Exposition internationale de l'industrie et du travail - Turin 1911

Industrie et Travail

29 avril 1911 - 19 novembre 1911


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Italiens à l'étranger

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C’est la dernière grande exposition qui se trouve dans les édifices du centre, au Pilonetto. C’est aussi une des plus instructives. Elle est chère surtout au cœur du peuple italien; si parfois il se serre devant les douloureuses circonstances de l’émigration, il y trouve aussi des sujets de consolation et de joie.

L’exposition se compose de quatre galeries communicantes, mais qui ont toutes leur entrée particulière le long du portique de la place d’honneur.

Les deux premières galeries, en venant de celle de la prévoyance, s’ouvrent sur le vestibule occupé par la grande statue en plâtre de Dante et par l’exposition de la société « Dante Alighieri », qui résume dans le nom de notre plus grande poète toute son œuvre de défense de l’italianité à l’étranger.

En parcourant les couloirs des deux galeries, on trouve représentées nos principales colonies libres d’outre-mer: par exemple, les Italiens au Canada, aux Etats-Unis, au Brésil, à l'Uruguay, dans la République Argentine.

On y trouve aussi le expositions des Italiens établis en Europe et dans le bassin de la Méditerranée: les Italiens en Suisse, en Autriche-Hongrie, en Allemagne, à Paris, à Marseille, à Londres, à Manchester, en Egypte, au Monténégro.

Glanons en passant, comme d’ordinaire, quelques données qui puissent mettre en relief le caractère et l’importance de cette exposition. Voici d’abord, à gauche, de Londres, de nombreuses photographies d’hôtels et de restaurants tenus par des Italiens; à droite, toute une chambre en bois sculpté de style dit Géorgien, inventé par Grinling Gibbons et copié heureusement par Rogers. Pour les Italiens en Suisse, nous avons principalement des cartes, des photographies, des dessins du tunnel du Loetschberg, récemment achevé, exécuté presque entièrement par des ouvriers italiens. Pour les Italiens à Vienne, des vues et des dessins du second aqueduc de la ville de Vienne, du chemin de fer de la Wochein de Klangenfurt à Trieste, du portail et du pont sur la rivière la Vienne, œuvres grandioses exécutées durant ces dernières années par des Entreprises de construction italiennes.

Les Italiens à Paris, en très grand nombre, nous donnent des preuves certaines et rassurantes de leur activité économique et sociale. Parmi les nombreux restaurants dirigés par nos compatriotes notons les restaurants Zucco, qui exposent les statistiques de leurs encaissements et les denrées importées de l’Italie. De 1901 à 1910, ils ont encaissé 11.784.242 francs et ont importé des produits alimentaires d’Italie pour 4.799.181 francs.

Il y a aussi de multiples sociétés d’instruction et de bienfaisance. Rappelons la Lyre italienne, fondée en 1876; notons parmi les plus modestes par le nombre des membres et la petitesse du capital, mais parmi les plus méritantes par son esprit de patriotisme et de prévoyance, la Valsoana, société de secours mutuels avec 10.684 francs d’entrées et 8357 de dépenses la Pro Schola, instituée entre les natifs de Challand St. Victor
dans la vallée d’Aoste, avec un capital actuel de 3000 francs à élever jusqu’à 8000.

La Chambre de Commerce Italienne de Paris expose des graphiques et des diagrammes sur le commerce entre l’Italie et la France pour une période de plus de 80 ans, de 1827 à 1910. En 1827, l’Italie exportait pour environ 60 millions de marchandises en France, et en importait pour 40 millions; en 1910, l’exportation italienne s’élevait à 190 millions et l’importation de la France à 330 millions. En réunissant les deux chiffres, nous avons pour 1827 un commerce de 100 millions entre l’Italie et la France, et, en 1910, de plus de 500 millions. Le maximum a été atteint, avec 640 millions, en 1881, avant que les produits italiens n’eussent trouvé de nouveaux débouchés dans le centre de l’Europe, spécialement en Allemagne.

Les Italiens en Egypte se distinguent par la fabrication des meubles, et aussi par de nombreux et importants travaux de construction exécutés au Caire.

Cette première partie de l’exposition des Italiens à l’étranger est complétée par la collection des journaux italiens publiés à l’étranger et des monographies coloniales. Sans sortir sur la place, on peut visiter également les deux autres galeries de la section, en parcourant le couloir latéral de gauche. On y trouve les expositions spéciales de la Société géographique italienne, instituée en 1862 et dont la fondation a suivi celle du Royaume d’Italie; de la Navigation générale italienne, de la Véloce et des Maîtres d’escrime italiens à l’étranger.

La troisième galerie contient l’exposition des Missionnaires Salésiens et l’exposition historique dont nous parlons plus loin; visitons encore la quatrième et dernière galerie, une des plus originales et des plus homogènes, une de celles qui exprime le mieux l’esprit national de la section.

En entrant dans cette galerie où se presse toujours une foule de visiteurs, nous nous trouvons en pleine Afrique. A droite, Tripoli de Barbarie et Tunis ; à gauche, la Colonie d’Erythrée et la Somalie Italienne.

L’exposition de la Tripolitaine étale ses vues de caravanes provenant du Soudan sous une file de gaies arcades mauresques. La colonie, peuplée et active, de Tunis, produit et expose des huiles, des vins, des liqueurs, des dattes, des minéraux. Le commerce italien local est soutenu par la Société Coopérative Italienne de Crédit de Tunis, fondée en 1900; des 225 mille francs auxquels s’élevait son premier bilan elle est passée, le 31 décembre 1910, à 1.377.871 francs.

Les expositions officielles de la Colonie d’Erythrée et de la Somalie Italienne nous apportent le parfum des pays sauvages, une bouffée de vent du désert africain. Arrêtons-nous quelques minutes devant l’exposition de la Somalie, moins connue encore parmi nous que l’Erythrée. Elle a un plan rationnel: elle nous met d’abord sous les yeux les modèles d’habitation des indigènes, du mondullo, hutte au toit pointu employée dans la haute Somalie, sur le Juba et le long du Chébéli, au naounba usi, hutte bravane, à l’arisch, type de hutte de la côte; au viàco, hutte ronde qu’on trouve le long du Bardera, du Juba et de l’Ouébi-Chébéli. Après la maison, les occupations de la pêche, avec les différentes formes de barques, du grand modèle de sambuque (casbah) à la pirogue (gâri) et aux embarcations à voiles d’un type spécial (béden et metempi). Les instruments de pêche sont représentés par des nasses, des hameçons pour la pêche ordinaire et celle des requins. En dernier lieu viennent les vêtements, les étoffes pour s’envelopper la taille d’une façon très primitive, des tissus coloriés ordinaires aux étoffes de couleurs vives pour les femmes.

La galerie est fermée au fond par l’exposition du Ministère des Affaires étrangères, qui s’occupe spécialement de l’important problème de l’émigration. Les statistiques qui parsèment les parois nous disent q’aujourd’hui 5 millions d’Italiens ont abandonné leur mère-patrie pour les pays lointains. Les émigrants qui, en 1876, arrivaient à peine à 100.000, n’étaient pas moins de 750.000en 1906; en 1909 il y eut une légère diminution et on n’en compta que 625.000. Le phénomène social de l’émigration se comprend mieux encore, en séparant l’émigration vers les pays européens et le bassin de la Méditerranée de l'émigration au-delà de l’Océan. La première qui est plutôt temporaire, composait presque exclusivement l’émigration italienne de 1879 et s’élevait à 90.000 émigrants; elle a atteint son maximum en 1907 avec 290.000 émigrants et est redescendue à 220.000 en 1909. La deuxième, au contraire, qui la plupart du temps est définitive, commençait à peine en 1876, avec 20.000 émigrants; 30 ans après, en 1906, elle atteignait un maximum de 510.000, puis baissait brusquement en 1908 jusqu’à 210.000 et remontait l’année suivante à 400.000. Les causes de la baisse de 1908 se trouvent dans la terrible crise industrielle de cette année-là aux Etats-Unis.

Pour la protection des émigrants à leur départ, pendant leur voyage et à leur arrivée, le Commissariat d’Emigratiou expose, entre autres choses, une infirmerie de bord tout entière, et diverses Sociétés de patronage donnent les statistiques de leur bienfaisance.

©Guide Officiel de l'Exposition Internationale de Turin 1911