Exposition internationale de l'industrie et du travail - Turin 1911

Industrie et Travail

29 avril 1911 - 19 novembre 1911


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Salle des Fêtes

Salle des Fêtes à l'exposition de Turin 1911

La Salle des Fêtes forme, avec le palais des Industries Artistiques, situé près de l’entrée principale et que nous avons déjà visité, l’ouvrage d’architecture le plus remarquable de l’Exposition. Construite sur le plan du Théâtre d’Olympie, avec une coupole haute de 60 mètres, entourée de galeries qui en augmentent la majesté, d’une superficie de 10.000 mètres carrés, elle a toute la solennité de lignes, toute la richesse de décorations qui conviennent à la salle principale des fêtes de l’industrie et du travail.

L’intérieur même de l’édifice est remarquable par la richesse des stucs et par l’ampleur imposante de la salle. Au parterre, sur les gradins, dans les galeries peuvent trouver place, assis à l’aise, 3000 spectateurs. Il n’y a pas de places debout; ainsi l’on ne peut troubler le religieux recueillement de ceux qui, de mai à octobre, deux fois par semaine, écouteront les concerts d’orchestre.

Ces concerts sont à Turin une longue et glorieuse tradition; elle remonte au mois de mai 1872, date à laquelle Pedrotti inaugura, avec l’élan de toute la population, une série de concerts populaires au théâtre Victor-Emmanuel.

Pendant l’Exposition les concerts symphoniques sont exécutés par un orchestre de 146 musiciens, sous la direction des premiers maîtres européens. Ils seront dirigés en mai par Mengelberg, allemand-hollandais, Serafin, italien, Kayanus, finlandais; en juin, par le russe Sofonoff, par les français Debussy, auteur de Péléas et Mélisandre, et Pierné; en juillet, par Mancinelli, dont Turin se rappelle encore les triomphes en 1884, à la tête de l’orchestre de Bologne; en septembre, par un autre grand maître italien, Toscanini; en octobre, pour terminer dignement la saison, monteront sur l’estrade directoriale l’allemand Steinbach, incomparable interprète de Brahms et de Schumann, le français D’Indy, l’anglais Ellgar et l’allemand Mahler, continuateur fameux de l’œuvre de Beethoven.

Les Concerts de l’Exposition furent organisés par la Société des Concerts d’orchestre qui existe à Turin depuis 1905, sous la direction de son président, le commandeur Joseph Depanis.

Le promenoir du Salon des Fêtes donne dans la salle des Instruments musicaux.


Les décorations de la Salle des Fêtes

Tout autour du Palais des Fêtes se déroule, sous la corniche, une grande frise décorative, haute de 2 mètres; on la remarque tout de suite à cause de la patine d’or dont elle entoure le salon.

La frise est composée de deux tableaux centraux, placés au-dessus des portes d’entrée et séparés par des figures allégoriques : faunes, sujets mythologiques, figures décoratives, qui soutiennent et se tendent l’un à l’autre un feston formé de fleurs, de fruits, entourant l’édifice comme une grande guirlande de fête.

La vivacité de l’invention, la solide position des figures qui forment un corps architectonique avec la colonnade inférieure, nous invitent à examiner de plus près cet ouvrage, l’un des plus importants parmi les ouvrages décoratifs de l’Exposition. L’un des tableaux du centre représente le Triomphe du Travail, symbolisé par une fête champêtre, à l’époque des récoltes, quand Cérès, Pomone et Bacchus égayent la terre de leurs dons. On voit monter la pente deux bœufs carrés, les bœufs au doux regard humain aimés de Virgile. En raccourci, drapés, enguirlandés, guidés en triomphe par une mâle figure allégorique, ils occupent le centre du tableau où remuent et chantent des figures agitant des fleurs et des fruits, et penchant des amphores. Animées, dans des attitudes bacchiques, ces figures se détachent nettement sur le ciel clair et forment une scène mouvementée.

Le second tableau représente le Triomphe du Drapeau, drapeau d’un rouge éclatant, couronné de roses, autour duquel tous les peuples du monde se pressent, en apportant à l’envi, de la terre et de la mer, leurs fruits à la fête de la fraternité universelle, représentée par l’Exposition.

Un troisième tableau décoratif, œuvre des mêmes artistes que la frise extérieure, orne l’intérieur du salon. Au-dessus de la scène une toile, haute de 3 m. 50, longue de 13 m., célèbre le Réveil de la Musique. Entre le dieu Pan qui invite les nymphes à la danse au son de la flûte et les Sirènes qui attirent les pêcheurs par leurs chants, arrive à cheval la théorie musicale, une belle figure de femme, qui, en se dépouillant de ses voiles, vient concilier les musiques primitives, en leur donnant une loi et une règle. Deux panneaux latéraux nous montrent un faune et une femme qui dansent, sur un fond de rosiers. Puis revient le leitmotiv du feston de la frise extérieure, mais plus léger, comme il sied à l’endroit clos, aux tons qui s’harmonisent avec les roses enveloppant les Nymphes et toute la scène.

Même dans ce tableau on remarque tout de suite le même coloris chaud que sur la frise extérieure, la même transparence dorée, à travers laquelle l’amalgame des couleurs passe et se fond, en laissant l’impression d’un tableau ancien.

Des auteurs des tableaux, les jeunes peintres Rodolphe Premoli et Joseph Sohrile, ont montré par leur œuvre qu’ils ont compris quelle ornementation gaie et brillante, destinée à laisser un souvenir lumineux, convenait au Salon des Fêtes d’une Exposition.

En restant fidèles au XVIIIe siècle, ils ont fait une œuvre hautement originale et personnelle par la carrure antique de leurs figures; ils ont donné une preuve indiscutable de sérieux artistique par le soin et la patience avec lesquels ils ont exécuté d’après nature, en les alternant, en les mêlant, en les variant à l’infini, les études de leurs compositions.

©Guide Officiel de l'Exposition Internationale de Turin 1911