Exposition internationale de l'industrie et du travail - Turin 1911

Industrie et Travail

29 avril 1911 - 19 novembre 1911


Retour - Liste Pavillons

Palais de la Mode

Palais de la Mode à l'exposition de Turin 1911

Pendant que nous nous sommes attardés aux Expositions de l’Art Industriel et de la Ville Moderne, une foule bigarrée et pittoresque a déjà envahi les salles du palais de la Mode. C’est une foule composée en majeure partie, cela se comprend, de dames; pour elles la mode, cet art savant de s’embellir, n’a jamais lancé en vain ses appels. Cette fois pourtant tout le public, même le public masculin, s’intéressera à l’exposition, car celle-ci constitue, avec l’exposition des merveilles de l’électricité que nous visiterons
plus tard, la plus attrayante nouveauté, le dernier mot en fait de modernité, de l’Exposition Internationale.

Cette exposition a pour but de donner à la mode, si diversement et si injustement jugée, la place qui lui revient dans la vie moderne. La mode, quand on ne la restreint pas aux façons de l’habillement, mais quand on la prend dans le sens bien plus large et bien plus compréhensif d’orner nos maisons avec goût, a une fonction d’éducatrice de la société que personne ne peut méconnaître. La maison, avec la disposition des pièces, avec ses meubles, avec ses ornements révèle les goûts et les tendances de celui qui l’habite; l’évocation du palais de la Mode à notre Exposition restera comme un document historique de notre vie intime au commencement du XXe siècle.

Le palais de la Mode occupe la prairie ondulée qui s’étend à gauche de l’entrée; on y jouit d’une très belle vue sur le Pô et sur la colline turinoise. Cet endroit, un des plus pittoresques du Valentin, a abrité plusieurs années la Laiterie Suisse. La calme solitude, la fraîcheur montagneuse des prés, le paysage vert et joli des collines donnent la parfaite illusion de pleine campagne. L’Exposition n’a fait qu’y ajouter une nouvelle note de beauté avec les palais de la République Argentine, de l’Amérique Latine et du Brésil, qui sur l’autre rive, en face de nous, mirent dans le Pô leurs façades polychromes.

En entrant dans le pavillon, la foule des visiteurs est surprise de se trouver en face d’une autre foule, celle des acteurs. L’idée de présenter la mode animée, en peuplant son enceinte de mannequins de bois et de figures vivantes, a été une idée de génie; c’est là une de ces trouvailles qui suffisent à faire le succès d’une section.

Le vestibule où se pressent toutes sortes de gens, nous révèle qu’aujourd’hui il y a réception au palais. Entre les courbettes des domestiques et les figures compassées des valets de pied, messieurs et dames disparaissent dans le vestibule, en se dirigeant vers la gauche. Ils entrent dans le petit salon de thé, extrêmement élégant dans son intimité, où la maîtresse de maison est entourée de ses amies en costume de visite.

Les traits d’esprit, les indiscrétions mondaines et les pointes d'art font passer le temps; c’est l’heure de se rendre dans la salle à manger voisine. Nous y entrons juste à temps pour admirer les nouvelles toilettes de soirée, mises en évidence par les jolis mouvements des dames en train de prendre leurs places à table.

Les éclats de la fête s’éteignent vite; le dîner est fini; nous sommes au lendemain matin. D’abord, dans le cabinet de toilette voisin, madame se coiffe; puis elle passe en peignoir dans la chambre à coucher et y reçoit ses enfants qui viennent lui dire bonjour, en leur donnant un baiser maternel.

D’aile droite du pavillon nous étonne par ses pièces originales, d’une élégance distinguée. Traversons le vestibule; voici en premier lieu la bibliothèque, de style Louis XVI, sévère et recueillie. Puis le buffet, animé par un groupe de messieurs qui attendent le moment de passer dans la salle à manger contiguë. Après le dîner, concert dans la grande salle de bal, où les glaces aux cadres dorés se renvoient l’étincellement des diamants, les reflets scintillants des magnifiques toilettes.

La maison moderne n’est pas seulement ouverte aux fêtes et n’accueille pas seulement les amis et amies des parents. Un avançant dans l’appartement, on trouve le salon et la chambre à coucher de mademoiselle, fraîche de jeunesse et de grâce dans son costume du matin; on trouve la nursery, institution anglaise comme son nom, le quartier des enfants qui s’adonnent avec la gaîté de leur âge à leurs jeux favoris, parmi des nourrices couvertes de rubans et de dentelles et des bonnes qui s’efforcent en vain de mettre un peu d’ordre et de silence dans ce remue-ménage.

Le palais de la mode ne nous a pas encore dit son dernier mot avec la double rangée de ses appartements. Dans la cloison circulaire qui met en communication l’aile droite avec l’aile gauche du pavillon, est renfermé le secret de ses dioramas. Les dioramas, scènes de grandes dimensions, éclairées par un jeu de lumière spécial, avec le premier plan exécuté tout en plastique, sont une des expressions les plus modernes que l’art ait créées pour donner au spectateur l’illusion absolue du vrai animé.

Les dioramas de la mode, peints par MM. Georges Ceragioli et Jean Giani, sont au nombre de trois. Un allant de droite, à gauche, après la nursery, on voit d’abord le diorama de la patinoire, puis celui du paper-hunt, et enfin celui de la plage, avec la rotonde des établissements peuplés de baigneurs. Naturellement ces scènes de la vie élégante offrent aux visiteurs l’occasion d’admirer les différentes façons d’hiver, d’été et d’automne.

Le palais de la mode, qui abrite déjà tant de merveilles de bort goût, n’avait pas besoin d’être très voyant extérieurement.
Recueilli, tranquille comme une simple villa de maître, long de 60 mètres avec une superficie de 1500 mètres carrés, il se recommande plutôt par le confort, par la belle vue champêtre et par le sens pratique qui a présidé à sa construction et à la disposition intérieure des appartements.

©Guide Officiel de l'Exposition Internationale de Turin 1911