Exposition internationale de l'industrie et du travail - Turin 1911

Industrie et Travail

29 avril 1911 - 19 novembre 1911


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Cloches

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En passant du Salon des Fêtes au Pont monumental, pendant la visite au pavillon de la Ville de Paris ou en descendant de l’entrée du Cours Raphaël à l’exposition des tabacs, de la Russie et de la Turquie, les visiteurs se seront souvent arrêtés, surpris par un tintement de cloches.

Où sont-elles ?

D’où vient cette sonnerie de bronzes bénits dans l’enceinte de l’exposition de l’industrie et du travail ?

Le son des cloches est arrivé jusqu’à nous, tantôt sonore comme aux jours de fête, tantôt faible, lointain, un écho apporté par le vent, le soir, très tard, dans la campagne déserte, sur la rive d’un lac solitaire ou dans le silence des hautes montagnes.

Les cloches qui ont éveillé dans les visiteurs la nostalgie des cloches du village qui les a vus naître et où leurs chers morts donnent, peut-être, leur dernier sommeil, ces cloches se trouvent réellement dans l’Exposition. On les a placées en plein air, le long de l’allée dite « des soupirs », derrière la galerie des machines en activité. C’est là qu’elles remplissent leur office, reconnaissantes à qui tire de leur âme métallique les accords pour lesquels elles sont nées.

Les cloches sont au nombre d’une vingtaine, disposées sur 3 rangs; elles sortent de quatre fonderies, dont une de Seregno, une autre de Valduggia, une troisième de Varese, un quatrième de Milan et portent tout autour des inscriptions inspirées par leur office mystique.

Les heures passent et elles se reposent, muettes, parmi le va-et-vient continu du parc. Puis, tout d’un coup, un tintement sec, vibrant, nous fait tressaillir. C’est un passant qui s’est amusé à les faire parler, en touchant une touche du clavier.

Mais plus souvent encore au premier tintement succède un deuxième, un troisième, un quatrième. Puis on ne les compte plus : ce sont les battements brefs et pressés de l’Ave Maria, qui appellent les fidèles à l’église pour la messe, le matin ou pour la récitation du chapelet, le soir. Elle les appelle, la pieuse cloche, au lit d’un malade, pour éteindre un incendie, empressée, impérieuse, gardienne de leur temps et de leurs devoirs.

Les amateurs, ceux qui comprennent le langage des cloches, sont en assez grand nombre; ils se plaisent à faire l’essai de leur talent devant la foule des visiteurs. On a ainsi le plaisir d’assister à un vrai concert de cloches. Funera plango, je pleure celui qui est mort, murmure gravement l'une d’elles, dans le chœur de ses voisines. Et l’autre riposte: Fac nos innocuam decurrere vitam, que notre vie se passe sans péché ! Une autre s’inspire du Bon Pasteur de l’Evangile et répète doucement: Oves meae audiunt vocem meam, mon troupeau obéit à ma voix.

La foule cependant s’est accrue et fait cercle; le musicien improvisé lance à travers le parc les battements de toutes les cloches. Des notes gaies se rencontrent dans l’air en fête, se fondent, s’alternent, chantent un hymne à la nature, au ciel pur, à la beauté : Tota pulchra es, Maria ! répète, en effet, l’une d’elles dans le chœur joyeux de cloches. L’allégresse musicale monte toute la gamme, traverse le parc, gravit la pente de la colline, s’élève sur la campagne, en proclamant l’empire de la divinité sur les choses terrestres: Christus vincit, Christus imperat.

Le concert est fini. Les visiteurs s’éloignent pour regagner dans les couloirs des différentes expositions le temps perdu, pendant que les cloches confient encore à quelque amateur solitaire leurs secrets doux et passionnés. Leur âme de bronze est secouée d’une vibration sonore et prolongée qui les fait frissonner tout entières.

©Guide Officiel de l'Exposition Internationale de Turin 1911