Exposition internationale de l'industrie et du travail - Turin 1911

Industrie et Travail

29 avril 1911 - 19 novembre 1911


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Village Alpin

Village Alpin à l'exposition de Turin 1911

En sortant de la Hongrie, avec le privilège que donnent les Expositions de changer rapidement de pays et d’impressions, nous nous trouvons transportés dans un monde absolument différent. Des régions qu’arrose le Danube, nous passons tout d’un coup à nos montagnes; une bouffée d’air des Alpes, en nous rafraîchissant l’esprit, nous permettra de reprendre plus tard, avec un nouvel entrain, notre visite à travers les mille merveilles de l’industrie et du travail.

A droite, à peine a-t-on dépassé le Château du Valentin, une tache sombre de sapins invite à s’arrêter à son ombre. Une petite cascade d’eau descend en sautillant, claire, fraîche, en nous éclaboussant le visage, comme pour rire, de sa blanche écume. Un minuscule sentier monte au flanc de la cascade, et s’attarde aux méandres d’une grotte. Il grimpe entre des roches authentiques, couvertes de mousse, de lichens et de fougères; le Village Alpin que nous rencontrons à notre gauche, sur la pente escarpée de la montagne, complète notre illusion; nous pourrions nous croire dans les Alpes.

Dans l’espace restreint de 708 mètres carrés tout le village alpestre est ici sous nos yeux ! Sur la petite place caractéristique la petite église se dresse, avec son toit de bois qui surplombe, protégeant les fresques de la façade et les fidèles réunis le matin sur la porte, pendant les offices. Voici ensuite le presbytère, avec son porche hospitalier pour les personnes surprises par les averses si fréquentes dans la montagne.

Plus loin, c’est la mairie. Sur la façade les armes de la commune, à demi rongées par le temps et les intempéries, sont accolées au cadran solaire auquel est confiée la fonction d’indiquer l’heure à tout le village.

Tempus temperat tempora; timbra sine sole sileo (Le temps modère le temps; sans le soleil je suis une ombre muette).

Ces maximes graves et sentencieuses sont imitées de celles qui, sur les vieux cadrans solaires, accompagnaient toujours l’indication gratuite des heures.

Au milieu de la petite place est la fontaine, avec son bassin de pierre sculptée; on entend son jet d’eau au son argentin, pendant que, en face, l’auberge, à l’enseigne de pin traditionnelle, invite à se ranimer par un bon verre de vin.

Le village, avec ses grossières maisons de pierre, n’a été copié sur aucune localité déterminée. Et pourtant, tout le monde croit le reconnaître, tant il y a de réalisme dans sa construction. La petite église ne peut être que la chapelle de la Magdeleine, sur la route d’Aoste à Gressan. L’auberge est assurément une des vieilles maisons de Dolonne à Courmayeur. La fontaine est celle de la place de Cogne, et ainsi de suite. Tous nos éloges aux ingénieurs Chevalley et Morelli di Popolo, qui, avec tant de bonheur d’invention, ont su réaliser l’idée de cette exposition.

Cependant, les habitants du village sont dehors, occupés aux travaux des champs, ou faisant paître le bétail sur les Alpes; le Club Alpin a profité de leur absence pour arranger dans leurs maisons sa propre exposition.

Dans les 6 salles de la mairie, sont exposés les tableaux de la montagne. Il y en a une centaine; on en aurait mis plus encore, s’il y avait eu assez de place et si la Commission organisatrice, composée de MM. Jacques Grosso, César Maggi, Georges Belloni, Joseph Ciardi, n’avait fait une rigoureuse sélection parmi les œuvres envoyées. Le Club Alpin a déjà fait des expositions analogues; il se propose, par là, de rappeler aux artistes le charme de la haute montagne, avec ses pâturages, ses rochers, ses neiges et ses glaciers. L’Exposition de cette année, la plus vaste de toutes celles qui ont été faites jusqu’ici, a aussi une autre caractéristique, celle d’avoir attiré bon nombre d’artistes étrangers, conformément à son nom d’Exposition internationale.

Dans l’église les touristes trouvent une exposition d’échantillons d’outillage et d’équipement alpins.

Une maison abrite les photographies, les beaux clichés de Victor Sella, les dioramas, un relief du Ruwenzori gravi par S. A. R. le Duc Des Abruzzes, la tente et autres souvenirs de l’exploration du Duc au pôle Nord.

On n’a pas oublié les habitants de la montagne, car le grand souci du Club Alpin a toujours été de promouvoir le bien-être de nos vallées. Ainsi, dans l’Exposition, on trouve les petites industries alpines qui pourraient encore faire chez nous tant de progrès, depuis les dentelles de Varallo jusqu’aux paniers de copeaux de Valsesia, depuis les objets en bois tourné de Viù jusqu’à la laiterie. Pour que les visiteurs puissent se faire une idée exacte de la vie dans la montagne, on a reproduit quelques pièces avec un grand soin de détails: une cuisine du Cadore, une chambre à coucher du Val d’Aoste et une chambre de laitier.

Un dernier coup d’œil au rascard, à la typique construction en bois de Gressoney, qui, dans les villages de la haute Ossola, dans le val Formazza, s’élève à une réelle beauté artistique. Le chalet, reproduit aussi à l’exposition régionale de Rome auprès du prieuré de Sant’Orso, sert ici de modèle de refuge alpin.

L’exposition du village alpin est due à l’initiative de la Section de Turin, avec le concours du siège central et des autres Sections. Le président de la Commission exécutive est le comte Louis Cibrario, président de la section de Turin.

©Guide Officiel de l'Exposition Internationale de Turin 1911