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Roman - Gothique - Renaissance


Roman - Gothique - Renaissance à l'exposition de Paris 1889

L'habitation romane atteste une intelligence complète du parti que l'on peut tirer de la pierre et du bois. Les changements survenus dans la vie sociale exercent leur influence sur la disposition même de la maison, qui commence?à prendre directement jour sur la rue. Comme dans les églises, nous avons bien un vaste porche s'avançant sur les baies du rez-de-chaussée, mais l'étage supérieur est plus découvert, surtout par ses faces latérales, et du côté de la rue il s'éclaire à l'aide d'un balcon. Les fenêtres géminées tirent leur ornement de l'arcade qui les enveloppe et du chapiteau des colonnettes qui les séparent. Ces chapiteaux ne présentent encore qu'une ornementation géométrique, les sculptures étranges de l'époque étant réservées aux grands édifices religieux.



Deux siècles se passent. Les Croisades ont mis en contact l'Occident chrétien et l'Orient musulman, et l'Europe connaît maintenant les arts de l'Asie. L'émancipation municipale se développe, et les gens de la commune prodiguent leur argent pour construire les immenses cathédrales où ils se réunissaient, avant d'avoir pour délibérer ces hôtels de ville au beffroi pittoresque qui symbolisaient leur indépendance, les libertés octroyées par le seigneur. Au XIIIe siècle, les architectes ont l'idée d'appuyer la voûte d'arêtes sur les arcs à nervure, et ils inventent la croisée d'ogives : l'art ogival ou gothique remplace l'art roman. Et alors ce ne sont pas seulement l'architecture religieuse et l'architecture militaire qui se développent. L'architecture civile fait des progrès assez sérieux pour former une branche spéciale de l'art de bâtir. Dans les rues étroites et tortueuses, artisans et bourgeois construisent des demeures élégantes, à façades surmontées de pignons. Le bois est employé pour les étages supérieurs, mais le rez-de-chaussée et le soubassement sont construits en pierre. Une petite porte carrée donne accès dans la maison, dont la salle commune est éclairée par une large arcade ogivale que divisent des traverses et des montants moulurés. Les salles de chaque étage prennent jour sur une fenêtre continue. Le pignon est de forme aiguë, et la saillie, supportée par deux pièces de bois recourbées en ogive, abrite la façade. La charpente constitue d'abord l'unique motif de décoration; les poteaux corniers, montants et traverses sont sculptés, peints, ornés parfois de carreaux de faïence ou d'un élégant briquetage.


Dans les derniers temps de l'art ogival, au XIVe siècle, l'ornementation des édifices devient plus régulière, plus élégante, plus gracieuse : la statuaire s'humanise; on sent que l'ogive a donné tout ce dont elle était grosse. Le moyen âge, qui a gravé sa foi dans la pierre, touche en effet à sa fin, et une transformation sociale se prépare. Or, à des mœurs nouvelles, il faut un milieu nouveau , un art approprié à des exigences auparavant inconnues. Au sombre manoir féodal, qui n'a plus sa raison d'être, succède le château aux larges fenêtres, ouvert de toutes parts au jour et à la lumière, richement et capricieusement orné, le château fait pour le plaisir, au lieu de la bastille faite pour soutenir un siège. Dans l'architecture privée, la pierre et la brique supplantent le bois. L'ornementation présente une variété de motifs infinie; elle accuse les étages, les fenêtres rectangulaires et à meneaux. Des cartouches surmontent les linteaux des portes; des têtes gracieuses, des médaillons rompent la monotonie des moulures droites; des corniches accentuées couronnent l'édifice, dont l'un des angles s'agrémente d'une tourelle carrée en encorbellement qui contient l'escalier destiné aux étages supérieurs, mais contribue par son ornementation et sa coupole surmontée d'un épi à l'heureux effet de l'ensemble. Le toit est très haut, mais cette hauteur, qui écraserait la décoration des étages, est comme dissimulée par de grandes fenêtres-lucarnes et ses belles cheminées. On n'a encore rien trouvé de plus gracieux, de plus léger que ce type d'habitation.

© L'exposition de Paris - 1889