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Jardin Japonais


Jardin Japonais à l'exposition de Vienne 1873

Dans le parc situé à droite de l'Exposition, non loin du pavillon du Vice-Roi d'Egypte,se trouve le jardin japonais, avec ses maisons, sa petite rivière en miniature, sur laquelle est jeté un pont minuscule en bambou.

L'entrée se trouve du coté de l'exposition des fleurs : deux mâts, soutenant de longues bandes de papier peints, vous invitent à pénétrer dans cette section où l'étrange se mêle au fantastique.

A gauche de l'entrée se trouve une cloche en bronze portée sur des colonnettes de bois, les cloches japonaises n'ont point de battants; on les frappe avec une poutre suspendue horizontalement, qu'on pousse et qu'on retient à la façon des béliers antiques.

Le son ainsi produit n'est point aussi clair que chez nous, mais plus plein, plus doux et plus intense.

La matière est de si bonne qualité, que pendant longtemps on en a exporté en Europe en grande quantité.

Les allées sont tapissées de petites pierres de différentes couleurs; des arbres qui, dans nos climats, sont réputés pour leur grandeur, comme le chêne et le sapin, sont représentés par des nains d'un effet original. C'est un gout spécial chez les japonais, que d'avoir dans leurs jardins des essences complètement rabougries. Ils ont des procédés pour restreindre la croissance des arbres et les obliger à rester petites. Leur joie est au comble lorsqu'ils peuvent arriver à rapetisser un chêne à la hauteur d'un rosier.

Toutes les allées sont convenablement bordées de bambous, et au milieu de rochers, groupés avec art, se dressent quelques bronzes, quelques poteries aux couleurs éclatantes posées sur des piédestaux de terre cuite.

Un temple s'élève sur le bord de la rivière, ornementé avec le gout national, c'est à dire avec des peintures représentant des Dieux protecteurs et des chimères fantastique.

Des lanternes de pierre, de formes très différentes, se trouvent à droite et à gauche des temples; ces lanternes sont l'ornement obligé de tous les jardins japonais et sont, souvent, d'une très grande valeur. On y met des lampions en papier, dont la lueur est aperçue par les ouvertures creusées dans la pierre.

Un pont, très léger, est posé sur la rivière, qui est plutôt un ruisseau; il permet de visiter la maison japonaise et les deux kiosques qui décorent le jardin.

Au haut du mât se balance le fameux poison de papier, qui se déroule, se gonfle et se dégonfle à la moindre brise.

Ce poisson représente un carpe d'une remarquable force musculaire, qui lui permet de remonter les courants et même les cascades. On place ce poisson en papier sur le toit des maison, à l'occasion d'une grande fête qui tombe le cinquième jour du cinquième mois, la fête des garçons. C'est le symbole de la force.

On hisse aussi ce poisson symbolique au dessus des maisons où est né un garçon dans l'année.

A voir ces arbres ratatinés, ces kiosques, ces lanternes, on se croirait transporté dans une de ces jolies villas bâties sur la colline qui domine Yokohama.

L'Empereur et l'Impératrice d'Autriche ont daigné inaugurer, par leur présence, ce jardin japonais où la flore se plie aux caprices les plus fantasques, et le public s'empresse tous les jours d'admirer ces arbres nains, qui sont toujours un sujet d'étonnement, ainsi que la maison japonaise avec ses tentures de papier, ses jalousies de papier et ses tapis, toujours de papier, sans papier des lanternes dont la transparence permet d'admirer ses peintures vernies avec un art éminemment japonais.

©L’Exposition Universelle de Vienne 1873