Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles 1910

23 avril 1910 - 1 novembre 1910


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Turquie

Turquie à l'exposition de Bruxelles 1910

Architecte(s) : Van Ophem

Parmi les participations étrangères, celle des industriels, des commerçants et des artistes ottomans ne pouvait manquer d’offrir un intérêt tout particulier.

Il semble bien que les dirigeants, et à leur tête il faut citer M. Georges Vaxelaire, commissaire général entre tous actif, ingénieux et dévoué, avaient compris que l’attention des visiteurs se porterait immanquablement sur un pays dont l’histoire et la politique européennes ont eu récemment à enregistrer les profondes transformations, la régénération radicale.

C’est devant un monumental portique que les bazars turcs étalaient leurs riches marchandises, que dans des échoppes où s’entassaient les bibelots et s’empilaient les tissus, les indigènes au visage basané, aux cheveux de jais s’échappant de l’immuable fez, sollicitaient de leur parler grasseyant les visiteurs vite séduits par leurs boniments familiers.

Le même comptoir offrait des babouches de soie cabochonnée de perles multicolores, des verroteries et des bijoux de filigrane, des vases de cuivre curieusement repoussé, des lames damasquinées et des étoffes légères, des soies brodées, d’épaisses laines, lourdes de soutaches compliquées.

A côté des mules couvertes d’or, on voyait trembler dans de longues fioles minces l’essence de roses provenant des youlouks qui avoisinent le palais d’Yldiz. Le même marchand vous vendait des meubles de bois sombre ouvragé, tout incrusté de nacre, des tapis d’Anatolie ou des bibelots parmi lesquels le scarabée stérilisé, monté en tête d’épingle, en corps de broche, en plaque de bouton, est une abondante spécialité.

Comme l’empire du Sultan confine à celui du Schah sur la carte du monde, la Section ottomane était voisine de la persane dans les halls de l’Exposition. Pour une fois, le paradoxal imbroglio géographique qu’était ce rendez-vous des nations ne ménageait aucun incohérent contraste. Il pouvait sembler que les commerçants de Stamboul continuaient le négoce de ceux d’Ispahan. Ici, comme là, le tapis était le maître du marché. On en avait mis partout. Ils couvraient les cloisons, s’entassaient, roulés dans les coins, s’empilaient sur les rayons, s’étalaient sur des chevalets, s’étendaient sur des meubles, se drapaient sur des sofas, et partout les pieds s’enfonçaient agréablement dans leurs laines ou leurs soies profondes.

Enfin, il y avait les friandises appétissantes : les pastilles imbibées d’essences parfumées, le nougat brun, rose ou blanc farci d’amandes, les pâtes molles roulées dans des cristaux de sucre, des limonades de toutes couleurs, du café brûlant servi dans de minuscules godets et le loukoum national qui fond dans la bouche et semble au palais du miel dont un jus de framboise ou de citron atténuerait la fadeur.

Et sur tous ces bazars, sur ces échoppes, au sommet et aux angles du portique flottait le rouge étendard des sultans qui,, de Bagdad à Salonique, est le signe aujourd’hui de l’heureuse résurrection d’une puissance et d’un prestige longtemps menacés.

©Livre d'Or de l'Exposition Bruxelles 1910