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Byzantin


Byzantin à l'exposition de Paris 1889

Pendant que l'art roman naissait et se développait en Occident, Constantinople était le centre d'une civilisation brillante. L'art byzantin est un de ceux que l'on a le plus discuté, que l'on a flétri des épithètes les moins obligeantes. Ce discrédit n'a heureusement d'autre cause que l'ignorance même de ceux qui l'ont propagé, et les critiques qui ont pris la peine d'étudier sur place les monuments de l'empire néo-grec ont réussi en partie à modifier une opinion que l'on pouvait croire invétérée. La période de formation de l'art byzantin s'étend de Constantin à Justinien. Sous ce dernier prince, il est constitué dans ses éléments essentiels, qui sont les uns originaux, les autres d'origine hellénique. L'œuvre par excellence qu'il a produite, c'est Sainte-Sophie, avec sa hardie coupole et sa somptueuse décoration; mais il ne pouvait entrer dans les vues de M. Garnier de nous donner en réduction ni ce monument religieux ni le grand palais de Constantinople. L'honorable architecte a restitué simplement une maison qui, par l'emploi à peu près exclusif de la plate-bande, rappelle la tradition grecque. Des piliers massifs à section carrée forment un portique intérieur qui supporte une plate-bande sur laquelle viennent s'appuyer des colonnes plus élégantes à chapiteaux ornementés. La décoration est empruntée à la croix grecque et au monogramme sacré, de forme géométrique. Quant à la coupole caractéristique, elle était réservée aux grands édifices.

L'art byzantin fit sentir son influence dans certaines parties de l'Italie, à Venise notamment, où la fameuse église de Saint-Marc est néo-grecque par la décoration comme par la construction. Dans l'Europe de l'Est, cette influence fut capitale. En Russie, au Xe et au XIe siècle, ce sont des artistes de Byzance qui construisent les églises de Novgorod et de Kief. Mais si l'art russe plonge par ses racines dans l'art byzantin, il ne le copie pas servilement, il le modifie au contraire suivant les inspirations du génie national. La pierre dure est rare en Russie, et difficilement transportable. Aussi la construction emprunte-t-elle au bois ses éléments principaux. Elle s'élève sur un soubassement en pierre; le rez-de-chaussée est d'aspect rustique; au premier étage, des baies régnent sur tout le périmètre, séparées par des potelets moulurés, et terminées par des ogives évasées que surmonte une frise à riches ornements. La toiture appelle particulièrement l'attention avec ses ogives dont le profil rappelle les coupoles en bulbe de l'architecture religieuse et qui encadrent une petite fenêtre carrée; elle comporte une haute cheminée en briques émaillées. On accède au premier étage par un escalier extérieur en bois qui aboutit à un élégant pavillon d'angle.

© L'exposition de Paris - 1889