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Historique


Historique à l'exposition de Paris 1889

Quand M. Eiffel soumit au Gouvernement son projet gigantesque, l'idée fut accueillie avec faveur : MM. Lockroy, ministre du commerce, et Georges Berger l'encouragèrent très particulièrement et aplanirent pour son exécution bien des difficultés administratives. Quant à l'opinion publique, elle fut à peu près unanime dans ses applaudissements, et le mouvement fut si complet dans la presse et dans la foule que lors de la mise au concours des projets d'Exposition universelle pour 1889 le programme officiel comporta, comme élément essentiel, une tour de trois cents mètres. Tous les concurrents s'y conformèrent ; la tour Eiffel était dès lors décidée en principe.

Une seule protestation se produisit; mais elle était signée de noms célèbres : Meissonier, Gounod, Ch. Garnier, Gérôme, Bonnat, Bouguereau, Sully-Prudhomme, Robert-l'Ieury, Victorien Sardou, Pailleron, Leconte de Lisle, Guy de Maupassant, Jean Gigoux, Jules Lefèvre, Eugène Guillaume, Jacquet, Duez, etc. (presque tous figurent d'ailleurs maintenant parmi les admirateurs les plus enthousiastes du monument de M. Eiffel).

Dans cette protestation publiée en février 1887 sous forme de lettre à M. Alphand, ils affirmaient que la Tour serait « le déshonneur de Paris » et que « cette cheminée d'usine » écraserait de sa masse barbare tous nos monuments humiliés, toutes nos architectures rapetissées. Sur la ville » entière frémissante encore du génie de tant de siècles, on » verrait s'allonger comme une tache d'encre l'ombre » odieuse de cette odieuse colonne de tôle » !

M. Lockroy, le promoteur de la Tour, celui qui a le plus puissamment aidé M. Eiffel pendant son passage au ministère du commerce, se crut visé par cette diatribe, en raison même de l'appui gouvernemental qu'il avait prêté et de la subvention de 1 million 500 mille francs qu'il avait accordée au nom de l'État pour cette grande oeuvre ; et dans une réponse pleine d'ironie il déclara que Paris n'avait rien à craindre, mais qu'il « aurait pu sauver en effet, si la protestation était venue plus tôt, la seule partie de la grande » ville qui fût sérieusement menacée : cet incomparable " carré de sable qu'on appelle le Champ de Mars, si digne » d'inspirer les poètes et de séduire les paysagistes. » En terminant, le ministre priait M. Alphand de garder cette fameuse protestation : « Elle devra figurer dans les vitrines de » l'Exposition, ajoutait-il, elle ne pourra manquer d'attirer » la foule, et peut-être de l'étonner. »

M. Eiffel, qu'aucune attaque ne décourageait, avait pleine et entière confiance dans la sûreté de ses calculs, dans la précision de ses études, dans la beauté esthétique de son œuvre et dans son succès complet.

Le temps lui a donné raison.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889