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Algérie


Algérie à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Ballu

M.Ballu, l'architecte du beau pavillon de l'algérie, était désigné pour ce travail par les études qu'il a faites à Alger, où, pour le compte de la commision des monuments Historiques, il a relevé et dessiné maints édifices arabes. Ses souvenirs l'ont bien servi.

Voyez plutôt son oeuvre :
Son Palais de l'Algérie présente sa façade principale à laSeine, avec sur la droite, un grand jardin; mais le vestibule donne à la fois sur le quai d'Orsay (le long de la ligne du chemin de fer) et sur l'avenue centrale des invalides. Il rappelle étonnament, ce vestibule, la Kouba de Sidi-Abder-Rhaman par son porche à trois arcades. Quant à la grande porte ornée de faïences, elle reproduit le mihrab de la mosquée de la Pêcherie. Il y a là un joli coin que nous recommandons aux visiteurs curieux d'observer la foule bigarrée remplissant l'Esplanade : ce sont deux loges en encorbellement où il fait bon se reposer au sortir des trois salles d'exposition.

Dans l'axe du vestibule donne une grande galerie ornée de vitraux. C'est par elle que nous gagnons les trois salles, une par département, d'Alger, d'Oran et de Constantine, ou que nous nous rendons au saloon officiel, une jolie pièce décorée de faïences et de sculptures relevées par M. Marquette, un architecte algérien du plus grand talent.

A gauche du vestibule, un escalier nous invite à monter au minaret. Les touristes croiront retrouver là l'escalier du Musée d'Alger. Celui-ci donne accès aux deux loges que nous avons signalées et à la galerie du premier étage de la Kouba. Quelle fraîcheur donnent ses faïences ! Et quelle jolie décoration! La faïence d'ailleurs joue un grand rôle dans tout le Palais, et l'on peut s'étonner que l'art occidental n'ait pas de ce côté emprunté davantage à l'art oriental.

Le minaret auquel nous arrivons vaudrait, à lui seul, un long chapitre.

Mais de combien de détails n'en peut-on dire autant? Voici, par exemple, le jardin séparant le Palais proprement dit des bazars de l'industrie indigène. Les plus belles plantes d'Algérie y sont réunies, charmante préface à la promenade obligée que nous allons faire parmi les échoppes arabes.

Sous les yeux du public, ils sont là, les ouvriers arbicos, comme les appellent nos gamins, qui travaillent de vingt façons. Fabricants d'étoffes, de broderies, de maroquineries, de ceintures, d'armes, de tapis, de bibelots tournés etc., ils mettent une note pittoresque à cette entrée de l'Exposition coloniale. Non moins amusante est la partie du palais d'Algérie situé vis-à-vis de la Section Tunisienne, dont elle est séparée par une rue de 5 mètres de largeur, ce qui serait beaucoup pour une rue d'Afrique si l'amour de l'exactitude ne devait céder le pas à celui du confort et à la nécessité de la circulation.

Car il y a foule ici. Le café-concert maure, avec ses femmes mauresques et kabyles, avec ses danseuses : les célèbres Ouled-Naïls, la maison kabyle avec ses méharis pur sang, des chameaux coureurs du beau type, attirent surtout les curieux.

Et combien oublions-nous d'attractions diverses, sans parler de cette rue d'Alger, si exacte, qui longe le café maure, et, plus loin, des envois de la Jumenteris de Tiaret, œuvre de nos soldats! Le directeur de cette Jumenterie, l'habile capitaine Grimblot, expose des juments et des juments et des poulains que n'admireront pas les seuls sportmen.

Il est malaisé de parler maintenant de l'exposition algérienne proprement dite. Il faut la voir, et la bien voir, pour revenir sur le préjugé représentant les Français comme un peuple non colonisateur. En Algérie, le temps aidant, et la proximité de la mère patrie ayant eu raison peu à peu des timidités de nos compatriotes, la France a repris et perfectionné l'œuvre romaine. Les progrès s'y font à pas de géants, les trois provinces se transforment agricolement et industriellement, chaque jour.

Rappelez-vous plutôt les Expositions de 1867 et 1878, relisez leurs anciens catalogues, leurs statistiques, et comparez.

D'abord, ce sont les vins, la jeune et déjà grande richesse de l'Algérie. Des crus y ont leur réputation que quelques années de cave vont décupler. Les plantations ne s'arrêtant point, on peut prédire qu'avant vingt-cinq ans, notre colonie africaine sera la principale pourvoyeuse des tables du monde entier.

Et l'exposition vinicole ne montre qu'une face de la production de ce sol béni. Voyez plutôt les vitrines, les trophées encombrant les salles trop petites pour les envois des trois provinces. Des étoffes indigènes passons aux alfas, aux plantes textiles, aux laines, aux bois, au liège, aux grains, etc. N'oublions pas les marbres, les onyx, les albâtres, et, si nous craignons d'être victimes de trompe-l'œil administratifs, d'exhibitions fantaisistes destinées à caresser notre orgueil de conquérants de l'Afrique-Nord, consultons, avant que de sortir, les cartes en relief et les statistiques. Puis pour nous reposer de ces chiffres, nous nous arrêtons devant les envois des artistes domiciliés en Algérie : tableaux, statues, vitraux, faïences, etc.

Enfin, si une Algérie trop européanisée gêne nos nostalgies d'exotisme, ne partons pas sans avoir vu le désert.

Nous le trouverons à la place d'honneur de la galerie de Constantine, dont tout le panneau central est occupé par la magnifique exposition de la Société de Batna et du Sud algérien, entreprise française de création agricole au sahara.

Le figaro a signalé maintes fois l'œuvre de transformation et de fertilisation dans l'Oued-Bir, au sud de Biskra, œuvre qu'on peut s'imaginer ici.

Cette partie de l'exposition est en effet dominée par un arceau monumental en boîtes de dattes, d'un bleu charmant, et encadré par des faïences avec des arabesques du plus bel effet; au frontispice, se détachent ces deux élégantes devises : Conquête du désert, Colonisation du Sahara. Dans l'arceau, une grande toile représente le désert brûlant, au milieu duquel jaillit un puits bouillonnant, avec une oasis, un bord européen et au fond, le nom de ce nouveau pays d'avenir : l'Oued-Bir.

Au-dessous, l'exposition proprement dite de la société : des cartes, des photographies, auxquelles est empruntée la vue ci-jointe, les plans des grande oasis créées par M. Rolland et ses amis, qui ont planté le chiffre énorme de 50000 palmiers, etc. Vis-à-vis, un plan en relief représentant dans ses détails une oasis européenne à puits jaillissant. Un petit modèle d'appareil de sondage, portatif à dos de dromadaire, accompagne une collection innombrable de toutes sortes d'échantillons : terrains, eaux, poissons des puits artésiens; diverses parties du palmier, depuis la racine jusqu'aux feuilles, et dérivés; de dattes de diverses variétés et des caissettes, paniers, boîtes de dattes, présentés avec beaucoup de cachet (articles qu'on pourra goûter et non pas admirer seulement, en s'adressant au Café Maure de l'exposition); enfin des céréales, des légumes et des plantes diverses cultivés dans les oasis; des instruments agricoles du pays, etc...

Bref une monographie complète de l'Oued-Bir, qui en apprendra plus au visiteur qu'un voyage dans le Sud algérien.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889