Retour - Liste Pavillons

Campanile


Campanile à l'exposition de Paris 1889

Le public s'arrête à la troisième plate-forme, c'est-à-dire à 276,13 mètres. Au-dessus, différentes salles ont été réservées pour les expériences scientifiques et pour un petit appartement particulier que M. Eiffel se propose d'habiter quelquefois.

Cette partie extrême de la Tour est formée par quatre caissons à treillis orientés suivant les diagonales de la section carrée de la Tour. Ces arceaux supportent le phare auquel les personnes préposées au service de l'éclairage peuvent accéder par un petit escalier tournant monté au milieu des arceaux métalliques.

Trois laboratoires sont installés dans ce campanile.

L'un consacré à l'astronomie.

Le second, dont les appareils enregistreurs sont reliés au bureau météorologique central, est destiné à la physique et à la météorologie ; MM. Mascart et Cornu pensent en retirer grand profit pour l'étude de l'atmosphère.

Le troisième est réservé à la biologie et aux études micrographiques de l'air. Organisé par le docteur Hénocque, il ne sera pas le moins utile à la science.

Le Phare. — Le phare de la Tour a une puissance égale à celle des feux de première classe établis sur les côtes de France pour le service de la marine.

Dans les calculs d'établissement, on a pris, comme terme de comparaison, l'éclairage des quais de Rouen pour lesquels un foyer fixé à 13 mètres de hauteur, et d'une intensité de 24 ampères, éclairait suffisamment un cercle de 130 mètres de diamètre.

En ce qui concerne la Tour, la distance du foyer au centre de figure étant à peu près dix fois plus grande qu'à Rouen, il fallait un foyer cent fois plus puissant ; mais comme on tenait compte aussi de l'absorption par l'atmosphère, la source lumineuse devait être de 123 X 24 soit 3,000 ampères. Jusqu'à ce jour, on n'avait obtenu, avec une seule lanterne, qu'un maximum pratique de 90 ampères; il fallait donc 33 lampes donnant le maximum. On a préféré en établir 48 d'inégale intensité qu'on a disposées autour de la lanterne supérieure, suivant trois étages et éclairant trois zones concentriques.

Le phare est fixe mais les plaques de verre qui sont placées devant les feux sont mobiles et tournent au moyen d'un mécanisme d'horlogerie ; ces plaques de verre sont bleues, blanches et rouges, et les couleurs nationales sont ainsi chaque nuit lentement promenées sur l'horizon immense.

De l'enceinte de l'Exposition, il est impossible de voir le phare directement. On ne peut l'apercevoir qu'à une distance de quinze cents mètres, c'est-à-dire de la place de la Concorde, des Invalides ou des Champs-Elysées.

Une force de 500 chevaux était nécessaire pour cette production. Elle est, comme toutes les machines des ascenseurs, dans le sous-sol de la pile n° 3.

Les Projecteurs. — Indépendamment de ce phare qui, par un système très curieux de verres tournants, promène ses feux tricolores tout autour de Paris sur les différents points de la surface d'un cercle de 70 kilomètres de rayon, deux appareils projecteurs de grande puissance permettent de lancer, pendant la nuit, des faisceaux lumineux sur les monuments de Paris.

Ces projecteurs électriques n'ont pas moins de 90 centi-mètres de diamètre. Ils sont placés à 290 mètres et portent par les nuits claires jusqu'à 10 kilomètres environ. Ils sont identiques aux appareils dont se servent les cuirassés de notre flotte. Leur puissance lumineuse égale celle de 10,000 becs Carcel et l'intensité totale de leur rayon lumineux équivaut à huit millions de carcels.

En concentrant les deux faisceaux sur un même objet on peut atteindre une intensité de seize millions de carcels.
Des électriciens, employés le jour au nettoyage des appareils, dirigent tous les soirs, de huit heures à onze heures, la lumière sur les points culminants de Paris ou des départements voisins.
Ces expériences grandioses sont assurées d'un succès considérable auprès du public.

Le drapeau. — Au-dessus de la coupole du phare il y a encore une petite terrasse de 1 mètre 40 de diamètre avec un garde-fou métallique. On y monte par un escalier intérieur établi dans un tuyau de 0m,80 centimètres semblable aux cheminées des paquebots. Le long de ce tuyau, des échelons ont été fixés qui ne permettent que le passage d'une seule personne. Cet escalier a été établi intérieure-ment afin de ne pas gêner la projection des rayons du phare.

Cette dernière terrasse qui se trouve à 300 mètres d'altitude au-dessus du sol, est spécialement destinée aux anémomètres et aux appareils météorologiques, qui nécessitent un isolement complet, et qui doivent être placés hors du voisinage de tout obstacle latéral.

Il est certain qu'une semblable station rendra les plus grands services à la science : c'est une nouvelle preuve de l'utilité pratique de la Tour.
Un drapeau de 8 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur a été fixé à un poteau en bois et surmonte cette dernière terrasse.

Le Figaro a raconté, quelques jours après la pose de ce drapeau, que des touristes anglais avaient été autorisés à monter jusqu'au sommet de la Tour, et avaient déchiré des lambeaux de ce drapeau comme souvenir de leur ascension!

C'est le dimanche 31 mars 1889, à deux heures quarante, que M. Eiffel a hissé sur le sommet de la Tour ce drapeau pour indiquer que les travaux d'élévation étaient achevés: le drapeau tricolore flotte ainsi depuis ce jour sur le plus haut édifice que l'homme ait jamais construit.

Cette cérémonie émouvante a été accompagnée de salves de canons Ruggieri, des canons placés sur la troisième plate-forme et qui résonnaient stridents dans l'armature de fer.

Le paratonnerre. — L'Académie des Sciences, dès l'achèvement de la Tour, a félicité M. Eiffel des résultats obtenus par lui. Elle a déclaré que tout paratonnerre serait inutile au sommet et gênerait même les expériences projetées.

La Tour est elle-même un immense paratonnerre protégeant un très large espace autour d'elle, parce que la masse métallique est en communication constante avec la couche aquifère du sous-sol par les conducteurs spéciaux aménagés le long de chaque pilier, ainsi que nous l'avons expliqué plus haut.

Grâce à ces précautions parfaites, l'intérieur de l'édifice avec les personnes qui s'y trouveraient abritées, est absolument assuré contre tout accident pouvant provenir de la foudre.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889