Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles 1910

Oeuvres d'Art, Travaux Scientifiques et Produits de l'Industrie et de l'Agriculture de toutes les nations

23 avril 1910 - 1 novembre 1910


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Allemagne

Allemagne à l'exposition de Bruxelles 1910

LA FRANCE, à Liège en 1905, fit un effort vraiment remarquable et attira l’attention générale sur sa Section, où des conférences de ses plus brillants publicistes complétèrent l’enseignement que donnait la participation française. L’Allemagne s’est piquée au jeu, et nous avons assisté, à Bruxelles en 1910, à la plus courtoise et à la plus ardente des luttes entre ces deux grandes nations pour étendre en Belgique et dans le monde leur renommée et leur influence.

Aussi l’Allemagne, outre sa participation officielle, n’avait-elle rien négligé pour donner une idée complète et précise de ce que sont à l’heure actuelle, à la dernière heure, les sciences et les arts allemands. Le Gouvernement impérial avait consacré à ce but une somme considérable, dont son commissaire général, le conseiller privé Albert, a fait le plus judicieux et le plus productif emploi. D’autre part, la Commission permanente des Expositions industrielles d’Allemagne avait fondé un Comité allemand, dirigé par le conseiller de commerce Louis Ravené, et auquel s’étaient ralliés la plupart des grands industriels d’outre-Rhin.

L’Exposition allemande fut donc complète. Non seulement le Gouvernement a veillé à la présentation de tout ce qui concerne la partie « administrative », comme disent nos voisins de l’Est, c’est-à-dire l’enseignement, les moyens de communication, etc., ce vaste domaine où l’Etat allemand a pris une si large et si féconde initiative ; mais le groupement des industriels, le plus puissant et le plus averti, avait organisé l’Exposition de tout ce qui fait la force et l'intérêt de l’industrie et de la technique allemandes. Et l’on sait que c’est là que l’Allemagne tire sa meilleure part de gloire et de puissance.


La distribution de la Section a contribué d’ailleurs à donner cette impression d’unité et de grandeur dans tous les domaines de l’activité à laquelle l’Allemagne tient par-dessus tout. Contrairement à ce qui s’était fait aux autres Expositions, tout ce qui a représenté l’Allemagne à Bruxelles a été réuni de manière à former un ensemble imposant; même les halls et les salles furent érigées en matériaux et par des procédés purement allemands, et par leurs plans et leur construction formèrent une partie intéressante de la Section allemande.

C’est dans la partie nord de l’Exposition que se trouvait la Section allemande, dans un joli décor, formé d'une part par le Bois de la Cambre, de l’autre par le parc de Solbosch, qui semble se terminer tout là-bas, à la ligne bleutée des collines brabançonnes.

Dans ce cadre à la fois gracieux et vaste, l’architecte bien connu von Seidl, professeur à Munich, chargé par son Gouvernement de faire les plans d’ensemble, avait disposé avec bonheur les douze constructions dans lesquelles vinrent s’aligner les richesses de l’Allemagne. Chacun de ces bâtiments avait son style propre et était d’une architecture technique en rapport avec les produits qu’il abritait, mais tous concouraient néanmoins à produire un effet d’ensemble harmonique et, peut-on dire, national. La « Maison allemande » dominait toute la Section. C’est elle qui, dès l’abord, s’imposait au visiteur. Ses proportions monumentales, son style à la fois robuste et élancé, son air de solidité médiévale et de confort moderne ne donnaient nullement, comme on avait pu le craindre, une impression de lourd et de massif, mais bien celle de l’habitation vaste et confortable qu’il faut à des hommes de notre temps, dont la vie se partage entre les affaires, les exercices physiques et les plaisirs familiaux et mondains.

La « Maison allemande » était le centre de la Section pour les exposants et pour les visiteurs. C’est là que se concentraient, en quelque sorte, tous les intérêts allemands durant l’Exposition. On y trouvait les bureaux du Commissariat général du Gouvernement, des salons et. des salles artistiquement décorés et destinés aux conférences et aux fêtes. Tout à côté, et en constituant une sorte de prolongement, se trouvait un grand restaurant teuton, où l’on pouvait se procurer le meilleur des repas et où coulaient à flots les vins dorés du Rhin et de la Moselle. Un peu plus loin, une attrayante brasserie offrait, avec la grâce de ses blondes Gretchen, le cuivre pâle ou sombre des grandes bières d’outre-Rhin.

Voilà pour la « Deutsches Haus ».

Pour les halls, ajoutons que des artistes allemands de renom avaient été , chargés de leur décoration intérieure, tels MM. Peter Behrens, Martin Dülfer, Bruno Paul et Otto Walter.

L’architecte von Seidl n’avait pas négligé l’aspect des environs au profit exclusif des bâtiments. En effet, il s’était entendu avec l’inspecteur des plantations de Mannheim, M. Brahees, pour entourer la Section allemande d’arbres et de massifs qui formaient même un vrai jardin public, où la gaieté des couleurs florales reposait l'œil des splendeurs mécaniques qu’il avait pu admirer à l’intérieur.



Les halls

Sur une longueur de près de 500 mètres s’alignaient les halls allemands. Leur profondeur était d’environ une centaine de mètres.

Dans le hall des chemins de fer, construit entièrement en bois, reluisaient les carapaces des formidables locomotives. On y admirait les plus beaux et les plus vastes wagons allemands.

Tout à côté, derrière les halls, étaient établies des chaudières à vapeur chargées de fournir la force aux machines et aux locomotives. Les ingénieurs avaient édifié une haute tour chargée du refroidissement de l’eau qui, après avoir passé à travers le hall des machines, y faisait retour. Cette tour renfermait des milliers de tuyaux minuscules par où repassait l’eau qui s’y refroidissait avant de revenir à une vaste citerne, où elle restait emmagasinée pour le service des chaudières. Le débit était de 5,000 mètres cubes à l’heure.
Il y avait plusieurs halls de machines : le hall des machines motrices, le hall de l’industrie, le hall des grandes machines.

Ce dernier était le clou de l’Exposition industrielle allemande. Toutes les machines qui y étaient exposées entraient en mouvement. La plupart marchaient à l’électricité, et l’on sait si l’industrie des machines électriques a pris un immense essor aux pays d’outre-Rhin. L’électricité était fournie par trois génératrices.

Dans le hall des machines cinq ponts roulants se mouvaient : deux étaient installés dans les petites nefs et trois autres dans la grande nef centrale. C’étaient des ponts de trente tonnes. Par une ingénieuse disposition des bras, on pouvait travailler dans les petites nefs avec les ponts roulants du milieu. On sait que le rôle des ponts roulants est analogue à celui que les grues remplissent en plein air. Ils sont chargés de soulever les grosses masses et de les transporter à l’endroit voulu. Ils roulent sur des rails posés dans la superstructure des halls. Et c’était merveille de voir avec quelle aisance d’énormes blocs étaient saisis par les grands ponts du milieu et déposés, comme sans effort, dans les nefs adjacentes par une griffe de fer à l’articulation précise et ferme.

Ce hall des machines était en fer. Il en était de même du hall des machines motrices, où étaient placées les machines génératrices d’électricité dont nous avons parlé tout à l’heure. Le sol y avait été profondément creusé pour l’installation des machines à turbines, dont le travail provoquait la curiosité de la foule des visiteurs. Il n’est pas sans intérêt de dire que l’Allemagne était ici aussi brillamment représentée et que les plus petites machines motrices comme les plus grandes s’alignaient côte à côte, faisant valoir les qualités des unes et des autres.

Le hall de l’industrie, tout voisin, comprenait trois nefs, comme le grand hall des machines. On y voyait fonctionner dans leurs moindres détails toutes les grandes industries allemandes. On y fabriquait le papier, toutes les sortes de papier. On y tissait le lin et la laine. On y voyait les principales phases de la fabrication des armes. Le groupe des industries chimiques était particulièrement intéressant. On sait que dans le département de l’industrie mondiale la plupart des pays sont tributaires de l’Allemagne. Le patient travail de deux générations de chimistes industriels a mis l'industrie germanique en possession d’une technique chimique vraiment extraordinaire. C’est dans le domaine de la chimie organique que cette primauté s’est particulièrement affirmée. Chaque jour voit éclore de nouveaux procédés, qui sont souvent de fécondes découvertes, dans les vastes laboratoires annexés aux usines germaniques. Et, certes, ce n’est pas au milieu de la renommée que travaillent les chercheurs allemands. Leurs noms ne courent point les gazettes et ne se lisent que dans les revues techniques. Par contre aux Expositions ils prennent une revanche méritée, et l’on peut apprécier les progrès qu’ils ont fait faire à la science, devenue si fondamentale pour notre civilisation, des applications pratiques de la chimie.

Voici maintenant le hall de l’art de l’ingénieur. L’ingénieur, c’est le médecin de la nature ; c’est lui qui corrige les défauts de cette vieille croûte terrestre sur laquelle nous vivons ; c’est lui qui creuse les montagnes, comble les vallées, jette les ponts sur les fleuves. Il redresse les voies tortueuses, comme le médecin redresse l’enfant chétif ou mal conformé. Les procédés diffèrent évidemment. Le médecin va en douceur, fait appel à la vie, excite l’activité de la matière vivante, éveille dans les tissus la force secrète qui doit les régénérer ou donne aux membres disgraciés la direction d’un tuteur de fer articulé. L’ingénieur agit plutôt à la manière forte. Il creuse, il place la poudre, il fait sauter l’obstacle, il détourne le fleuve, il traverse la montagne, il jette à bas la forêt et y fait passer le chemin de fer essoufflé. C’est un art à la fois grand et subtil, qui a donné, après des siècles, une physionomie nouvelle à la plupart de nos pays et qui est en train de transformer les pays nouveaux. Certains s’en plaignent. Ils ont tort. La poésie trouvera toujours sa place, même dans la société la plus industrielle, et l’âme des ingénieurs elle-même n’y est point insensible. Témoin ce hall où l’on voyait les modèles réduits des grands travaux effectués par les ingénieurs allemands. Il ne s’agissait plus ici de plans, secs et arides, généralement incompréhensibles pour le public. Présenter des constructions ingénieuses, des ponts entre les rives des fleuves, des forts creusés à la drague et à la suceuse, en les mettant dans leur cadre de collines, de forêts, de lacs ou d’horizons maritimes, c’est donner à la foule une admirable leçon de choses, sensible à tous, car elle rappelle l’âge aboli où chacun de nous construisait, à l’aide d’une boîte aux cartons découpés, des châteaux pleins de merveilles. Et le hall des ingénieurs n’était pas le moins visité, par les grands et par les petits, qui y voyaient aussi des chemins de fer minuscules courant le long des collines ou passant au-dessus des précipices, dans les grandes forêts de pins où s’abritent les bouquetins et les chamois.

L’Allemagne n’est pas seulement une nation industrielle au tempérament conquérant. C’est encore une nation agricole, dont la population trime dur sur un sol parfois avare. L’Allemagne a fait les efforts les plus méritoires et les plus méthodiques pour améliorer sa situation agricole. La chimie des engrais, la mécanique de la culture y sont particulièrement en honneur. Aussi l’Exposition qui s’étalait dans le grand hall de l’agriculture était-elle intéressante et complète. Le département des machines agricoles était particulièrement couru.

Nous avons encore à parler du hall de l’école et du hall de l’art allemand. Mais auparavant terminons-en avec les halls industriels et disons quelques mots de leur décoration. La plupart d’entre eux étaient en fer. Mais le fer n’était pas nu. L’architecte Otto Walter et le professeur Dülfer, de Dresde, avaient prévu une décoration intérieure qui fut confiée aux professeurs Bruno Paul et Behrens, de Berlin, décoration conçue dans un style très moderne. L’effet en était à la fois sobre et joli, d’autant plus qu’une véritable grand’rue traversait tous ces halls dans le sens transversal, les reliant ainsi l’un à l’autre et faisant un ensemble imposant de toutes ces voûtes et de toutes ces colonnes ouvragées.


Passons donc aux derniers halls, à ceux qui abritaient l’Exposition des choses scolaires et artistiques, la Kulturhalle, la Raumkunsthalle, la Kunst-gewerbehalle, etc.

Ces halls étaient groupés autour de la « Maison allemande », dont nous avons déjà parlé. Ils étaient en bois. L’art industriel allemand était à la place d’honneur; c’est par lui que la « Maison allemande était ornée des planchers aux plafonds, en passant par les murs, sans oublier la peinture et la sculpture, où des œuvres superbes furent exécutées. Quant à l’Exposition de l’enseignement, elle se partageait entre le royaume de Prusse, le royaume de Saxe et la ville de Hambourg et présentait le spectacle d’ensemble de l’enseignement allemand, depuis l’école gardienne jusqu’à l’université. On y Voyait, entre autres, des classes modèles et tous les objets curieux relatifs à l’enseignement, ainsi qu’une bibliothèque pour maîtres et pour élèves. Le matériel allemand de l’enseignement des sourds-muets et aveugles n’était pas non plus négligé. Et à côté de l’Exposition scolaire il y avait un département pour la fine mécanique, l’optique, la mécanique chirurgicale et l’industrie du livre.

On a dit que c’est l’école qui a fait l’Allemagne contemporaine. Cette formule est trop étroite. Un pays et une nation sont le produit de multiples facteurs. L’Exposition allemande illustrait cette vérité. Elle montrait l’activité germanique sous ses formes essentielles. Elle était l’enseignement de ce que peuvent accomplir dans tous les grands domaines de la science et de l’industrie, en un demi-siècle à peine, l’esprit de méthode, le travail patient, l’initiative et l’activité, servis par la nature et par d’heureuses circonstances.

©Livre d'Or de l'Exposition Bruxelles 1910