Exposition internationale de l'industrie et du travail - Turin 1911

Industrie et Travail

29 avril 1911 - 19 novembre 1911


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Palais de l'Electricité

Palais de l'Electricité à l'exposition de Turin 1911

La galerie de l’Electricité s’ouvre, comme nous l’avons dit, à gauche de l’entrée du Cours Raphaël. C’est une double galerie à légères nervures de fer, d’une claire couleur verte qui abrite au rez-de-chaussée l’exposition de l’électricité et celle de la Suisse, et, à l’étage supérieur, les collections des écoles professionnelles; cette galerie a 20.000 mètres carrés de superficie.

L’électricité qui est, quoique invisible, présente sur tous les points de l’Exposition et fournit partout la lumière et la chaleur, se présente ici dans toute la série d’appareils qui l’emprisonnent pour la mettre à notre service sous les formes les plus variées.
Dynamos, transformateurs, appareils producteurs d’électricité montrent la production et la distribution de l’énergie électrique. Piles, accumulateurs, fours électriques, appareils délicats de mensuration sont tous ici et nous mettent sous les yeux les mécanismes ingénieux et simples à la fois, comme toutes les choses belles et grandes, à travers lesquels passe notre pensée avec le télégraphe, notre voix avec le téléphone, ou s’allume l’étincelle qui inonde nos places d’une lumière blanche et vive. La maison électrique, déjà réalisée pratiquement à Paris, sur le Boulevard des Italiens, par Georges Knapp; la ville électrique seront sans doute le plus grand problème que devra résoudre le vingtième siècle, et aussi son plus grand triomphe.

L’électricité, cependant, n’est pas seulement la plus haute invention de notre temps; c’est aussi jusqu’à présent la plus mystérieuse pour les profanes, pour la grande masse du public, qui a accepté pratiquement les bienfaits du télégraphe, du téléphone, de la traction électrique sans trop en comprendre le pourquoi.

C’est pour en expliquer les origines secrètes, pour en rendre les phénomènes non seulement accessibles, mais faciles et attrayants pour tous, que l’Exposition a une section d’expériences électriques dans la galerie qu’on est déjà convenu d’appeler le palais des merveilles.

Le salon des expériences électriques, de 15 mètres sur 40, a une forme longitudinale; on peut plonger dans l’obscurité une de ses sections tout entière pour les expériences qui causent des phénomènes lumineux.

Le stand où se reproduisent sur une grande échelle les ondes hertziennes avec les appareils classiques (oscillateur, miroirs, résonateur), analogues aux appareils employés par l’allemand Herz et l’italien Righi, initie le public aux principes du télégraphe et du téléphone sans fil, en faisant voir et comprendre les phénomènes de l’interférence électrique.

Une fois qu’on connaît les ondes herziennes, on examine leurs instruments révélateurs : le coherer, le détector magnétique, électrolytique, thermique, la valvule de Fleming, l’Audion, jusqu’au nouvel et puissant convector du prof. Rossi.

Voici ensuite Guillaume Marconi et sa Cie., avec la série des appareils successivement élaborés pour arriver au télégraphe sans fil, en montrant en activité la station qui envoie et celle qui reçoit, d’après leur système.

Le téléphone sans fil est également expliqué avec la mise en activité du microphone hydraulique du prof. Maiorana; on fait assister les visiteurs à des expériences radiotéléphoniques dans l’étendue de la Galerie même. L’invention du téléphone sans fil est complétée par les téléphones parlant à haute voix de Lorenz et par l’arc générateur d’oscillations électro-magnétiques continuelles de Poulsen, l’inventeur du télégraphone, appareil qui enregistre automatiquement les conversations téléphoniques.

La transmission, non plus de la pensée ni de la parole, mais de l’image à distance, qu’on ne connaissait jusqu’à présent que très vaguement en Italie, est ici exécutée avec le système de l’inventeur, le prof. Korn. La mise en œuvre en grand, durant l’Exposition, de la télégraphie des images entre Turin et Paris d’une part, Turin et Rome de l’autre, montrera toute l’utilité que pourront en retirer à l’avenir la police et les journaux, en recevant simultanément la nouvelle télégraphique des événements, les photographies des personnes et les dessins qui s’y rapportent.

Avec les expériences des ondes hertziennes, du télégraphe et du téléphone sans fil, nous ne sommes, pour ainsi dire, qu’au seuil des merveilles du salon de l’électricité en action. Le champ magnétique tournant, inventé il y a 25 ans par Galilée Ferraris, le champ électrique tournant, du prof. Richard Arnò, disciple de Ferraris, qui a eu l’idée de cette section, font voir, dans des proportions grandioses, dépassant tout ce qu’on a fait jusqu’aujourd’hui, avec un transformateur triphasé à 120.000 volts, la transmission de l’énergie à distance dont s’enorgueillissent à juste titre l’électricité et le génie italien.

Des courants oscillant à grande fréquence et très haute tension reproduisent les merveilleuses expériences de Testa, autour desquelles le public se presse comme à un vrai spectacle théâtral. Des expériences électriques brillantes attirent beaucoup d’autres personnes avec les tubes de Geissler, de Crookes et de Hittorf, avec les lueurs mystérieuses des rayons cathodiques et des rayons Röntgen; avec les propriétés et les effets du radium, le dernier personnage mystérieux de la grande chaîne électrique.

La lumière Moore, qui éclaire la galerie par un nouveau système de lumière froide, par ses tubes de lumière blanche et rouge, se prépare à supplanter tous les systèmes existants d’éclairage électrique, non seulement en donnant de la lumière, mais en décorant admirablement les pièces.

On monte, on monte toujours cet escalier enchanté de l’électricité qui, plus heureuse que la tour de Babel, semble n’avoir réellement d’autre limite que le ciel. L'arc chantant de Duddel arrive, comme un messager des Mille et une nuits, illuminant le salon d’une lueur ondoyante et répétant la cantate de l’artiste d’un théâtre lointain. L’air se présente à l’état liquide; l’azote est retiré de l’air électriquement, sous les yeux du public, ouvrant ainsi un nouvel et vaste champ d’action à l’agriculture de l’avenir.

Arrivés à cet endroit, il est bon de remonter aux commencements, en mesurant tout le chemin parcouru par l’électricité depuis cent ans qu’elle existe. Les souvenirs de Volta, inventeur de la pile; de Pacinotti, inventeur du téléphone; de Marconi, inventeur de la télégraphie sans fil, attirent les savants, dans leur humilité, plus encore peut-être que les brillantes expériences qu’ils connaissent déjà à fond.

Dans ces modestes appareils, de petites dimensions, qui ne peuvent donner que de minces résultats, ils voient l’étincelle créatrice, le premier anneau de la grande chaîne d’inventions faites de nos jours et qui ne sont, du reste, que le prélude d’autres inventions futures plus merveilleuses encore.

©Guide Officiel de l'Exposition Internationale de Turin 1911