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Ascenseurs


Ascenseurs à l'exposition de Paris 1889

Du sol au premier étage, il y a deux ascenseurs du système Roux, Combaluzier et Lepape.

Du premier étage au deuxième, la montée s'effectue au moyen d'un ascenseur Otis, placé dans la pile Sud. Cet ascenseur ne touche jamais le sol et sert exclusivement aux voyageurs allant de la première à la deuxième plate-forme.

Un autre ascenseur Otis, placé dans la pile Nord, va directement du sol au deuxième étage, sans aucun arrêt.

Enfin du deuxième étage jusqu'à la plate-forme supérieure, au-dessous du campanile, est installé un ascenseur du système Edoux. Tous sont mus par l'eau.

Les deux ascenseurs Roux, Combaluzier et Lepape. — MM. Roux, Combaluzier et Lepape ont fractionné le piston rectiligne et rigide des ascenseurs ordinaires, et constitué ce piston par une série de tiges qui viennent s'articuler les unes aux autres.

Cet organe agit par compression comme un piston ordinaire et il est renfermé dans une gaine qui s'oppose à tout déplacement latéral. Cette grande chaîne est actionnée par une roue à empreintes située au niveau du sol et autour de laquelle elle s'enroule, à la façon d'une chaîne de drague, de manière à former une chaîne sans fin supportée par une poulie à la hauteur du premier étage.

L'une des parois de la cabine est reliée à l'un des brins de cette chaîne et suit son mouvement ; l'autre paroi est reliée à une chaîne semblable. La cabine est donc entraînée par un double système de chaînes, agissant simultanément : en cas de rupture dans la chaîne des pistons, tous les éléments se trouvant emprisonnés dans une gaine rigide, le contact de l'un à l'autre a toujours lieu et empêche ainsi toute chute de se produire : tout au plus un arrêt peut-il avoir lieu.

Le mouvement est imprimé aux chaînes par un double système de pistons plongeurs sous l'action de l'eau emmagasinée dans des réservoirs placés à 115 mètres de hauteur.

La vitesse de ces deux ascenseurs sera de 1 mètre par seconde et chaque cabine contiendra 100 voyageurs qui atteindront ainsi en une minute le niveau de la première plate-forme.

Ascenseur Otis. — Les deux ascenseurs Otis sont américains.

Un cylindre en fonte est placé dans le pied de la Tour parallèlement à l'inclinaison des arbalétriers; dans ce cylindre se meut un piston actionné par de l'eau prise dans des réservoirs installés au second étage et, par conséquent, à une pression de 11 à 12 atmosphères. La tige du piston agit sur un chariot portant six poulies mobiles ; à chacune de ces poulies correspond à une poulie fixe de même diamètre, de façon à constituer un véritable palan.
Le garant de cette énorme moufle passe sur des poulies de renvoi placées de distance en distance jusqu'au-dessus du second étage et redescend s'accrocher à la cabine; il en résulte que, pour un déplacement de 1 mètre du piston dans le cylindre, la cabine monte ou descend de 12 mètres.

Les câbles en fil d'acier qui suspendent la cabine, sont au nombre de six. Un seul de ces câbles pourrait supporter, sans se rompre, le poids de la cabine et des voyageurs.

On a placé, en outre, sous la cabine, un frein de sûreté à mâchoires qui fonctionnerait automatiquement en cas de rupture, ou même d'allongement anormal de l'un des câbles.

La cabine de cet ascenseur ne contiendra que cinquante voyageurs; mais comme sa vitesse ascensionnelle sera de deux mètres par seconde, c'est-à-dire le double de la vitesse des autres ascenseurs, son rendement sera aussi grand.

Ascenseur Edoux. — L'ascenseur Edoux se compose de deux cabines reliées par des câbles : l'une des cabines effectue le transport depuis le deuxième étage jusqu'au plancher intermédiaire ; et l'autre depuis le plancher intermédiaire jusqu'à la plate-forme supérieure.

La première cabine est portée par deux pistons de presse hydraulique, articulés à leur partie supérieure sur un palonnier, dont le milieu porte la cabine.

De la partie supérieure de cette première cabine et des deux extrémités du palonnier, partent quatre câbles qui, passant sur des poulies établies au sommet de la Tour, soutiennent la deuxième cabine; deux des câbles s'attachent sur un palonnier, au milieu duquel est suspendue cette cabine; les deux autres câbles sont fixés directement au corps de la cabine même et sont destinés à servir de système de sécurité.

Le guidage de l'ascenseur est constitué par une poutre-caisson pleine occupant le centre de la Tour, de 160m,40,et par deux autres poutres de sections plus petites.

Les cabines, qui doivent pouvoir élever 750 personnes à l'heure, ont une surface de 14 mètres carrés et peuvent contenir environ 63 personnes. Chaque cabine ne parcourant que la moitié de la course totale, il en résultera un échange de l'une à l'autre, à la hauteur du plancher intermédiaire ; cet échange se fera par deux chemins distincts et par suite sans perte de temps. La durée d'une ascension, avec une vitesse de 0m,90 par seconde se décompose ainsi : une minute et demie pour la course de chaque cabine et une minute pour le passage de l'une à l'autre, soit cinq minutes pour un voyage aller et retour, ou quatre minutes pour la durée du trajet de la deuxième plate-forme au sommet.

Un frein très puissant permet de répondre absolument de tout accident : même dans le cas de rupture d'un organe important de l'ascenseur, les visiteurs portés par la cabine n'auraient a redouter aucune chute.

L'ensemble des ascenseurs permet d'élever par heure 2,350 personnes au premier et au deuxième étage et 750 per-sonnes au sommet.

Ajoutons que 10,000 visiteurs peuvent se trouver simultanément dans la Tour, sur les différentes plates-formes, dans les escaliers ou dans les ascenseurs, sans qu'il y ait encombrement !

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889