Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles 1910

Oeuvres d'Art, Travaux Scientifiques et Produits de l'Industrie et de l'Agriculture de toutes les nations

23 avril 1910 - 1 novembre 1910


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Grèce

Grèce à l'exposition de Bruxelles 1910

Dans cette partie des halles, animée, diverse et pittoresque plus qu’aucune autre, que l’on a appelée la Galerie internationale, le compartiment grec occupe un assez vaste emplacement. Il serait exagéré de dire que les nombreux objets et produits offerts là à la curiosité et au choix des visiteurs sont exceptionnellement caractéristiques et reflètent tous les aspects de l’art, de l’industrie, de l’économie d’un pays cependant étendu, suffisamment riche et pas très lointain du nôtre.

Cette partie de l’Exposition a été réservée aux nations dont les gouvernements n’avaient pas répondu officiellement à l’invitation du nôtre, mais qui, néanmoins, grâce à des initiatives particulières, ne s’étaient pas désintéressées totalement de la grandiose entreprise bruxelloise universellement célèbre aujourd’hui. Ou bien ce furent des sections brillamment organisées — comme celles de Turquie, du Japon, de la République Dominicaine, de la Perse — par des commissaires-généraux n’ayant pas cru devoir s’isoler dans des pavillons séparés.

Comme l’Autriche donc, comme le Danemark, la Suisse, le grand-duché de Luxembourg, la Russie, voici la Grèce et ses étals et ses vitrines abondamment achalandés.
Mais si l’Autriche nous offre ses cristaux, ses maroquineries et ses meubles délicats ; le Danemark l’opulente originalité de ses porcelaines admirées ; la Russie ses fourrures et les frustes bibelots ouvragés par de vieux indigènes à barbe grise, toquet d’astrakan et long manteau traditionnel ; la Suisse les témoignages ingénieux de son industrie hôtelière et des perfectionnements du tourisme, la Grèce n’a rien ou presque rien envoyé qui évoque les sites tant de fois immortalisés d’Epire, d’Eubée, d’Attique ou d’Argos, rien qui signale ce que le modernisme a fait de l’antique civilisation des Hellènes, rien de l’art glorieux d’autrefois et des tentatives, peut-être curieuses, d’aujourd’hui?...

La Grèce porte évidemment le poids bien lourd de son passé de gloire, et il est difficile de perpétuer dignement une splendeur aussi mémorable que celle des siècles fameux dont le moindre vestige est imposant, dont le plus minime souvenir est émouvant.

La Grèce, en outre, connaît depuis des ans l’amertume et l’inquiétude des difficultés politiques. Ses voisinages, sa situation, les convoitises qu’elle suscite, les erreurs d’une organisation et d’un régime souvent menacés jettent dans tout l’antique royaume un trouble permanent peu fait pour aider à son prestige et à sa prospérité. Au moment où la Belgique convia les pays du monde civilisé au pacifique et glorieux tournoi qui s’achève dans une apothéose, la Grèce connaissait des heures d’inquiétude dont le malaise devait tenir les dirigeants fort distraits de ce qui n’était pas le souci légitime de la concorde intérieure et de la paix au dehors.

Des marchands vinrent seuls occuper les échoppes et représenter le pays dont la bannière d'azur barrée de la croix blanche ne pouvait être, totalement absente du joli groupe bariolé des
étendards nationaux battant l’air au sommet des dômes, des campaniles et des mâts du Solbosch.


Ce qu’il importe cependant de faire remarquer, c’est que si le compartiment grec est, de tous ceux de l’Exposition, celui qui, par les produits qu’on y voit, caractérise le moins originalement fart et l’industrie du pays, par son architecture il est peut-être, au contraire, un des plus typiques dans sa simplicité.

C’est un quadrilatère coupé régulièrement d'allées le long desquelles s’ouvrent les magasins et les débits. A cet ensemble de légères constructions, l’architecte a donné l’aspect, élégamment classique, des colonnades dont les vestiges embellissent les décors merveilleux d’Athènes, de Mycènes et de Thèbes.

De gracieuses colonnes ioniques supportent une corniche enclosant chaque espace. Tout cela est blanc, joli, exact et harmonieux. Tout le long de la corniche, entre la cimaise et le larmier, court une frise peinte en blanc sur un fond bleu et qui, s’inspirant des gracieux chefs-d’œuvre millénaires, déroule le cortège adorable des danseuses comme en virent Epidaure et Corinthe...

Si nous exceptons quelques échantillons de vins récoltés sur les Bancs des coteaux de l’At-tique ; des dentelles patiemment ouvragées dans l'île de Chypre ; des fourrures venues des montagnes du Pinde ; des éponges de Syrie, parmi lesquelles opulemment s’étale une énorme pièce de 1,200 grammes pêchée à 77 mètres de profondeur sur la côte de Kalymnos ; des citrons
et des oranges ; quelques broderies, rien de tout ce qui est mis en vente par des marchands cosmopolites n’a de raison d’être là p'utôt qu’en Chine, en Amérique ou bien ailleurs.

Ce serait cependant se faire une fausse idée de la richesse et des ressources du pays des Hellènes, travailleurs et bons commerçants, que de croire qu’il n’eût pas été capable d’envoyer à notre Exposition des échantillons et des témoignages du développement de son agriculture, des liqueurs de Patras, du malvoisie de Nauplie, du muscat de Miesistra, du raisin de Corinthe, des épices et des parfums de l’Archipel, des olives et des huiles de Messénie, dé l’Hymette et de Salone, des riches minerais surtout du Péloponèse et de l’Eubée.

Et si parfois le vendeur au boniment fécond qui nous offre des mouchoirs chiffrés instantanément à nos initiales, des pince-nez perfectionnés, des tire-bouchons ingénieux, des bijoux de pacotille de la limonade, de la verroterie made in Germany et des porte-plume à réservoir affiche, pour les besoins de la cause, un nom tel que Leonidas ou Spartakos ; si telle vendeuse avenante a le teint mat, les yeux et les cheveux noirs et noue joliment un fichu rouge dans son chignon épais, — c’est insuffisant pour nous donner l’illusion, facilement acquise ailleurs, que nous vivons un instant au milieu du pays immortel d’Eschyle, d’Epaminondas, d’Aristote et d’Alexandre...

© Exposition Universelle de Bruxelles 1910