Retour - Liste Pavillons

Palais Central


Palais Central à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Stephen Sauvestre

Construit sur les plans de M. Sauvestre, architecte de la Tour Eiffel, le Palais central a 73 mètres de longueur. Il renferme, au rez-de-chaussée, trois grandes salles d'exposition. Au premier étage, d'élégantes galeries, qui font le tour du Palais, surplombent ces trois salles. On peut, de là-haut, embrasser une surface d'exposition de près de deux mille mètres carrés et voyager en s'accoudant aux balustrades. Le coup d'oeil est ravissant.

En lui-même, le bâtiment vaut d'ailleurs qu'on l'admire. M. Sauvestre a voulu y réaliser ses rêves de création et non y copier tel ou tel style colonial.

Destiné à abriter les produits des colonies sans art indigène marqué, aussi bien que ceux des colonies riches possédant une esthétique spéciale, son Palais central devait être avant tout original.

Cette originalité, l'édifice la possède, tout en se tenant également à l'écart de l'asiatisme si purement résumé dans ses deux voisins de droite et de gauche : les palais cochin-chinois et tonkinois, et de la banalité dés bazars occidentaux construits en vue d'éphémères exhibitions.

On remarquera son dôme qui atteint la raisonnable hauteur de 50 mètres et le profil élégant de son toit, aux tuiles émaillées de deux tons. Le rouge de la décoration extérieure nous a rappelé le Japon, les bois laqués des temples de Kioto et Nickho; seulement, il est assez affaibli, assez européanisé pour ne point choquer sous notre pâle soleil, tout en évoquant l'Orient lumineux.
A l'intérieur du Palais sont rassemblés les envois de toutes les colonies qui n'ont point de pavillon spécial ; ce sont, naturellement, les plus nombreuses. D'aucunes cependant, encore que dotées d'un bâtiment réservé à leurs seuls envois ont concouru à l'ornementation tout au moins du Palais central. Ainsi, sous la voûte, dans la pièce centrale, il faut admirer, en entrant, une pyramide de Bouddhas d'un étonnant effet sous un bouquet de gigantesques bambou et palmes. Ils sont là, tous, tels que, depuis tant de siècles, les modèlent et les peignent les artistes d'extrême Asie. Leur groupe monstrueux symbolise la foi de vingt peuples, la religion qui compte sur la terre le plus grand nombre de croyants.

Aussi, sans parler de la singulière beauté d'une telle décoration, faut-il savoir gré aux organisateurs d'avoir fait précéder de ce groupe hiératique, de cette philosophique préface, les merveilles qu'ils montrent à nos visiteurs.

Autour de la pyramide, l'exotisme s'étale, régal des yeux et supplice du collectionneur. Ce sont, sous des vitrines circulaires, en d'ingénieux trophées, et toujours disposés avec un goût exquis, des armes, des laques, des bois incrustés de nacre, des vêtements, des meubles. Les décrire ? Il y faudrait vingt guides, et la plume d'un Théophile Gautier.

Au fond de cette salle centrale, derrière les Bouddahs, signalons du moins le fronton annamite de la porte menant aux bureaux des commissaires de l'Exposition coloniale. Avec ses dorures en relief, ses tentures indo-chinoises, ce simple encadrement n'est pas le morceau le moins suggestif de la symphonie : Invitation au voyage que tout chante ici, du sol au plafond.

Les travées divisant les trois hall du rez-de-chaussée du Palais correspondent à chacune dès colonies exposantes ; les galeries du premier étage, dont nous avons parlé, comportent, symétriquement et parallèlement, la même division, leur pourtour augmentant d'un tiers la surface d'exposition générale.

En entrant, et après avoir admiré les Bouddhas, tournons-nous A DROITE ? C'est l'Inde française, ce qui nous reste de notre domaine colonial au commencement du siècle dernier, l'envoi touchant à la Métropole des quelque 49,622 hectares restant à la France : Pondichéry, Chandernagor, Mahé, Karikal, etc. Le Guide ici n'a que faire. Les vitrines parlent. Ensuite, — et toujours dans la même direction, C'est Taïti, les îles françaises du Pacifique, la Nouvelle-Calédonie, puis les dépendances de Madagascar : Mayotte, Nossi-Bé, etc., et enfin les opulents envois de l'Ile de la Réunion, le joyau de la couronne perdue.

Une porte monumentale — un pur bijou — avant que nous regagnions la salle centrale, nous rappelle l'Inde encore. Elle constitue l'envoi non d'une colonie mais d'exposants particuliers.

La galerie surplombant le hall de droite, d'où nous sortons, renferme, avons-nous dit, les expéditions des mêmes colonies dont les produits décorent cette partie du rez-de-chaussée.

Revenus devant la pyramide, entrons dans la salle DE GAUCHE (en venant de la porte donnant sur l'allée centrale).

Voici, à droite, les expositions de Saint-Pierre et de Miquelon, de la Guyane française, des Antilles (Martinique, — car la Guadeloupe, elle, possède un pavillon spécial que nous trouverons plus loin), — du Sénégal, du Gabon, etc.

Ici encore, le visiteur fermera son Guide pour regarder. Flore et faune, industrie et agriculture, les vitrines, les riches trophées, les panoplies lui résument la production totale de ces colonies.

A la galerie du premier étage, et du même côté, il trouvera les échantillons que sa curiosité n'aura point découverts au rez-de-chaussée.

Mais, en plus, à ce premier étage, au centre du Palais, il visitera une salle d'ethnographie qui lui résumera les enseignements de sa promenade hâtive. Là, rangées en vertu d'une classification plus rigoureuse, vraiment scientifique, il verra les armes, les étoffes, les manifestations d'art, c'est-à-dire la significative physionomie des races et des régions dont il aura déjà pu sommairement étudier le caractère commercial.

Dans la même pièce, un grand panneau mérite une halte: c'est la carte du Tonkin, envoi du général Bégin (de l'infanterie de marine).

La galerie circulaire ne manque pas, d'ailleurs, de cartes et de tableaux. Elle diffère du rez-de-chaussée, dont elle suit les divisions, surtout par ce côté spécial, et telle de ses peintures en dit plus que de gros livres sur les paysages coloniaux et la vie d'outre-mer.

© L'exposition Universelle de 1889 - Louis Rousselet