Retour - Liste Pavillons

Cité lacustre


Cité lacustre à l'exposition de Paris 1889

La période néolithique marque un progrès considérable. Au point de vue spécial qui nous occupe, l'homme commence à édifier des cités lacustres ; il élève sur terre des habitations circulaires plus confortables ; il établit près des carrières de véritables ateliers pour travailler la pierre ; il recherche le voisinage des sources, des rivières et de la mer, enfin il a des sépultures célèbres sous le nom de dolmens.

La demeure terrestre était exposée à la visite des bêtes féroces et à l'attaque de l'ennemi, qui peut fermer les issues en entassant d'autres pierres ; aussi, le riverain des lacs eut-il l'idée de fonder son habitation sur des pilotis durcis au feu. Il se constitua ainsi, au milieu des lacs, de véritables cités, des palafittes. Les lacustres de l'âge néolithique domestiquèrent le chien, le bœuf, la chèvre, le mouton, le porc; ils cultivèrent les céréales, tout en continuant à pêcher et à chasser ; ils se vêtirent de peaux cousues ou non cousues, de tissus de lin ou de chanvre; ils apprirent l'art du cordier, du vannier, du potier. On a trouvé une foule d'objets de cette époque : couteaux, nucléus, percuteurs, scies, grattoirs, flèches, poignards, haches polies, parures en coquilles et en dents d'animaux. Voulez-vous avoir une idée de ce qu'était une cité lacustre ? Écoutez, sur ce point, M. N. Joly, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse.

« Qu'on se figure, dit-il, une multitude de pieux de 15 à 30 pieds de longueur sur un diamètre qui varie de 3 à 9 pouces, et s'élevant de 4 à 6 pieds au-dessus des eaux tranquilles. Que l'on se représente ces pieux plus ou moins espacés, rangés les uns parallèlement, les autres perpendiculairement au rivage et formant par leur ensemble un cercle ou un rectangle. Le plus souvent enfoncés dans la vase du lac au-dessus duquel ils s'élèvent, ils sont parfois soutenus, quand la nature du sol n'a pas permis de les y faire pénétrer, par des amas de pierres déposés à leur base. Relions par la pensée tous ces pieux au moyen de traverses, fixées elles-mêmes par des chevilles de bois. Il ne s'agira plus que d'y établir une espèce de plate-forme, destinée à supporter les habitations et construite au moyen de planches épaisses ou de troncs d'arbres refendus, grossièrement équarris et rattachés entre eux par de forts liens, des chevilles de bois ou même par des éparts et des rainures en queue d'aronde. Enfin, plaçons sur cette charpente des cabanes ovales, arrondies ou rectangulaires, de 10 à 15 et même 27 pieds de diamètre, dont les parois seront formées de poteaux perpendiculaires, reliés ensemble par une espèce de clayonnage en branches, revêtu à l'intérieur d'un ciment argileux. Recouvrons chaque cabane d'un toit d'écorce, de chaume, de joncs, de roseaux, de fougères ou de mousse; laissons une porte pour l'entrée; pratiquons à l'intérieur une trappe communiquant avec le lac. Pour siège et pour table un tronc d'arbre; pour lit un tas de mousse. Enfin, entourons chacune de ces rustiques demeures d'une rangée de pieux ayant leur extrémité libre à fleur d'eau pour empêcher l'abordage des pirogues ennemies ; établissons une espèce de pont ou de passerelle en bois, qui reliera les cabanes au rivage, et nous aurons une idée suffisamment exacte des habitations lacustres. »

© L'exposition de Paris - 1889