Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles 1910

Oeuvres d'Art, Travaux Scientifiques et Produits de l'Industrie et de l'Agriculture de toutes les nations

23 avril 1910 - 1 novembre 1910


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France

France à l'exposition de Bruxelles 1910

Si la France n’a pas été la première à réaliser une Exposition universelle, c’est cependant elle qui, en réalité, a inventé ces grandes manifestations de l’activité économique. Quand s’ouvrit l’Exposition de Londres en 1851, le succès des Expositions nationales en France avait déjà suggéré l’idée à beaucoup de journalistes et d’économistes d’en élargir le cadre et de les remplacer par des Expositions internationales périodiques. L’opposition égoïste et inintelligente de quelques grands manufacturiers et des chambres de commerce protectionnistes entravèrent ces heureuses initiatives, et il fallut le succès de l’Exposition du Cristal-Palace pour pousser la France dans une voie qu’elle-même avait tracée. Mais depuis lors la France a joué dans toutes les Expositions, tant chez elle que dans les autres pays, un rôle absolument prépondérant. Elle a, plus que toute autre nation, l’expérience de ces grandes foires universelles dont elle a puissamment contribué à fixer le type désormais invariable et où triomphent toujours ce goût inné, cet art de la présentation et de la mise en valeur, qui est la principale qualité de l’industrie et du commerce français.

Le caractère du peuple français, aussi bien que son histoire économique, et même que son orientation politique, le préparait à tenir dans les grandes foires internationales ce rôle prépondérant. De toutes les nations continentales, la France est la plus anciennement et la plus solidement constituée. Le style français - - et il faut entendre le style non seulement au point de vue de l’art, mais dans toutes les manifestations de la vie sociale -— était déjà fixé à une époque où les autres peuples de l’Europe étaient encore inconscients de leur unité et de leur destinée. Et puis, tandis que les Espagnols et les Italiens vivaient pour eux, ignorant et dédaignant le reste du monde, les Français, depuis le moyen âge, montraient un goût décidé de répandre leurs idées et leurs coutumes dans le monde. D’abord, ce prosélytisme fut guerrier. Il est devenu pacifique, mais il est demeuré toujours aussi ardent, et ce besoin d’expansion intellectuelle continue, même dans l’âge économique où nous sommes, à prédominer chez ce peuple idéaliste sur le besoin d’étendre son commerce et d’assurer des débouchés à son industrie.

Les Expositions devinrent si vraiment populaires, on les considérait si bien comme une manifestation nécessaire de la prospérité nationale, que la République, à peine constituée, la France à peine remise des horreurs et des ruines de la guerre, on songea à montrer au monde la France renaissante : ce fut l’Exposition de 1878. Puis c’est l’Exposition de 1889, centenaire de la Révolution, et, enfin, c’est l’immense et somptueuse foire de 1900, qui est encore dans toutes les mémoires. Mais les Expositions organisées en France n’empêchaient pas la République de prendre une part active à presque toutes celles qu’on organisait à l’étranger. En agissant ainsi elle avait, du reste, un but bien déterminé : la participation aux Expositions entrait dans le système de cette politique pacifique par laquelle le gouvernement démocratique que la France s’est donné poursuit le rayonnement français par les arts de la paix. Les Expositions, mieux encore que les actes diplomatiques, lui servent à affirmer cette humeur pacifiste nouvelle en France, et il y a, dans la courtoisie qu’elle met à figurer le plus brillamment possible dans toutes les foires internationales, un esprit de système qui apparaît à tous ceux qui savent regarder.

Aussi les Expositions françaises à l’étranger sont-elles très savamment organisées : on y sent le fruit d’une longue expérience, qui fait de chaque Exposition française une incontestable réussite.

Cette expérience même a pour résultat ordinaire que la participation française n’a généralement pas l’originalité de quelques pays très neufs dans l’art des Expositions. Toutes les Sections françaises se ressemblent, mais cette ressemblance est peut-être ce qui en fait l’intérêt et la valeur. A quoi bon changer ce qui est bien? La France a inventé un type d’Exposition qui donne l’exact reflet de son goût moyen; pourquoi ne s’y pas tenir?

Les architectes français s’y tiennent, et tout leur art, et toute leur science n’est que d’approprier ce type aux pays où ils exposent, aux locaux qu’on met à leur disposition. Mais cette appropriation, dont le grand public ne distingue pas les difficultés, exige une grande science, un art et un goût exquis. Dès que l’on pénétrait dans la Section française à l’Exposition de Bruxelles on se sentait séduit par cet air de modestie élégante. Point de brillante nouveauté, mais aucune faute de goût. Il ne fallait pas y chercher assurément les raffinements de l’art français dans ses formes parfaites et durables; on ne devait pas s’y mettre en quête d’une esthétique définitive et savante. Dans des colonnes de staff, sous des chapiteaux de plâtre, dans le tohu-bohu d’une foire internationale où il faut bien attirer les regards de la foule, l’art français, nécessairement, s’était un peu démocratisé. Mais l’habileté de M. Montarnal, l’architecte de la Section, fut d’admettre cette moyenne nécessaire sans laquelle son œuvre eût paru figée aux yeux de l’immense public, qui veut d’abord dans les Expositions de la joie et de la vie, et l’affiner, la parer, de telle manière qu’elle gardât un air de distinction et d’élégance.

La parfaite convenance d’une décoration à son objet, voilà ce qui faisait le mérite architectural de la Section française, et cette réussite est due non seulement au talent personnel de M. de Montarnal, mais aussi au mérite de toute l’école dont il est le représentant, et surtout au tempérament artistique d’un peuple, très vivant certes, et qui pourtant bénéficie d’une antique civilisation.

Comme ses devancières, l’Exposition française de Bruxelles — qui occupait cinquante mille mètres carrés et comptait plus de dix mille exposants — avait le rare mérite de mettre très bien en lumière les ressources et les grâces de la France, ses richesses naturelles et ses splendeurs acquises. De tous les pays du monde, la France est peut-être celui que la Nature a le plus favorisé au point de vue des agréments de la vie. Quel gourmet ne se délectait en imagination à visiter cette galerie de l’alimentation française, où l’on voyait représentés les grands crus de la Bourgogne, du Beaujolais, du Bordelais, les eaux-de-vie, les marcs, les liqueurs fameuses, puis tous les savoureux produits de ces riches provinces qui, toutes, ont leur spécialité culinaire ? Qui ne songeait, en passant entre ces vitrines, à la vieille auberge française, où l’ordinaire, préparé par l’hôtesse, est digne du souvenir fameux de Brillat-Savarin ?

Mais la France avait là d’autres moyens de séduire : les Expositions du vêtement, de la parfumerie, des modes, les étalages de ces couturiers illustres qui façonnent à leur fantaisie la beauté féminine, attiraient la partie la plus aimable et la plus élégante du public, tandis que les stands des fabricants de meubles évoquaient avec beaucoup d’art cette vie de société, cette vie de salon qui n’est parfaite qu’en France.

En cet art du meuble, pourtant, si la richesse du passé assure la permanence d’un goût exquis, on pourrait craindre qu’elle ne nuisît à l’esprit d’invention. Il est si simple de refaire les meubles admirables des fameux ébénistes du XVIIIe siècle : pourquoi s’efforcer de chercher des ornements nouveaux quand il suffit d’appliquer ceux que d’incomparables artistes dessinèrent ? Pourtant, la France aussi s’est essayée dans l’art moderne, mais avec plus de prudence et souvent avec plus de bonheur que les autres pays. Le salon d’art décoratif qui occupait le fond des galeries françaises au Solbosch était charmant dans son ensemble. Il eut pour organisateur l’architecte Lambert, qui avait très bien su grouper les éléments disparates dont il se composait. Tout dans ces ameublements n’était point parfait, mais les laborieuses singularités étaient exceptionnelles, et ce que l’on constatait, c’est que le style moderne en France évolue de plus en plus nettement vers une simplification des anciens styles, ce qui permet de les adapter merveilleusement aux nécessités du confort moderne.

Le centre du salon des arts décoratifs français était occupé par des vitrines où étaient élégamment mis en montre quelques bibelots de prix, statuettes, orfèvrerie, céramique, tous portant l’empreinte du goût français le plus pur et le plus caractéristique.

Ce salon des arts décoratifs formait le centre des galeries françaises, mais il semblait qu’il rayonnait sur toutes ces galeries, car on retrouvait le goût qui avait présidé à son ornementation jusque dans la présentation des produits de la grande industrie, jusque dans la présentation des canons fabriqués par le Creusot et des plaques de blindage endommagées par les susdits canons. Au surplus, ces engins guerriers n’avaient, dans ces halls délicatement décorés, rien de bien rébarbatif : ils apparaissaient précis, redoutables, formidables, mais ils avaient l’air de faire bonne figure au visiteur; ils semblaient lui dire : Notre colère n’est pas faite pour vous. Et c’est encore un des traits caractéristiques de cette Exposition française et de toutes les Expositions françaises que ce goût de ne pas faire un vain étalage de la force et de la richesse. Elles sont, avant tout, pacifiques et accueillantes, elles sont aimables, elles ne veulent pas étonner, elles veulent plaire, et c’est peut-être par là surtout qu’elles portent l’empreinte de cette vieille civilisation, la plus raffinée, la plus généreuse et la plus humaine qui soit.


Section coloniale française

L’éclat de la Section coloniale française à l’Exposition de Bruxelles atteste les progrès incessants réalisés dans le domaine colonial de la République.

Représentées pour la première fois à l’Exposition de Paris en 1889, aux Invalides, les colonies françaises participèrent ensuite brillamment à l’Exposition de 1900, au Trocadéro.

L’Exposition de Marseille en 1906, l’Exposition coloniale de Nogent en 1907, l’Exposition Franco-Britannique en 1908, marquèrent ensuite de nouvelles étapes dans la marche vers le succès, toujours grandissant, dont l’apogée a été atteint à Bruxelles.

Les colonies se devaient à elles-mêmes de né pas limiter leur participation aux Expositions organisées en France, mais de se faire représenter également aux World’s fair étrangères.

A Bruxelles, le génie colonisateur et créateur de la France s’est manifesté de la façon la plus heureuse, non seulement par la quantité et la diversité des produits exposés, mais aussi par le bon goût des installations.

L’empire colonial de la République est si vaste, ses intérêts spéciaux ont une telle importance que c’est une obligation pour les colonies françaises d’avoir leur place propre dans toutes les Expositions internationales, à côté de celle qu’occupent l’industrie, l’agriculture et le commerce de la métropole.

Aucune puissance n’a atteint, dans sa participation coloniale, le degré d’importance qu’a su donner la France à la représentation de ses possessions lointaines. M. G. Schwob et ses collaborateurs, ainsi que l’architecte Ch. Lefebvre, avaient d’ailleurs admirablement compris leur mission. Le Commissaire des colonies françaises s’était attaché non seulement à présenter un ensemble de toute l’activité coloniale française, mais à imprimer à cette Exposition un caractère utilitaire et pratique. Faire connaître les produits des colonies, c’est bien; faciliter leur placement, créer en leur faveur un courant commercial, c’est mieux, et le Commissaire du Gouvernement français n’avait rien négligé pour que ce but fut atteint. C’est ainsi qu’il avait organisé au Commissariat des colonies, à l’Exposition même, un service destiné à fournir aux personnes qui en feraient la demande des renseignements commerciaux sur les diverses colonies exposantes.

La Section coloniale française — les palais de l’Algérie et de la Tunisie exceptés — occupait à l’Exposition de Bruxelles un emplacement de dix mille mètres carrés. Le palais central, où se trouvait le salon d’honneur, comprenait les services officiels du Ministère des colonies, et l’on y trouvait les produits d’exportation des possessions françaises. Autour de ce palais central, dans un superbe jardin colonial, on rencontrait les pavillons des diverses colonies françaises. Chacun de ces pavillons offrait les tableaux complets de la production des régions auxquelles il était consacré.

L’Exposition comprenait, indépendamment des pavillons de l’Algérie et de la Tunisie, les constructions principales suivantes : palais des Colonies, palais de l’Afrique occidentale française, palais de l’Indo-Chine, pavillon de Madagascar, pavillon des colonies diverses, pavillon de la Presse coloniale, pavillon du Commissariat des colonies.

©Livre d'Or de l'Exposition Bruxelles 1910