'est seulement dans ce sens que les facettes peuvent être usées, et l'ouvrier doit commencer la taille de la pierre de sorte qu'il puisse prendre toutes les facettes dans le sens.

Le polissage se fait à l'aide des meules à vapeur dont nous avons déjà parlé, et dont la partie frottante est enduite d'une pâte faite d'huile et de poudre de diamant. Cette poudre, qui vaut parfois douze francs le carat, c'est-à-dire soixante mille francs le kilogramme, provient de la poussière de la fenderie et de la joaillerie, qu'on pile dans un mortier; elle provient aussi du bord, ou diamant intaillable, et du carbon, ou diamant noir, que l'on pile également et qui ne peuvent être utilisés qu'à cet usage.

Le diamant est fixé au bout d'une tige qui est prise elle-même entre les mâchoires de lourdes pinces de fer, et c'est ainsi que la facette qu'on veut polir est solidement maintenue contre la partie frottante de la meule.

Il y a encore une taillerie belge très remarquée dans le Palais des Machines ; mais il convient surtout de dire quelques mots de l'Impérial qui est exposé dans la section de joaillerie, et qui était le plus gros diamant connu en Europe avant la récente découverte de celui que l'on voit actuellement à l'Exposition au pavillon du Cap et qui pèse 228 carats. L'Impérial pèse 180 carats, tandis que le Régent n'en pèse que 136 et le Kohinoor 106.

L'Impérial a été taillé à Amsterdam sous la direction et la surveillance d'un comité composé de trois des premiers lapidaires de cette ville; la reine de Hollande était présente lorsqu'on lui a appliqué la première facette. 11 a fallu dix-huit mois pour le finir entièrement. Son poids original, en état brut, était de 457 carats; pour lui donner une forme agréable, on en a détaché un morceau de 45 carats qui, taillé lui-même, a fourni encore un brillant de 20 carats.

Telle est, en quelques lignes, l'histoire du diamant, qui est traitée, comme on le voit, d'une façon très complète à l'Exposition universelle.

© L'Exposition Universelle de 1889 - Louis Rousselet - 1890