Exposition internationale de l'industrie et du travail - Turin 1911

Industrie et Travail

29 avril 1911 - 19 novembre 1911


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Pavillon de la Hongrie

Pavillon de la Hongrie à l'exposition de Turin 1911

Le pavillon de la Hongrie est l’édifice le plus original de l’Exposition; cela suffirait, même en faisant abstraction de sa valeur esthétique, pour attirer sur lui toute notre attention. Construit à la suite d’un concours entre les meilleurs architectes du pays, il sera une nouveauté pour les Hongrois eux-mêmes; ils y trouveront les éléments architectoniques de la Hongrie d’il y a mille ans, exhumés patiemment de l’histoire et des musées pour en former un nouveau style moderne.

Devant la tour pointue et pyramidale on croirait, à première vue, se trouver devant une grande tente à toit en pointe, bien plutôt que devant un palais.
L’impression est juste, car les architectes, MM. Emile Tory et Maurice Pogâny, ont réellement voulu reproduire dans leur édifice un tableau de l’ancienne vie nomade hongroise.

Ses contours, à grandes lignes fortement courbées, évoquent des souvenirs d’Orient. Ce sont des réminiscences des Indes, de la Perse ; c’est comme un écho des siècles lointains dans un tableau original et absolument hongrois.

Les monts légendaires du Tatra, reproduits dans les trois collines des armoiries hongroises, sont ici symbolisés par trois tentes dont la plus haute représente la tente royale. C’est la tente d’Atila, roi des Huns; de fait, à la façade, un bas-reilef sculpté sur de grandes plaques de grès vert représente les Noces d’Attila, tandis que l’autre qui lui fait pendant a pour sujet le couronnement de Saint Etienne, roi de Hongrie.

L’entrée, couverte d’une coupole en forme de casque de cuivre, gardée à droite et à gauche par les anciens dieux guerriers hongrois, est d’un effet étrange et puissant; elle rend à merveille le caractère mystique des grands portails d’Orient qui se sont conservés en Hongrie.

De l’entrée on passe dans le salon central ou galerie des fêtes, bâti en forme de nef de cathédrale, où une lumière voilée pleut des hauts vitraux coloriés de plus de 60 petites fenêtres. Ces vitraux sont l’œuvre du peintre Max Rôth. Au centre, un beau groupe représentant les Arts et les Industries, de Marôti, déjà admiré à Venise; en face, les deux bustes de François-Joseph, roi de Hongrie, et de Victor-Emmanuel III, œuvres du sculpteur Edouard Telcs. Les arcs qui courent tout autour, ont des décoration d’un bleu varié et intense, faites d’éléments hongrois primitifs : ornements de guerriers, tissus, broderies, bijoux, retrouvés dans les tombes antiques et reproduits ici avec un exquis sens esthétique et une rare patience. Des meubles artistiques ornementent le salon, des bronzes, des tapis, des tentes, des peintures à sujets hongrois. L’effet est bizarre et l’artiste a atteint son but : il nous transporte en pleine Hongrie historique.

Au-delà des deux bustes royaux, en passant entre deux cours d’eau, où le jet, en retombant des lucernaires dans des bassins de plaquettes émaillées de noir et semées d’arabesques d’or, produit une agréable fraîcheur, on arrive au salon où se trouve l’exposition de la ville de Budapest.


Budapest. — La capitale de la Hongrie est formée, on le sait, de trois villes différentes: la O-Buda (la vieille Buda) remonte aux temps romains. En 192 tableaux et en divers albums exposés ici on peut noter le développement qu’a pris la ville depuis 1872 ; c’est en cette année-là que les trois villes d’O-Buda, de Buda et de Pest, d’abord séparées et souvent rivales, furent réunies en un seul grand centre commercial et industriel. Budapest a un million d’habitants; c’est une des grandes capitales d’Europe et elle a affronté résolument les ardus problèmes de la ville moderne.

Ecoles professionnelles et industrielles, maisons ouvrières, hôtel populaire, maison du peuple, bibliothèque populaire, voilà des institutions qui attestent l’intérêt que prend la ville à la solution des questions sociales les plus brûlantes. Elargissement des rues de la vieille Pest, pour donner de l’air et de la lumière aux anciens quartiers; municipalisation du gaz, four municipal, imprimerie municipale, grandes boucheries hippophagiques pour les classes pauvres, laiterie coopérative centrale, aqueduc de Kâposztmegyer, tout cela fait de Budapest une des villes que visitent de préférence pour l’étudier, les Commissions municipales du monde entier.

Budapest n’est pas seulement un grand marché commercial, mais aussi, — ce que beaucoup parmi nous ignorent, — une station balnéaire de premier ordre, grâce aux eaux thermales salées de Buda, de l’île Ste Marguerite et des localités voisines. Dans quelques années, en utilisant sa situation accidentée, Budapest sera aussi la ville des jardins et des fleurs, une sorte de Florence sur le Danube, avec des quartiers de cottages qui s’apprêtent à surgir de terre sur le versant nord du mont Gérard.

Notons encore, en passant en revue les tableaux de la ville, l’église Mathias, reproduction d’un chef-d’œuvre des temps de Mathias Corvin; les cinq grands ponts sur le Danube; les tableaux des ruines d’Acquincum, la ville romaine; les estampes de la Buda et de la Pest du moyen-âge.


La Hongrie industrielle. — En quittant l’Exposition de Budapest, parcourons les deux couloirs du pavillon central de la Hongrie réservés à l’industrie.
La Hongrie, pays éminemment agricole, s’est adonnée à l’industrie depuis quelques dizaines d’années. De phénomène, identique à celui auquel nous assistons en Italie, a produit les meilleurs résultats pour le pays. De réseau des chemins de fer, pour faire front au développement économique, est monté, de 2285 km. qu’il avait en 1867, à 20.262 en janvier 1910. De commerce extérieur est monté de 1690 millions en 1885 à 3477 millions en 1910. Dans ce dernier chiffre, les importations sont peu supérieures aux exportations: 1798 contre 1679 millions de couronnes. D’Italie y entre pour 50 millions d’achats et 17 millions de ventes.

Des produits alimentaires : farines, alcools, sucre, bière, occupent le premier rang dans l’industrie hongroise, avec un total de 1.117 millions de couronnes en 1906. D’Italie achète une quantité notable de sucres et de farines. Da bière de Budapest trouve ses débouchés Surtout en Orient.

Ensuite vient la métallurgie, l’industrie du fer, des métaux, des constructions mécaniques pour une valeur totale de 500 millions par an. D’électrotechnique est aussi très développée ; elle produit 16 millions de couronnes par an. D’Italie achète à la Hongrie des machines et des appareils électriques.

Citons encore entre les industries principales celles du bois, du charbon de bois, du bois brut, du bois à demi travaillé, des étagères, des meubles, beaux meubles d’un style simple et harmonieux, meubles en bois courbé; les cuirs renommés depuis si longtemps; l’industrie des tissus qui, grâce à l’appui du Gouvernement, est montée de 52 millions de couronnes en 1898 à 150 millions en 1910.

D’Italie qui, outre les marchandises indiquées plus haut, importe aussi du charbon de bois, des bois travaillés, des meubles, est aussi cliente de la Hongrie pour la pâte à papier. Da Hongrie jouit dans cette branche du commerce d’une position privilégiée, grâce à l’abondance de ses forêts qui lui fournissent plus de 300.000 mètres cubes de plantes résineuses.

De Musée Commercial Royal Hongrois, fondé en 1887, est une institution gouvernementale très pratique pour favoriser le commerce à l’étranger. Grâce à de nombreux correspondants-agents disséminés dans le monde entier (il y en a 8 en Italie), le Musée donne des indications gratuites aux commerçants hongrois qui cherchent de nouveaux débouchés pour leurs produits et aux étrangers désireux d’entrer en relations d’affaires avec la Hongrie.

L’enseignement industriel est donné en Hongrie dans 501 écoles d’apprentis à 80.000 enfants qui ont l’intention d’embrasser la carrière industrielle, et dans 74 écoles professionnelles à plus de 10.000 élèves. Pour la protection des ouvriers il y a une Caisse Nationale d'Assurances ouvrières avec 865.280 adhérents qui, en 1909, ont versé environ 22 millions de couronnes.

Le gouvernement de la Hongrie, par la loi de 1907, assure la préférence dans les fournitures publiques à l’industrie nationale et accorde de grosses subventions pour favoriser la création de nouvelles industries dans le pays.

La Hongrie agricole. — Le pavillon de l’industrie, au moyen d’une terrasse qui, avec une belle vue sur le Pô et la colline, offre la distraction de la musique de tziganes d’un café-glacier hongrois, communique avec le pavillon de l’exposition agricole hongroise. Sur la façade, un Rédempteur mystique, entouré des brebis de son troupeau, nous introduit à l’exposition.

La Hongrie, quoiqu’elle ne soit plus, par suite de la concurrence de l’Amérique, le grenier du monde, est pourtant toujours un pays éminemment agricole et qui ne se transformera que par degrés en pays industriel.

Sur les 32.491.813 hectares du territoire hongrois, plus de 13 millions (le 42 %) sont cultivés en champs, 9 millions (28 %) en bois, 4 millions (12 %) en pâturages, 3 millions (10 %) en prés; il n’y a pas même 2 millions (5 %) de terres stériles.

Les céréales occupent plus des 3/4 (78 %) des champs cultivés. L’élevage du bétail, les chevaux, les bêtes à cornes, la race ovine, la race porcine, les volatiles forment la deuxième grande préoccupation de l’agriculture hongroise. Les éleveurs des bêtes à cornes remplacent peu à peu la race blanche hongroise, qui servait seulement pour le trait et pour la boucherie, par les races occidentales à lait abondant. L’exportation des œufs atteint 30 millions de couronnes par an.

Les agriculteurs hongrois ont senti tous les avantages de la coopération qui assure aux petits producteurs des prêts à un taux modéré, la vente directe de leurs produits, ainsi que l’acquisition directe des outils et des matières premières nécessaires à la culture. 1/Association générale des Crédits mutuels, créée seulement en 1888, compte déjà 579.079 adhérents répartis en 2206 communes. Le Syndicat coopératif des Cultivateurs hongrois, qui s’occupe de la vente des produits et de l’achat des outils pour ses membres, a un capital social de 862.600 couronnes. Le Syndicat coopératif de consommation et de vente Hangya (fourmi) compte 1000 succursales, avec 150.000 associés et un mouvement d’affaires de 35 millions. Les laiteries sociales sont au nombre de 558.

Pour l’enseignement agricole on a établi des cours spéciaux dans les écoles primaires; il y a aussi 21 écoles pratiques et 5 académies d’agronomie.

L’Association nationale d’Agriculture est l’organe officiel des agriculteurs.

La Hongrie a une troisième exposition dans la prairie vis-à-vis l’exposition principale: c’est l’Exposition des bois et des forêts, organisée par l’ingénieur Pfeiffer, inspecteur en chef. C’est une exposition originale, où les principaux bois que la Hongrie exporte en si grande quantité sont présentés dans l’état où on les met sur le marché. Un moulin à vent, tout en hêtre, a pour palettes deux paires de rames; c’est aussi une spécialité de l’exportation hongroise. Quatre antennes de hêtre, de chêne, de sapin et de pin nous montrent les arbres de la Hongrie à la hauteur qu’ils ont à vingt ans. Dans le pavillon central, on voit des troncs de chênes robustes de la longueur exacte — 18 mètres — employée dans la construction des wagons de chemin de fer. L’exposition des bois et des forêts hongrois occupe environ 400 mètres carrés.

L’exposition totale de la Hongrie occupe environ 8000 mètres carrés. Les travaux ont tous été exécutés sous le contrôle de l’ingénieur et architecte Jules Tôrôck; la délégation commerciale est confiée au docteur Nândor Vajkai, correspondant du Musée royal et commercial à Gênes.

Les présidents de la Commission exécutive hongroise sont MM. Nicolas Zsolnay, conseiller aulique, grand industriel, et François Chorin, membre de la Chambre des Magnats. M. le professeur Alfred Krolopp, commissaire adjoint et le docteur Jules Kovacs, conseiller aulique, directeur du Musée royal de commerce à Budapest, ont aussi collaboré à l’exposition.

©Guide Officiel de l'Exposition Internationale de Turin 1911