Exposition internationale de l'industrie et du travail - Turin 1911

Industrie et Travail

29 avril 1911 - 19 novembre 1911


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Matériel des chemins de fer

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La dernière pointe que l’Exposition pousse vers la ville, avant de changer de route et de s’étendre sur la rive droite du Pô au Pilonetto, c’est l’Exposition des chemins de fer. Elle attire aussi un bon nombre de visiteurs.

L’entrée de l’exposition est constituée par le pavillon séduisant, fleuri, enrichi d’arabesques et de stucs, construit par les chemins de fer de l’Etat italien.

Dehors, en plein air, l’exposition du matériel fixe: échantillons de poteaux pour les signaux; tronçon de ligne arme à traction électrique, à système triphasé, employé sur les lignes de la Valteline et des Giovi; modèle complet de l’armature pesant kg. 46,3 par mètre courant, grâce à laquelle on pourra atteindre, même sur nos lignes, avec les locomotives modernes, la vitesse normale de 100 kilomètres et plus encore.

A l’intérieur du pavillon, un ensemble élégant formant une grande salle de réception, meublé avec soin de fauteuils, de tables où sont disposés avec art des plans, des dessins et des publications des chemins de fer de l’Etat. Du pavillon coquet nous passons sous les hangars qui composent l’Exposition des chemins de fer.

Le matériel des différentes nations est exposé sur 15 voies de 180 mètres chacune; il y a, tout compte fait, 2600 m. de voies à parcourir.

La première voie en allant de droite à gauche de l’entrée, contient l’exposition de la maison Armstrong. Les voies 2 et 3 sont occupées par celle de la France, la voie 4 par celle de la Suisse. Les voies centrales, de 6 à 9, sont réservées à l’Italie; les voies 5 et 10 aux diverses industries italiennes qui s’y rattachent. Les voies 11, 12 et 13 sont occupées par l’Allemagne et la voie 14 par la Belgique.

Disons de suite, pour les gens du métier et aussi pour le public qui s’intéresse à l’exploitation des chemins de fer, que cette exposition n’offre pas de nouveautés radicales, d’inventions nouvelles dignes d’être signalées. En revanche on remarque, dans toute la section, un grand perfectionnement dans le matériel exposé. Des trottoirs surélevés exprès, où courent d’élégants tapis rouges, permettent d’étudier commodément du dehors l’intérieur des voitures exposées.

Les cinq trains qu’ont alignés ici les chemins de fer de l’Etat italien nous offrent le moyen de constater les progrès gigantesques faits durant ces dernières années dans la construction du matériel. Sur une des voies est exposé un train antérieur à 1860, avec un matériel de construction presque entièrement étranger, et, immédiatement après, sur la même ligne, un train moderne à écartement réduit, avec la machine la plus puissante du type qui circule maintenant en Europe, tout entier construit en Italie.

Sur la voie à côté est exposé un train de grande communication et de luxe. En tête figure, colosse monstrueusement beau dans ses énormes dimensions, la première machine du groupe 690 (69.001), type Pacific, qui pèse à elle seule, en service, 87 tonnes et peut faire 130 km. à l’heure.

Derrière la machine vient le fourgon à bagages avec compartiment toilette et water-closet, construit dans les Ateliers de l’Etat de Florence. Les voitures de voyageurs, construites par différentes maison italiennes, sont toutes du dernier type, communicantes, avec corridor latéral et water-closet central très grand, avec lavabo abondamment pourvu d’eau. Au train est unie une voiture-salon, construite, elle aussi, complètement en Italie. Les trois tronçons de ce train ont la même longueur que sept tronçons du train antérieur à 1860; chaque place de Ie classe du train 1860 où il n’y avait ni corridor latéral ni water-closet, coûtait 400 francs, tandis qu’une place analogue du train 1911 coûte 1600 francs; ces données suffisent pour expliquer toute l’évolution accomplie dans la construction des wagons.

Le quatrième train exposé est un train électrique, trainé par une locomotive à système triphasé, à 5 essieux accouplés, construite pour fonctionner sur l’ancienne ligne des Giovi. La locomotive, de la puissance de 2000 chevaux et du poids de 65 tonnes seulement, présente un notable avantage sur le type Pacific qui, pesant le double, ne produit que la même force. Il suffit de deux de ces locomotives pour traîner un long train sur les fortes pentes (35°/00) des Giovi, à la vitesse de 45 km. à l’heure.

Le cinquième train est, plus encore qu’un vrai train, un ensemble de divers échantillons de types de locomotives et de wagons employés sur les chemins de fer italiens. Observons, en tête, une locomotive de la Société Suisse de Constructions mécaniques de Winterthur, munie d’un mécanisme spécial pour la traction à crémaillère. A remarquer aussi une locomotive du groupe 740, à deux cylindres jumeaux avec surchauffeur, construite par les Ateliers mécaniques italiens pour traîner de trains de marchandises très lourds à forte marche en plaine et à vitesse suffisante sur les lignes de montagne. Parmi les types de wagons on en observe un à deux trucks qui peut recevoir un chargement de 40 tonnes; d’autres d’un modèle tout nouveau pour le transport de chevaux, d’équipages de luxe, construits de façon à pouvoir circuler sur toutes les lignes d’Europe.

Au bout des voies est placée pour les techniciens une exposition spéciale des chemins de fer de l’Etat: une chaudière avec four des ateliers de Vérone, deux autres des ateliers de Turin, une chaudière à enveloppe des ateliers de Foggia construite suivant les systèmes modernes d’enveloppement à plaques tubulaires, un groupe de cylindres fondus dans les ateliers de Naples aux Granili. Dans cette exposition, hors du hangar, se trouve le puissant chariot ou pont transbordeur de 150 tonnes, long de 21 mètres, capable de transborder les plus lourdes locomotives modernes. Fourni de moteurs électriques à système triphasé et de treuil également électrique, construit par les ateliers nationaux de Savigliano et pareil à celui qui fonctionne déjà à Turin, au dépôt des locomotives, il est destiné aux ateliers de Sampierdarena.

L’importance exceptionnelle de l’exposition des chemins de fer de l’Etat se comprend mieux encore si l’on considère que le matériel exposé a une valeur d’au moins 3 millions de francs.

La 10e voie qui est aussi à l’Italie, est occupée par un train de luxe de la Compagnie Internationale des Wagons-lits, tramé par une seconde machine du groupe 690 (69008), type Pacific, et composé de 2 wagons-lits, un wagon-restaurant et un fourgon à bagages.

Les principaux Etats étrangers concourent aussi, nous l’avons dit, à l’exposition.

La France expose un train de la Compagnie de l'Est avec voitures mixtes des trois classes; un train de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, avec un wagon-salon qui est un joyau de bon goût et d’élégance, avec 2 voitures de Ie classe à corridor et toilette et une autre mixte de Ie classe, lits-salon et salon. La Compagnie du Nord expose aussi des voitures de voyageurs et des wagons de marchandises employés sur ses lignes.

La Suisse expose une machine très moderne du groupe 616, avec une série de photographies de la Société de Winterthur et de la Société anonyme des Aciéries, anciennement Société Georges Fischer de Schaffhouse.

L'Allemagne a aligné sur trois voies une véritable exposition d’échantillons de ses types de machines, de voitures et de chariots de chemins de fer. Les machines comprennent tous les types, depuis les plus anciens, construits pour des sociétés italiennes, jusqu’aux plus modernes, depuis la machine entière jusqu’aux pièces de machine offrant un intérêt particulier. Parmi les voitures remarquons un wagon-lits, un wagon de la poste impériale allemande, une voiture ordinaire de Ie et 2e classes à corridor, une voiture de 2e et 3e classes à 4 essieux, employée de Francfort à Hambourg et Altona, une voiture à 3 essieux pour voyageurs de 4e classe. Parmi les wagons de marchandises on en observe un à déchargement automatique, de la portée de 50 tonnes. L’Allemagne est aussi très avancée, on le sait, dans la pose et l’exploitation de lignes électriques. Nous trouvons ici une double voiture électrique à accumulateurs sur 6 essieux, avec 46 places de 3e classe et 54 de 4e classe; une autre double voiture électrique à courant alterne, également sur 6 essieux, mixte de 2e et 3e classes pour 130 voyageurs.

©Guide Officiel de l'Exposition Internationale de Turin 1911