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Cochinchine


Cochinchine à l'exposition de Paris 1889

Le Palais de la Cochinchine n'est point une reproduction servile d'un monument existant, mais bien la quintessence de ce que notre riche colonie peut donner au point de vue architectural. En un mot, il est le résumé des plus beaux motifs de l'art religieux et domestique de cette partie de l'Indo-Chine.

Une porte d'entrée, supportée par quatre colonnes en bois de Dau et remarquable par la finesse, le bon goût et la variété ses sculptures, donne accès à une cour intérieure.
Cette cour, complément obligé de toutes les habitations des Annamites, ces pisciculteurs émérites, correspond à l'atrium, des maisons romaines et contient un bassin avec rocailles,garni de plantes aquatiques.

A signaler tout autour des vases en porcelaine de Cochinchine garnis d'arbustes indigènes et de dragons en faïence.

Cette porte est flanquée à droite et à gauche de portiques en gradins amenant les visiteurs dans les ailes latérales du Palais et permettant la circulation à couvert. Au fond de la cour, dans l'axe de la porte, un perron de cinq marche orné de deux lions en faïence, donne accès au péristyle d'entrée de la grande salle. Les édicules qui flanquent ce perron sont la reproduction exacte de ceux qui figuraient devant la pagode des Hommes illustres, placée sur le bords de la route qui relie Saïgon à Cholon.

Non moins que les artistes, les visiteurs s'arrêteront devant les sculptures qui décorent les fermes du péristyle, et de la grande salle.

Les supports en bois qui viennent porter les entraits représentent les principales scènes de la vie annamite ou les légendes dont fourmille l'histoire de ce peuple, des animaux dont l'assemblage bizarre, les formes et les attitudes étranges ne manqueront pas d'exciter l'étonnement des personnes peu initiées à l'art extrême oriental.

Les trois portes d'entrée de cette salle sont également remarquables par la pureté de leurs lignes et la finesse leurs sculptures.

L'architecture des galeries latérales est de l'annamite plus pur et le mode d'assemblage des fermes de la charpente présente une simplicité remarquable, malgré les formes tourmentées des arbalétriers.

Signalons également comme une véritable merveille crête en faïence qui surmonte la partie centrale de ce palais et qui a été exécutée à Cholon, près Saïgon. Cette crête 20 mètres de longueur sur 3 mètres de hauteur est intéressante, non seulement au point de vue de la fabrication, qui est un véritable tour de force, mais encore par sa forme heureuse, la diversité des détails qu'elle contient et l'harmonie des couleurs.

Dans un autre genre, les motifs en briques grises qui décorent les abouts des avant-corps sont fort intéressants étudier.

La décoration picturale a été exécutée par vingt artistes annamites envoyés par la Cochinchine et le Tonkin, choisis parmi les plus habiles, et qu'avant l'ouverture de l'Exposition tout Paris a pris plaisir à voir travailler.
Le Palais de la Cochinchine est divisé en trois parties :
Au centre de la pagode sont les objets du culte, de très beaux meubles, la partie décorative de l'art indigène. A droite et à gauche sont exposés les produits du sol, entremêlés d'objets curieux pour éviter la monotonie et relever de pittoresque la sécheresse inévitable d'une telle exhibition.

Le visiteur peut indifféremment commencer par un côté ou par l'autre. L'essentiel est qu'il n'omette rien de ce qu'il doit voir, c'est-à-dire les armes, les instruments de musique, les gongs, tambours et tambourins, les lits — des merveilles, — les bronzes, les terres cuites, les costumes, les soies. Celles-ci, représentées par de beaux spécimens et accompagnées d'une histoire de la fabrication allant du dévidage des cocons au tissage, arrêteront les visiteurs autant que les visiteuses.

Maints objets requièrent d'ailleurs les dames, ne serait-ce que la collection des cahiers d'école et des travaux manuels de garçons et fillettes indigènes, exposés par les instituteurs français de la colonie. Et puis, ce sont les costumes de théâtre, le bambou et ses mille et une applications industrielles ou domestiques, les bois laqués, les incrustations de nacre, les sièges de rotin, les écailles, les modèles d'habitation, de barques, de charrettes, etc.

Pour ne pas intéresser le gros public, les produits du sol n'en ont pas moins leur éloquence. Citons les riz, — la Cochinchine est un des pays les plus grands producteurs de riz, la nourriture principale des trois cinquièmes des Asiatiques, —- les fruits, les fécules, le tabac, les arachides, le café, l'indigo, le miel, etc.
Au sujet de ces produits, les curieux, comme les spécialistes, pourront se renseigner au pavillon du service des Renseignements commerciaux.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889