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Café Turc


Café Turc à l'exposition de Vienne 1873

C'est le café turc que l'on fréquente le plus, de tous ces édifices orientaux qui jouissent d'une si grande affection du public.

Il se trouve placé vis-à-vis le palais du Vice-Roi, entre le bazar turc et la villa persane.

C'est un bâtiment carré, entouré d'une galerie ouverte, accessible par des marches d'escalier.

L'intérieur contient des buffets, le foyer, et le long des murs s'étendent de larges divans rouges, enfin des tables et des chaises remplissent la galerie et la terrasse. La décoration de la salle est entièrement orientale; le plafond est peint en couleur, les rayons du soleil sont tamisés par des vitraux de couleur, et l'on suppose bien qu'il n'y manque pas les inévitables sentences du Koran.

Si l'on a déjà entendu dire, par les voyageurs en Orient, quel tumulte étrange et quelle foule s'agite dans les cafés, surtout à Constantinople, et si l'on a entendu la description intéressante et pittoresque d'un café turc, on se fera facilement une idée du tableau original que cet établissement oriental, fréquenté presque exclusivement par les Occidentaux, produit sur les visiteurs. Le contraste saute aux yeux, car le café est servi aux hôtes occidentaux par des garçons orientaux. Il y a des Turcs indigènes, en costume national, près du foyer formé par une étagère, sur laquelle l'eau bout placée dans une chaudière. Cette eau est versée dans de petites cafetières qui contiennent le café en poudre, et les Turcs se promènent entre les tables en criant, de temps en temps : Café Turc! Café Turc!

Un autre invite les visiteurs à se servir de tchibouks à longs tuyaux en bois de jasmin.

Le café, préparé à la turque, n'est pas séparé du marc, et il est contenu dans de petites tasses en argent, de forme ovoïdale.

Par les fenêtres et par les portes, on ne voit que des construction égyptiennes, turques et persanes, de sorte que l'on s'abandonne facilement à l'illusion de se trouver en pleine Turquie.

Ce cafetier à la Turque avait d'abord essayé d'embellir ses flots noirs par des garçons grecs, mais les vestons avec brandebourgs, le fez et la ceinture de couleur au-dessus du pantalon large, ne lui semblèrent pas attirer assez de monde. Alors l'idée lui vint d'introduire un service de jeunes femmes pour fournir un vrai tableau turc. Il n'y manquait que des turques. Mais la corne d'or est encore assez loin de Vienne, et les vraies turques faisaient des difficultés pour quitter leurs harems. Mais notre homme étant très résolu, fit fabriquer des Circassiennes, des Grecques, des Albanaises chez le tailleur et chercha ensuite des Viennoises, qu'il prit là où il les trouva.

Son café fut vite transformé, et tout le monde était étonné de voir douze Zulmas, Zoës, Scheherazades, douze Turcques en laine et soie, bien colorées; ce café marcha avec ou plutôt par les Viennoises-Turques, ou les Turques-Viennoises, on ne peut mieux. Un peu de gaieté dans le quartier des Orientaux silencieux, n'était pas du reste à dédaigner.

©L’Exposition Universelle de Vienne 1873