Exposition internationale de l'industrie et du travail - Turin 1911

Industrie et Travail

29 avril 1911 - 19 novembre 1911


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Château du Valentin

Château du Valentin à l'exposition de Turin 1911

C’est lui le maître de la place et, quoiqu’il soit resté hors de l’enceinte, nous lui devons une visite avant de terminer tout près de lui notre premier tour dans l’Exposition.

Le nom et le sort du Valentin sont liés à deux noms de femmes illustres et belles, Valentine Balbiano, femme de René Birago, président du Parlement de Turin, et Marie-Christine de France, régente de Piémont. Valentine Birago ne lui a pas donné son nom qui remonterait, à en croire la tradition, à une ancienne chapelle dédiée à Saint-Valentin; mais elle sentit toute la poésie de cet endroit et commença à le faire connaître en y bâtissant un château en 1550. Marie-Christine, continuant les traditions de bon goût importées de France à la Cour de Savoie par Bonne de Bourbon et Bonne de Berry, reprit la construction en 1633, et alla y habiter avec la Cour en 1640.

L’architecte, le style du Château actuel, la princesse qui le fit bâtir, tout fut français. Il n’y eut de piémontais que le directeur des travaux, Antoine Bobba, la majeure partie des ouvriers, qui venaient des vallées de Lanzo, et aussi le comte Amédée de Castellamonte, qui alors dirigeait les travaux du Palais Royal et qui prit une part importante à la décoration extérieure du Valentin.

La grande grille, par laquelle nous entrons dans la cour du Château, ne remonte qu’à 1860, quand le Valentin devint le siège de l’Ecole d’application pour les ingénieurs. Jusqu’alors on pouvait encore voir le portique semi-circulaire qui reliait les deux pavillons extérieurs. Le centre de la cour est occupé par la statue de Quintino Sella, qui institua l’Ecole d’application des ingénieurs.

Déjà dans l’extérieur, dans la corniche qui termine les pavillons et dans les fenêtres du premier étage, se révèle la chaude fantaisie du XVIIe siècle, qui ensuite se développe pleinement et grandiosement dans les grands escaliers et dans les salles du premier étage. Les portes, les voûtes des appartements sont ornées de décorations très riches à stucs blancs et or, de fresques à fond d’or en style flamand, exécutées par Carlo Solaro, Tommaso Carloni, Francesco et Pompeo Bianchi, Alessandro Casella et d’autres encore. On a ainsi la Chambre du Lys, la Salle des Audiences, la Chambre de la Guerre, qui reçoivent leurs noms des peintures qui les ornent.

En parcourant ces salles, où nos temps bourgeois n’ont su que mettre des bancs d’école, la pensée de l’artiste et du curieux se reporte instinctivement aux temps où le Château retentissait joyeusement des échos des carrousels, des joutes, des tournois et des fêtes publiques.

Puis vinrent de plus graves soucis: les pourparlers diplomatiques pour la trêve entre la France et l’Espagne, l’évacuation de Turin par les Français en 1645. Le temps abattit sa main courroucée sur le Château: la fureur jacobine abîma les peintures, déchira les tapisseries, rendit inhabitables les appartements. Plus tard encore, au siècle dernier, le Château, jadis lieu de délices, dut recevoir des troupes ignorantes, ivres, qui achevèrent la destruction vandale commencée par la Révolution française.

Néanmoins, malgré tant d’injures que lui ont faites les hommes, le Valentin, tel qu’il est actuellement, porte encore au front le cachet de sa noble origine. L’esprit délicat et aristocratique de Marie-Christine y flotte encore, et notre époque qui recherche si finement toutes les traces de l’art du passé, peut réexaminer et exécuter ce dessein primitif si grandiose que les soucis de l’Etat et les temps troublés empêchèrent la Régente de mener à bonne fin.

Les injures des siècles peuvent s’effacer et, dans quelques années, quand on aura trouvé pour l’Ecole Polytechnique un autre siège mieux adapté et qu’on aura placé au Château du Valentin les collections artistiques actuellement disséminées à travers la ville, Turin pourra se vanter d’avoir un des Musées les plus pittoresques et les plus suggestifs d’Europe. En contemplant, vers le soir, le spectacle du coucher du soleil du haut de la terrasse qui donne sur le Pô, avec la colline verte et la coupole de la Superga brillant à l’horizon, le visiteur aura une impression qui le fera songer au Château de Versailles, à Notre-Dame, aux palais de la Cité et aux bords de la Seine dans les environs de Paris.

©Guide Officiel de l'Exposition Internationale de Turin 1911