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Chalet de Salzbourg



Là où se trouvait une riche collection d'habitations rustiques des différentes nationalités, telle qu'on a pu la voir dans le groupe des villages à l'Exposition, le chalet de la haute montagne des environs de Salzbourg ne devait assurément pas faire défaut. L'édifice parait, au milieu de son entourage de maisons de paysans, pauvre et de peu d'apparence, comme cela convient du reste à un modeste chalet. C'est une sorte de chaumière basse, construite avec des tronc d'arbres, dont le toit est très en saillie sur le devant et consolidé avec des morceaux de rochers pour résister aux violences de la tempête. Ce toit porte au-dessus de l'entrée cette inscription : "cette maison est dans la main de Dieu".

Elle a pour enseigne : "Au haut Göll" et indique par cet inscription le voisinage de la haute montagne de rochers qui monte jusqu'au ciel, la proximité des glaciers et des champs de neige, qui constituent la mise en scène de ce spectacle grandiose de la nature, dont la petite maisonnette que nous reproduisons forme un des sujets les plus intéressants.

Et, maintenant, vous plait-il d'entrer dans cette maisonnette basse qui, au premier coup d'oeil, n'offre rien, nous l'avouons, de bien attrayant? Pour savoir ce qu'elle vaut, ce qu'elle représente de confort, relatifs, il est vrai, il faut s'être trouvé, par une nuit noire, sans guide, sur les pentes rocheuses et boisées du Wastmann ou du Schafberg.
Le vent siffle et courbe les sapins, vous jetant, par moments, des poignées de pluie au visage. La bonne route abandonnée dans l'ombre, il faut monter devant soi, au hasard, s'accrochant aux branches, se déchirant aux pierres, parmi l'obscurité de plus en plus intense. L'éclair qui huit vous montre de toutes parts l'inextricable forêt. Quand arrive t-on? Ces solitudes ont beau, le jour, être visitées par des touristes anglais, elles reprennent, la nuit, leur aspect sinistre. La gourde est déjà vide, tant on a eu besoin de reprendre courage! Et toujours des pierres, des branches, des ténèbres. On essaye de rire, de se dire qu'on a entrepris une excursion conseillée par le guide Joanne, rien n'y fait. On se sent bien perdu parmi toute la montagne irritée et sombre! Aussi, avec quelle joie, là-bas, au delà des sapins, on aperçoit une raie de lumière. D'où sort-elle? D'une maisonnette pareille à celle que vous méprisiez tout à l'heure. Le courage revient aux jambes. On grimpe, on s'essouffle, on arrive. On se trouve sur un plateau bosselé çà et là de mamelons rocheux. Cinq ou six huttes sont éparses dans cette sorte de plaine. On court à la plus proche. Elle est bien basse, bien chétive, à demi enfoncée dans la terre. ON frappe. La porte s'ouvre. Une montagnarde, jeune, fraiche, grasse, un morceau de chandelle résineuse à la main, vous dit entrer. Une sorte de galerie règne au delà de la première entrée, conduisant à l'étable où vous entendez tinter vaguement, comme en songe, la clochette d'une vache endormie. Vous voilà dans la maison. La maison, c'est une seule chambre, sans plafond; le parquet, c'est un sol de cave. De cheminée, point. Sur de grosses branches de pin, qui tiennent lieu de landiers, votre hôtesse jette quelque menu bois, et la fumée, après avoir flotté çà et là dans la demeure finit par trouver sa voie et s'échapper grâce à une ouverture pratiquée dans les planches du toit. Pour tout meuble, une étagère de sapin bien frotté où s'étalent des écuelles, des cuillères à lait, et une planche assujettie au mur, e qui sert de table. Le bois de lit est très haut, mais la couche est très basse, ce qui produit une sorte de cabinet obscur où l'on se déshabille et s'habille. Ne marchez pas sans couver la tête; vous heurteriez du front le plancher du second étage, ou plutôt de la petite soupente où l'on jette du foin et de la paille pour le sommeil des enfants. Tout cela est bien pauvre, bien noir, bien sordide. Ah! le bon sommeil réparateur, surtout, après le festin de lait et de beurre, dans la petite hutte de la Gugleralp !

©L’Exposition Universelle de Vienne 1873