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Maison d'un Szekler


Maison d'un Szekler à l'exposition de Vienne 1873

Au milieu des mille et mill trésors de l'art, de l'industrie, et de la science, nous nous arrêtons devant la petite maison couverte de chaume qui est modestement placée à coté des pavillons du Vorarlberg, de la Suisse et de la Russie. L'inscription qu'elle porte à son fronton, est aussi simple. Au-dessus de la porte en bois, délicieusement sculptée, se trouvent gravés en lettres rouges ces mots : "si ton coeur est brave et tes membres sains, entre!" et au-dessous se trouvent des bouquets de fleurs grandes et petites, bleues, rouges, jaunes, sculptées sur bois. Au-dessus de la grande porte, il y a une autre inscription : "Salut à celui qui entre! et à celui qui sort ! Avec l'aide de Dieu cette maison a été bâtie par Lajos Demeter Borsodi".

Dans la chambre intérieure sont pendus les vieux pistolets, à coté d'un sabre large et lourd et d'une baïonnette appelée cure-dent par le peuple; on y voit aussi une anicenne armure, une cuirasse formée de mailles qui pèse bien douze livres; peut-être était-ce celle d'un chevaux-léger; sur les murs on ne trouve aucune image de saints, mais des héros de la Transylvanie : Ben Deguez, Attila, Csaba, Arpad, Almos qui sont pour eux des Saints.

La plupart des Transylvains sont des Unitariens, qui ne croient qu'à un seul Dieu, et ils sont ennemis de toute adoration de Saints.

Le long du mur est placée une mince armoire en bois, qui porte les petites assiettes de terre, avec de grandes fleurs jaunes et bleues, à côté de cuillers en bois propres et bien faites. Armoire, assiettes et cuillers sont l'oeuvre de l'habile Szekler (Transylvain).

Le Szekler fait lui-même des beaux éventails, fabriqués avec de la corne de boeuf, de grands chapeaux de paille pour demoiselles, de charmants petits souliers, de grandes pipes en bois, que six personnes à la fois peuvent fumer, de grandes et petites corbeilles bien nattées, et encore beaucoup d'autres objets, ainsi que le lit, la table et le banc.

Le Szekler n'a p as besoin d'armoire; il enferme ce qu'il possède dans l'intérieur d'un grand coffre, en forme de banc, dont la partie inférieure est fermée. Quand une fiancée quitte la maison du père pour entrer dans celle de l'époux, elle apporte avec elle un banc et dedans sa dot. Sur ce banc elle se repose, à deux, avec son "maitre" plus tard, à trois, etc.

Sur la table, se trouvent toujours placés le pain et le couteau, et celui qui entre est obligé, par la coutume hospitalière du pays, de manger au morceau.

Ils doivent leur origine à Attila (le fléau de Dieu), et en 1848 ils formaient la garde la plus fidèle de la troupe hongroise.

Si le feu prend à la maison, la femme sauve d'abord les pistolets, ensuite ses enfants, car elle est excellente mère et fidèle épouse; elle s'occupe activement du ménage, et elle est aussi l'épouse la plus obéissante. Les autres femmes parlent de leur "mari", elle ne connait que son "maitre". La grande révolution française n'a proclamé aucun principe que ces paysans sans instruction n'aient mis en pratique depuis longtemps. Dans toute la Transylvanie, chacun est électeur et éligible, pourvu qu'il soit brave et honnête.

©L’Exposition Universelle de Vienne 1873